Société

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Un futur berger d’alpage en apprentissage chez les bergers urbains du 93

Benoît, apprenti berger avec le troupeau de l'association Clinamen à Aubervilliers / © Mona Prudhomme pour Enlarge your Paris
Benoît, apprenti berger avec le troupeau de l’association Clinamen à Aubervilliers / © Mona Prudhomme pour Enlarge your Paris

Benoît, 35 ans, rêve de devenir berger d’alpage, en Ardèche, sa terre natale, ou dans les Alpes, qu’il admire de sa fenêtre depuis tout gosse. Décidé à parfaire sa formation avant de se lancer, il a choisi de passer tout le mois de juin chez les bergers urbains de l’association Clinamen. La journaliste Mona Prudhomme est allée à sa rencontre lors d'une transhumance dans le centre d’Aubervilliers avec une trentaine de brebis.

Mercredi 19 juin sous un beau soleil d’été, je parcours les rues d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), les oreilles tendues pour repérer le troupeau de moutons de Clinamen. Guidée au téléphone par Benoît, apprenti berger de passage en Seine-Saint-Denis, je rattrape le troupeau, aisément repérable grâce aux cris des enfants et aux bêlements des moutons. Les brebis de Clinamen arpentent une fois par mois les cités et les jardins du centre-ville. “On apporte un peu d’apaisement aux habitants. Ils s’arrêtent sur notre passage, médusés, bavards et ravis de pouvoir caresser les bêtes”, témoigne Julie-Lou, ancienne cheffe de chantier devenue bergère urbaine. 

Pendant qu’elle se fâche contre un groupe de jeunes garçons poursuivant le troupeau à trottinette, Benoît m’explique combien il est bluffé par cette autre façon de faire, loin de la réalité du métier à la campagne. “Je n’en reviens pas de voir à quel point les moutons se laissent approcher par les gens. Ils sont autant habitués aux humains qu’à leur propre espèce. Chez moi, les bergers redoutent de croiser quelqu’un sur leur route car les bêtes prennent peur et s’éparpillent partout”.

Le troupeau de Clinamen dans les rues d'Aubervilliers / © Mona Prudhomme pour Enlarge your Paris
Le troupeau de Clinamen dans les rues d’Aubervilliers / © Mona Prudhomme pour Enlarge your Paris

D’infirmier à berger 

Alors qu’il est en passe de débuter une formation d’agriculteur en septembre, ne lui laissant pas assez de temps pour s’engager dans les estives (pâturage en montagne l’été, Ndlr), il cherchait à se confronter à un autre environnement que celui qu’il a toujours connu. “Je sais combien il est difficile de vivre de ce métier mais j’ai une grande tendresse envers les moutons. J’étais sur le point de devenir infirmier et aujourd’hui je ne me vois rien faire d’autre que berger. La grosse pression, outre l’aspect financier, c’est de choisir où je vais m’installer car je risque d’y passer le reste de ma vie. C’est sûr qu’en ville il est plus simple de vendre sa production, mais pour moi c’est une approche trop différente, j’ai besoin de grands espaces naturels”. 

Notre discussion est souvent interrompue par des passants, curieux de savoir d’où sortent les moutons ou demandant timidement s’ils peuvent les caresser et les photographier. Alors quand ils apprennent en prime que la bergerie est installée au coeur du parc Georges-Valbon à La Courneuve (Seine-Saint-Denis) et qu’elle accueille tous les jours les volontaires désirant sortir la trentaine de brebis du troupeau, les bras leur en tombent. Clinamen mène également en parallèle d’autres projets d’agriculture urbaine dont la plantation d’une vigne naturelle ainsi que la gestion d’un potager en permaculture dans le campus de l’université Paris 13 à Villetaneuse (Seine-Saint-Denis). En échange de leur temps et de leurs bidons d’huile de coude, les volontaires reçoivent une part de la production. Une autre façon de faire ses courses. 

Pour plus d’informations sur les bergers urbains de Clinamen, rendez-vous sur association-clinamen.fr

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