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« Sans verdure, la ville suffoque »

Parc de Saint-Cloud / © Steve Stillman
Parc de Saint-Cloud / © Steve Stillman pour Enlarge your Paris

On dit que la nature est bien faite, mais la ville ? A l'heure où les pics de chaleur se multiplient, on a posé la question à Corinne Legenne, paysagiste urbaniste à l'Institut d'aménagement et d'urbanisme.

Interview publiée le 20 août 2015

Quel rapport la ville et la nature entretiennent-elles ?

Corinne Legenne : Elles ont des rapports compliqués. Alors qu’au 19e siècle on assiste à la démocratisation des espaces verts pour la détente et les loisirs, on va, après le Second Empire, vivre une éclipse presque totale de la nature en ville. La priorité est donnée à l’urbanisation. Il faut attendre les années 1970 pour que la circulaire ministérielle du 8 février 1973 fixe comme objectif 10 m² d’espaces verts par habitant en zone centrale et 25 m² par habitant en zone périurbaine. Cette « norme », reconnue au niveau international par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), va orienter les politiques des collectivités publiques. En 30 ans, le nombre de m² de verdure par habitant va croître de manière spectaculaire. Entre 1970 et 2001, dans Paris et la petite couronne, il fait un bond de 240%, passant de 2,6 m² à 8,6 m².

Mais depuis les années 2000, l’offre en espaces verts publics diminue. Il s’en crée moins alors même qu’on assiste à une forte augmentation de la population francilienne. Conséquence de quoi, pour la première fois depuis 30 ans, on a constaté une évolution négative du taux de m² de verdure par habitant sur la période 2001-2009. Cette diminution s’est confirmée entre 2009 et 2013.

Aujourd’hui, les départements de la petite couronne comptent environ 10 m² d’espaces verts par habitant (ce chiffre n’inclue pas les bois ouverts au public, Ndlr). Seul le département de la Seine-Saint-Denis dépasse ce seuil avec 12,1 m² par habitant. Pour Paris, le ratio est de 3,9 m² (9 m² avec les bois de Boulogne et de Vincennes). En revanche, les communes présentant un ratio de moins de 1 m² par habitant n’étaient plus que 10 en 2009, contre 13 en 2001. En grande couronne, tous les départements sont au-delà de 25 m² par habitant, sauf le Val-d’Oise avec 15 m² par habitant. Le schéma d’aménagement de l’Île-de-France (SDRIF), adopté en 2013, indique que « dans les communes déficitaires en espaces verts, l’offre d’espaces verts publics de proximité doit être développée afin de tendre vers 10 m² par habitant ».

Le parc de Sceaux - Le Square XXL / © Jean-Fabien Leclanche pour Enlarge Your Paris
Le parc de Sceaux / © Jean-Fabien Leclanche pour Enlarge your Paris

Comment explique-t-on cette baisse ?

Le foncier coûte cher et il est tentant de rogner sur la nature. Pourtant, il y a un équilibre à trouver entre la nécessité de construire des logements et celle qui est de permettre à la ville de respirer. Les pics de chaleur survenus ces dernières semaines sont une piqûre de rappel. A l’horizon 2100, nous devrions connaître en moyenne en Île-de-France 11 jours de canicule par an. Il nous faut donc nous adapter. Ceci passe par la végétalisation des villes, que l’on a construites jusqu’à présent en opposition avec la nature. Certes pour des raisons sanitaires mais en se privant également de ses bienfaits.

Sans verdure, la ville emmagasine sa propre chaleur et elle suffoque. Le fait d’introduire des plantations permet de jouer sur les températures car elles apportent de la fraîcheur par l’évaporation de l’eau qu’elles consomment. C’est pourquoi il est préférable d’avoir des arbres en pleine terre car plus les racines sont profondes, plus les ressources en eau sont importantes. De plus, les arbres captent une partie de la chaleur de par l’ombre qu’ils génèrent. Les toits végétalisés n’ont pas les mêmes vertus rafraîchissantes mais ont un pouvoir isolant qui évite les déperditions de chaleur l’hiver. Quant aux murs végétalisés, ils sont sujets à débat car ils consomment beaucoup d’eau. Mieux vaut miser sur les plantes grimpantes.

La gestion de l’eau est donc cruciale pour parvenir à une ville verte…

C’est un enjeu fondamental en effet. Si le tri sélectif des déchets est devenu logique pour les villes, ce même tri n’est pas aussi poussé pour l’eau aujourd’hui. Bien souvent, eaux de pluie et eaux usées sont acheminées jusqu’aux stations d’épuration par un même réseau. Cette même eau de pluie pourrait servir à l’arrosage si on faisait en sorte de séparer les réseaux pour la stocker.

 

A télécharger : la note de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme sur la vulnérabilité de la ville à la chaleur

 A lire : Plongez dans la carte des baignades en plein air en Île-de-France