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Grand Paris Express : de la vision de l’Etat à l’ancrage territorial

Future gare du Grand Paris Express à Arcueil-Cachan / © Société du Grand Paris
Future gare du Grand Paris Express à Arcueil-Cachan / © Société du Grand Paris

Homme des coulisses, Pascal Auzannet a publié récemment les "Secrets du Grand Paris". Le PDG d'Ixxi, une filiale de la RATP, y décrit l'épopée du Grand Paris Express depuis le début des années 2000 jusqu’à son lancement définitif. Le 11 avril, il interviendra lors d'une conférence à l'Hôtel de Ville de Paris. En attendant, il nous livre sa vision de ce chantier unique en Europe.

 

Le Grand Paris Express, 200 km de métro automatique, 68 gares, la création de milliers de logements et d’emplois autour de nouveaux pôles urbains, des financements dédiés et pérennes, déjà un premier tunnelier en action… Comment un projet de cette ampleur – plus de 30 milliards ! – sous-tendu par une formidable ambition métropolitaine, et confirmé après les alternances politiques de 2012 et 2017, a-t-il pu émerger dans un mille-feuille administratif comme celui que l’on connaît en Île-de-France ? Quels ont été les déclencheurs, les moteurs, les acteurs pour que tant d’années après Delouvrier – et la fameuse balade en hélicoptère au cours de laquelle le Général de Gaulle lui a dit : « Mettez-moi de l’ordre dans ce bordel » – la région capitale ait enfin un grand et ambitieux projet tant pour le mieux-vivre de ses habitants que pour assurer le rayonnement et la compétitivité de la France en Europe et dans le monde. Si on fait la chronique des temps passés à grands traits, il y a eu la transformation de Paris sous le Second Empire avec le Baron Haussmann, le métro parisien de Fulgence Bienvenüe et Edmond Huet, le Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région parisienne avec les villes nouvelles et les liaisons RER de Paul Delouvrier, et maintenant le Grand Paris de… ? Difficile d’identifier la paternité de ce gigantesque projet qui a mobilisé et rassemblé de très nombreux acteurs. Pourtant seules les défaites restent orphelines.

Après avoir été absent pendant de nombreuses années, l’Etat stratège a été un acteur de premier plan, porteur d’une vision, d’une véritable ambition économique, urbaine, sociale et environnementale pour la région capitale. Le 29 avril 2009, à la Cité de l’architecture et du patrimoine, Nicolas Sarkozy a posé les bases d’un discours fondateur : transformation de l’agglomération, reconstruction de la ville sur elle-même, lutte contre la fracture territoriale, dynamiques territoriales, densification urbaine… et bien sûr les transports. Les germes du Grand Paris avec son mode opératoire et son financement étaient plantés. L’influence de Christian Blanc dans la définition de cette vision a été déterminante.

Au cours d’un débat public exceptionnel, d’octobre 2010 à janvier 2011, tous les acteurs politiques, économiques, culturels d’Île-de-France sont entrés dans le jeu. Et tout particulièrement les territoires franciliens. Ils ont permis de faire évoluer le projet, de l’enrichir. Des tracés ont été modifiés, des gares ajoutées, des contrats de développement territorial élaborés. Et sous le pilotage de Maurice Leroy – l’Etat prend encore l’initiative – un accord qualifié « d’historique » a été signé avec la Région et tous les départements franciliens. Ces derniers ont su se faire entendre sur la nécessité d’intégrer les transports du quotidien et de nouvelles infrastructures complémentaires à celle du Grand Paris Express. Il s’agissait de considérer équitablement tous les territoires de l’Île-de-France.

Fête de chantier du Grand Paris Express sur le site d’Arcueil-Cachan / © Société du Grand Paris
Fête de chantier du Grand Paris Express sur le site d’Arcueil-Cachan / © Société du Grand Paris

 

Un projet jugé d’intérêt général

Depuis le projet avance à grands pas, avec des évolutions et des ajustements sur les calendriers et les coûts notamment. A chaque fois l’inquiétude est présente. Mais la volonté de réaliser le Grand Paris Express dans son intégralité est à chaque fois confirmée. Le récent rapport de la Cour des comptes n’a pas remis en cause l’intérêt général du projet. Mais plutôt le contrôle de l’Etat sur sa réalisation qui a été défaillant ces dernières années. Dans ces conditions, on ne peut que se féliciter de la récente reprise en main du dossier par le Président de la République et le Premier ministre.

Aujourd’hui, le Grand Paris Express bénéficie d’un très fort ancrage territorial. Avec une véritable appropriation des habitants, des salariés, des associations, des élus, sans minorer, bien sûr, les questions conjoncturelles d’acceptabilité posées par les nuisances liées aux travaux. L’adhésion du public et des élus est un élément majeur qui participe à la compréhension des récentes décisions du gouvernement. C’est un atout très important pour la réussite du projet. Toute remise en cause serait incomprise et serait très vite l’objet d’une forte mobilisation. Tant la vigilance territoriale est forte.

C’est aussi une invitation à réfléchir à une évolution de la gouvernance du Grand Paris Express. L’Etat qui a été à l’initiative de ce projet de transport exceptionnel doit évidemment rester acteur. Encore une fois, il s’agit de la région capitale, locomotive économique du pays qui produit 31% de la richesse nationale et en redistribue le tiers aux autres régions françaises. Mais nous sommes désormais dans la phase opérationnelle. Voilà pourquoi la complexité des transports franciliens, l’interdépendance du futur métro avec les réseaux existants (métro, RER, Transilien, bus…) justifie que l’autorité organisatrice des transports pilotée par la région, Île-de-France Mobilité, prenne à l’avenir une place plus importante dans les choix de calendrier, les options technologiques, notamment le matériel roulant, les schémas d’exploitation…D’où l’intérêt de travailler à une démarche reposant sur une véritable co-construction qui puisse s’appuyer efficacement sur les territoires.

Conférence «Les secrets du Grand Paris» mercredi 11 avril de 17h45 à 20h à l’auditorium de l’Hôtel de Ville de Paris, 5 rue Lobeau (4e). En présence de Pascal Auzannet, auteur du livre Les secrets du Grand Paris, Maurice Leroy, ancien ministre de la Ville chargé du Grand Paris et Patrick Le Galès, doyen de l’Ecole urbaine de Sciences po. Gratuit. Inscription obligatoire via clubgpcom@gmail.com ou au 06 88 28 31 63

A lire : L’histoire du métro du Grand Paris côté coulisses