Culture
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Au Petit Palais, le street art fait comme chez lui

We are [still] here, Petit Palais Paris Musées, Nicolas Borel

Un an et demi après le succès de We Are Here, qui avait attiré 600 000 visiteurs, le galeriste Mehdi Ben Cheikh  (Itinerrance, Paris 13e) revient au Petit Palais avec 75 artistes et plus de 230 œuvres. La deuxième édition est gratuite jusqu'au 20 septembre 2026. Et elle a quelque chose que la première n'avait pas : le naturel de quelqu'un qui sait que sa place est ici.

La visite de presse de We Are [Still] Here commence par un clin d’œil. Mehdi Ben Cheikh, commissaire invité de l’exposition et directeur de la galerie Itinerrance, nous fait signe de regarder une petite pièce discrète accrochée dans la salle Concorde — quelque chose de plus vieux que le graffiti, que le tag, que la bombe de peinture. « Au moment de la bataille de Normandie, les soldats américains dessinaient partout un petit personnage avec son nez qui passe la tête derrière un mur, avec marqué : Kilroy was here. C’est peut-être la première forme de street art. »

L’anecdote dit l’essentiel : le besoin de marquer son passage n’a pas attendu les années 1960 ni les rues de New York. Le titre de cette deuxième édition n’est donc pas une provocation mais une réponse — à tous ceux qui ont cru le street art condamné à l’éphémère. 

La première édition, en 2024, avait quelque chose d’expérimental. Cette année, le dispositif change d’échelle. Soixante-quinze artistes, dont 43 Français, investissent les collections permanentes et la salle Concorde avec plus de 230 œuvres. Le parcours s’étend, les dialogues avec les collections se font plus précis, plus ambitieux. Ce n’est plus une intrusion courtoise, c’est une cohabitation assumée.

Ceci n’est pas une Tesla

Parmi les pièces qui arrêtent, les œuvres de Nasty. Graffeur issu des années 1990, il a fait des plaques émaillées de la RATP son support de prédilection. « Quand on me disait que peindre sur toile faisait perdre le sens du graffiti, j’ai choisi de peindre sur des supports urbains pour garder un pied dans la rue », explique-t-il. Sa méthode : accumuler des couches de peinture sur ces plaques, puis déchirer. À chaque lacération, un graffiti plus ancien réapparaît. Le temps comme matériau. L’effacement comme sujet. Des plaques de métro dans un musée des Beaux-Arts, on n’avait pas fait plus absurde et plus juste depuis longtemps.

Plus loin, Kan présente une toile intitulée Ceci n’est pas une Tesla. Le titre, qui convoque évidemment Magritte, est immédiatement daté : la pièce a été peinte à l’époque où des Teslas brûlaient dans les rues. La technique, elle, est entièrement la sienne : des points appliqués un à un avec des marqueurs remplis d’acrylique, une palette de onze couleurs, une précision presque maniaque qui donne au chaos représenté une curieuse sérénité. Le quantisme, dit-il. On veut bien le croire.

La scène française prend la parole

C’est l’autre ambition de cette édition : mettre en avant les 43 artistes français présents, de Seth à Miss Van, de L’Atlas à FKDL. Marco, avec ses deux œuvres de calligraphie abstraite inspirées du reggae, Rédim 1 et Jardin de Corail, rappelle qu’il injectait de la calligraphie dans le graffiti dès 1993. Inti a construit un cadre monumental pour y loger une madone moderne entourée de vanités d’aujourd’hui : une bouteille en plastique, un curseur de souris perdu entre des crânes. Pertinent et légèrement absurde, c’est souvent le même endroit. Pour qui associe encore le street art à la seule côte Est américaine par réflexe pavlovien, l’exposition rappelle que Paris a une histoire propre avec ce mouvement, distincte et profonde.

Invader fait une donation

L’un des moments les plus symboliques de la visite est aussi l’un des plus discrets. Une mosaïque d’Invader, l’artiste anonyme qui a collé des centaines d’aliens pixellisés sur les façades du monde entier, est accrochée dans le parcours des collections. Elle est flashable. Et elle fait l’objet d’une donation en cours aux collections du Petit Palais. L’artiste le plus insaisissable du street art français en train de rejoindre les collections permanentes d’un musée municipal : si We Are Here était une question, voilà une réponse.

Infos pratiques : exposition We Are [Still] Here au Petit Palais, avenue Winston Churchill, Paris (8e). Jusqu’au 20 septembre 2026. Du mardi au dimanche de 10 h à 18 h, nocturnes les vendredis et samedis jusqu’à 20 h. Entrée libre. Accès : métro Champs-Élysées–Clemenceau (lignes 1 et 13) et Franklin D. Roosevelt (lignes 1 et 9) / gare des Invalides (RER C). Plus d’infos sur petitpalais.paris.fr. Visite de presse réalisée à l’invitation du musée.

We are [still] here, Petit Palais Paris Musées, Nicolas Borel
We are [still] here, Petit Palais Paris Musées, Nicolas Borel

We are [still] here, Petit Palais Paris Musées, Nicolas Borel

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