Culture
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« Si la Flèche de Saint-Denis réconcilie les Franciliens avec la ligne 13, ce sera déjà une réussite »

À Saint-Denis, la flèche de la basilique renaît pierre par pierre, deux siècles après sa disparition. Stéphane Bern, président de la mission de reconstruction, raconte l'un des plus grands chantiers patrimoniaux d'Europe, sa Fabrique ouverte à tous et son ambition : faire du berceau du gothique une destination incontournable du Grand Paris.

« La renaissance d’un édifice disparu depuis près de deux siècles »

Le chantier est lancé depuis plusieurs mois maintenant. Quelles étapes ont été franchies, et qu’est-ce qui vous a le plus surpris en le voyant avancer ?

Stéphane Bern : Ce qui est extraordinaire, c’est que nous assistons à la renaissance d’un édifice disparu depuis près de deux siècles. Peu de générations ont la chance de voir une flèche se reconstruire sous leurs yeux.  L’avancement est remarquable. Le premier étage de la tour nord est désormais achevé. Les arcs des baies ont été posés et le montage du deuxième étage va commencer. On reconstruit d’abord la tour avant d’élever la Flèche, et l’on voit déjà l’ensemble reprendre sa silhouette. C’est l’un des plus grands chantiers patrimoniaux d’Europe.

Ce qui me frappe le plus, c’est que ce chantier est devenu un lieu de rencontre. Les visiteurs ne viennent pas seulement observer des travaux : ils découvrent des métiers d’art, échangent avec les artisans et comprennent comment se construit une cathédrale au XXIᵉ siècle.

C’est un chantier qui remet à l’honneur les métiers de la main, les métiers du geste et toute la richesse de notre patrimoine immatériel. C’est une aventure humaine autant que patrimoniale.

À la Fabrique, on ne contemple pas le patrimoine, on le voit se construire

La Fabrique de la Flèche, c’est aussi un village de métiers et de médiation. Concrètement, qu’est-ce qu’on y apprend, qu’est-ce qu’on y fait — et à qui s’adresse-t-elle d’abord ?

À la Fabrique, on ne contemple pas le patrimoine : on le voit se construire. On y rencontre les artisans, on participe à des ateliers, on découvre un cinéma immersif, un espace d’exposition, on comprend les matériaux, les techniques et les savoir-faire qui permettent de reconstruire la Flèche. Depuis son ouverture, elle accueille un public nombreux, et des milliers de scolaires de Saint-Denis et de Plaine Commune.

Je souhaite désormais renforcer encore son utilité sociale. En développant les liens avec les associations d’insertion, les établissements scolaires et les acteurs de la formation, ce chantier peut susciter des vocations et ouvrir de véritables parcours vers les métiers d’art. La Fabrique doit aussi devenir un lieu de dialogue entre le patrimoine et la création contemporaine. Saint-Denis est une grande ville jeune et multiculturelle, où les cultures urbaines côtoient un patrimoine exceptionnel. Je souhaite que des artistes, des créateurs et des artisans y fassent dialoguer le geste des bâtisseurs et la création d’aujourd’hui. C’est cette rencontre qui donnera toute sa singularité au projet.

Parrainer une pierre de la future Flèche

Parlons argent. Le budget patrimoine du ministère de la Culture connaît une baisse inédite en 2026, reconduite en 2027. Le chantier de la Flèche peut-il traverser cette période sans dommage ? Où en est son budget ?

Le chantier repose aujourd’hui sur des bases solides grâce à la mobilisation de nombreux partenaires. Les départements franciliens, à travers le FS2I, ont apporté plus de 22,5 millions d’euros. La Région Île-de-France a contribué à hauteur de 5 millions d’euros et la Métropole du Grand Paris de 4,5 millions d’euros. À cela s’ajoutent le mécénat privé et le partenariat avec le Centre des monuments nationaux, qui permet un billet commun entre la basilique et la Fabrique, ainsi que les recettes générées par les visites. 

Il reste naturellement une part à financer, et c’est l’une des raisons de mon engagement. Avec la Fondation du patrimoine, nous allons renforcer la collecte populaire afin que chacun puisse parrainer une pierre de la future Flèche. Selon le niveau de son don, chacun pourra y faire inscrire son nom ou ses initiales. Je trouve cette idée très émouvante : dans plusieurs siècles, des femmes et des hommes pourront dire qu’ils ont participé à la reconstruction de la Flèche de Saint-Denis.

« C’est ici que l’art gothique est né »

La basilique Saint-Denis, c’est la matrice du gothique francilien. Que faire pour que les Grands Parisiens prennent enfin la ligne 13 ? C’est ça, votre objectif pour 2030 ?

(Sourire.) Si la Flèche réconcilie les Franciliens avec la ligne 13, ce sera déjà une belle réussite ! Mais l’ambition est plus grande. On l’oublie trop souvent : c’est bien ici que l’art gothique est né. La basilique est un chef-d’œuvre mondial, et la Fabrique permet aujourd’hui d’en vivre l’histoire de manière concrète. J’aimerais que ce lieu devienne une destination culturelle incontournable du Grand Paris, et rayonne bien au-delà. Et travailler en direction des mécènes nord-américains, car ce chantier a une résonance qui dépasse largement nos frontières.

La reconstruction de la Flèche peut aussi contribuer à changer le regard porté sur Saint-Denis, où le patrimoine dialogue avec les cultures d’aujourd’hui.

Ces églises franciliennes qu’on ne cite jamais

Il y a quelques mois, vous nous aviez confié vos coups de cœur patrimoniaux franciliens. Cette fois, question d’église à église : lesquelles aimez-vous dans la région, celles qu’on ne cite jamais ?

Nous avons en Île-de-France un patrimoine religieux d’une richesse extraordinaire. J’ai un faible pour la collégiale Notre-Dame de Mantes-la-Jolie, qui est un véritable chef-d’œuvre trop souvent méconnu. J’aime beaucoup aussi la basilique de Longpont-sur-Orge, l’église Saint-Aspais de Melun ou encore Notre-Dame de Moret-sur-Loing. Ce qui me touche dans ces édifices, ce n’est pas seulement leur architecture. Ce sont les générations d’artisans, de bâtisseurs et de compagnons qui y ont laissé leur talent. Derrière chaque pierre, il y a un geste, un savoir-faire, une mémoire. C’est cette continuité qui fait toute la richesse de notre patrimoine.

Infos pratiques : Basilique de Saint-Denis, 1, rue de la Légion d’Honneur, Saint-Denis (93). Ouvert tous les jours. Accès : métro Basilique de Saint-Denis (ligne 13) / tramway T1 arrêt Basilique de Saint-Denis. Nouveau parcours de visite et ouverture de la Fabrique de la Flèche à partir de septembre prochain. Plus d’infos sur saint-denis-basilique.fr

Un gisant de la Basilique Saint-Denis. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
Comment j’ai taillé une pierre de la future flèche de la Basilique de Saint-Denis. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

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