Culture

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[EXPO] La banlieue se met à toile

"Peindre la banlieue, de Corot à Vlaminck 1850-1950", c'est l'expo à ne pas rater en ce moment et jusqu'au 10 avril à Rueil-Malmaison.

En barque sur la Marne, Paul Feval / DR

Il fut un temps où la banlieue était la muse préférée des artistes. L’exposition « Peindre la banlieue, de Corot à Vlaminck 1850-1950 » en est la preuve à Rueil (92). Réunissant plus de 130 oeuvres prêtées par de nombreux musées, elle offre un voyage  à travers les mouvements picturaux (impressionnisme, cubisme, naturalisme, fauvisme) en même temps qu’elle donne à voir les transformations du paysage liées à l’industrialisation. Un panorama très riche constitué de grands noms (Monet, Gauguin, Cézanne, Dufy  ou Picabia) et de seconds pinceaux (l’aquarelliste Louis-Adolphe Hervier ou le paysagiste Maurice Eliot).

Pour les artistes de l’époque, comme d’ailleurs pour la jeune création d’aujourd’hui, la banlieue a une connotation positive : grands espaces pour installer son atelier, rythme de vie plus calme pour s’isoler, espaces verts pour s’inspirer de la beauté de la nature… Tous les facteurs sont rassemblés pour favoriser la création, sans se couper de la sphère culturelle parisienne.

Les bords de la Seine à Suresnes, Henri Harpignies / DR

De l’autre côté du périphérique qui n’existe pas encore, ils capturent la transformation progressive, parfois violente, des banlieues. C’est d’ailleurs la force de l’exposition d’avoir su mettre en scène ces mutations. La couleur des murs passe du bleu clair, “Le sentiment vrai de la nature”, au rouge foncé, “une banlieue noire”, traduisant l’évolution d’un paysage francilien champêtre en un territoire urbanisé. L’espace consacré à cette “banlieue noire”, envahie par les usines et grise de pollution, est sans doute le plus marquant visuellement. Les oeuvres sont soudainement très sombres. Les traits noirs récurrents rendent l’ambiance des tableaux dramatique, figée dans l’observation de cette époque où tout a basculé. On ressent le glissement vers la solitude des habitants, vers des villes déshumanisées. La centrale électrique de Jean Delpech (ci-dessous) résume la frénésie de ce progrès technologique, rappelant les visions diaboliques de Jérôme Bosch ou l’aliénation humaine du Metropolis de Fritz Lang.

La Centrale éclectique près de la Seine à Saint-Ouen, Jean Delpech / DR

Le parcours se termine néanmoins sur une note positive en présentant la société de loisirs avec l’avénement des congés payés  au cours de la première moitié du 20ème siècle. Alors s’il vous en reste, prenez donc un RTT pour aller voir cette belle expo. Vous décourvirez en prime un lieu à part, l’atelier Grognard, une ancienne fabrique de plaques de gravure surplombée par une grande verrière, et qui, malgré des expositions ambitieuses, reste méconnu du grand public.

Atelier Grognard à Rueil / © Mona Prudhomme

 

Infos pratiques :  « Peindre la banlieue, de Corot à Vlaminck 1850-1950 » à l’Atelier Grognard, 6, avenue du Château de Malmaison, Rueil-Malmaison (92). Jusqu’au 10 avril. Ouvert tous les jours de 13h30 à 18h (Ouverture de 10h à 17h le mardi). Tarifs : 4€ à 6€. Gratuit pour les moins de 18 ans et les étudiants. Plus d’infos sur www.rueil-tourisme.com

Le cycle de trois séances “Dans l’atelier des artistes” proposent aux adultes de s’inspirer des techniques des artistes pour réaliser une oeuvre personnelle. Les samedis 10, 17, 24 mars de 14h30 à 17h30. Plus d’infos sur www.rueil-tourisme.com ou au 01 47 14 11 63.