Société

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Moscou-sur-Seine

Les Russes viennent du monde entier pour se recueillir dans ce qui est devenu par la force des choses et la loi de la nature, un petit bout de terre russe et orthodoxe : le cimetière municipal.

Cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois / © Office du tourisme d'Essonne

 

L’endroit a tout du carré VIP : au cimetière municipal de Sainte-Geneviève-des-Bois (91), une bonne part de la cour impériale de Russie est enterrée. Preuve que la noblesse est plus partageuse qu’on ne le dit (du moins, post-mortem), elle a pour compagnons de grand sommeil quelques -uns des grands génies du 20e siècle : Tarkovski, Noureev – qui repose sous un curieux tapis kilim en mosaïque -, le prix Nobel de littérature Ivan Bounine, le théologien Sergueï Boulgakov, le comédien – totalement oublié mais néanmoins génial – Ivan Mosjoukine, et des peintres,  danseurs, musiciens, militaires… en  pagaille.

 

Tombe du danseur Rudolf Noureev / DR

 

Une princesse en banlieue

Les Parisiens ayant déjà du mal à franchir le périph’, on peut légitimement se demander ce qui a poussé des ressortissants du Grand Ours à le faire… L’invasion pacifique de cette petite parcelle banlieusarde s’est faite en deux temps ; d’abord, lorsque Vera Mechtchersky, princesse de la Maison de Russie en exil à Paris s’aperçoit que les Bolcheviks s’accrochent un peu trop au pouvoir et qu’en attendant la contre-révolution, il faut parer à l’inévitable : les princes meurent, eux aussi. Elle organise donc les choses comme il faut. Les cimetières parisiens ? Ils sont pleins, ma pauvre dame ! Or, en 1927, la princesse, aidée par une riche mécène, fonde, dans les bâtiments du château de la Cossonerie à Ste Geneviève des Bois « La Maison Russe », lieu de refuge pour les Russes blancs victimes de la Révolution bolchevique. Du château au cimetière, il n’y a qu’un pas… vite franchi lors du trépas.

Le paradis des chauffeurs de taxi

Ensuite,  le côté « Point de vue & Images du monde » s’altère avec l’arrivée de résistants russes assassinés par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale et enfin d’opposants anti-communistes. Tarkovski et Noureev en sont deux représentants exceptionnels. Anecdote « amusante », on trouve aussi le carré des chauffeurs de taxis russes – profession fort prisée des exilés d’après 1917.

 

Cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois / © Wikimédia

 

En tout cas, bon an mal an, plus de 15.000 âmes slaves ont trouvé le repos éternel dans cet endroit… où il fait bon se promener. C’est que les Russes n’ont pas la même conception des cimetières que nous. Entre les sépultures aux bulbes dorés et aux croix orthodoxes abondent les pins, les bouleaux, les petits chênes. Les stèles des tombes sont parfois, intentionnellement, entr’ouvertes pour que des arbres ou des fleurs en sortent. Rien de lugubre. La nature reprend ses droits et puis voilà !

Et pour ceux qui y trouveraient du sens, depuis 1929 le bulbe azuréen d’une église orthodoxe veille sur ce petit monde. Nous y avons assisté à l’office, évidemment sans rien comprendre. Moscou sur Seine, vraiment.