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Les bénévoles de Kanalien font de la propreté l’affaire de tous

Les déchets collectés par les bénévoles de l'association Kanalien / © Jérômine Derigny pour Enlarge your Paris
Les déchets collectés par les bénévoles de l’association Kanalien / © Jérômine Derigny pour Enlarge your Paris

Depuis près de trois ans, l’association Kanalien ramasse sans se décourager quantité de mégots, de déchets plastiques et de canettes le long des canaux à Paris afin, à chaque collecte, de sensibiliser les passants sur l'impact de nos déchets sur l'environnement. Enlarge your Paris s'est entretenu avec son fondateur, Cédric Vergez, alors que la troisième édition de « Ménage ton canal » aura lieu le 24 juin.

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à créer l’association Kanalien ?

Cédric Vergez : Habitant du 11e arrondissement, j’avais l’habitude de faire mon footing le dimanche sur le canal Saint-Martin. Et j’étais catastrophé de voir, tous les dimanches matin, l’état du canal jonché de déchets et de mégots. J’ai décidé d’agir et j’ai organisé, seul, ma première collecte de déchets en 2018 qui a rassemblé une vingtaine de personnes. Nous nous sommes ensuite structurés en association afin d’avoir des leviers stratégiques de sensibilisation au problème des déchets. Depuis la création de Kanalien, il y a deux ans et demi, nous organisons tous les mois une collecte sur le canal Saint-Martin et celui de l’Ourcq. Nous avons rassembler environ 800 bénévoles depuis la création. Depuis le 1er janvier 2021, nous avons parcouru 100 km et ramassé près de 450 000 mégots, 2 000 bouteilles de verre, 500 canettes en métal, plus de 1 000 bouteilles en plastique et une myriade de microdéchets.

Comment décririez-vous l’importance des canaux ?

Ce sont des corridors écologiques, c’est-à-dire des voies de circulation pour la faune mais aussi la flore. Plus de 300 espèces végétales y sont présentes dont 12 espèces rares, et 90 espèces d’oiseaux fréquentent le canal en période de nidification. On peut aussi trouver des espèces très protégées comme le lézard des murailles. Et puis le canal Saint-Martin est un monument historique. L’année dernière, on a fêté ses 200 ans !

Les représentants de 175 pays se sont réunis fin mai lors d’un sommet pour préparer un traité sur la pollution plastique. Constatez-vous une amélioration de la situation ?

Les canaux sont des lieux très fréquentés où les gens se baladent et organisent des apéros et des pique-niques. Si aujourd’hui on retrouve un peu moins de déchets 100 % plastique car certains emballages sont interdits, il existe néanmoins beaucoup d’emballages mêlant carton et film plastique. Même s’il contient moins de plastique, ce type d’emballage bi-matières reste très difficile à traiter et à valoriser. Nous continuons en outre de ramasser beaucoup de mégots de cigarettes, premier déchet que l’on retrouve dans la nature. Lors de l’une de nos dernières collectes, nous avons récolté près 20 000 mégots uniquement sur le canal Saint-Martin ! À l’heure des restrictions d’eau qui ont cours dans de nombreux départements, il est important de rappeler qu’un mégot pollue 500 litres d’eau car il contient de nombreuses substances toxiques telles que le plomb et l’arsenic. Ce n’est donc pas qu’un bout de coton ! Nous distribuons des cendriers de poche ce qui permet de créer du lien et d’engager la conversation. Nous essayons de faire en sorte que chacun puisse s’interroger sur ses propres comportements.

Ramasser les déchets est donc aussi un moyen de sensibiliser ?

Oui, nous ne voulons pas nous substituer aux services de propreté de la Ville de Paris ! Nous voulons nous servir de ces collectes pour sensibiliser les bénévoles qui participent aux ramassages mais aussi les personnes qui fréquentent le canal. Le but est également de pouvoir associer les entreprises et les commerçants présents le long du canal à la réflexion sur les déchets, mais aussi valoriser les artisans qui proposent des produits vertueux.

Comment rendre le canal plus propre et comment réduire ses déchets facilement au quotidien ?

La règle numéro 1 est de boire de l’eau du robinet pour éviter les bouteilles en plastique ! Au-delà des déchets que cela génère, boire de l’eau dans des bouteilles en plastique, c’est ingérer des microparticules de plastique. C’est aujourd’hui une véritable affaire de santé publique. Du plastique, on en mange et on en respire. On sait qu’il est à l’origine de nombreuses maladies. C’est pourquoi il faut, autant que possible, privilégier le vrac qu’on peut désormais trouver dans de nombreux supermarchés. On peut aussi passer aux savons solides, d’ailleurs plus respectueux de la peau. Enfin, pique-niquer au bord du canal est une superbe idée mais concocter soi-même une salade ou un sandwich permet d’éviter le surplus d’emballages. Notre objectif n’est pas de moraliser, nous souhaitons surtout provoquer le déclic en montrant ce qu’on ne voit même plus : les tonnes de déchets que l’on crée.

Vous ne vous sentez jamais découragé ? Ramasser les mégots et les déchets à Paris peut se transformer en « tonneau des Danaïdes »…

Certes, les comportements peinent à changer et cela peut parfois décourager ; mais l’association me permet de rencontrer des gens d’univers différents et de participer à des événements positifs comme « Ménage ton canal » le 24 juin où de nombreuses associations viendront nettoyer les eaux et les abords du canal Saint-Martin. Au lieu du tonneau des Danaïdes, je préfère penser au fameux « colibri » de Pierre Rabhi : je fais ma part. Si d’autres emboîtent le pas, alors on peut renverser les tendances.

Infos pratiques : Le 24 juin, à l’occasion de « Ménage ton canal », Kanalien organise une collecte avec d’autres associations à partir de 15 h. Rendez-vous devant la Maison des canaux, 6, quai de la Seine, Paris (19e). Accès : métro Stalingrad (lignes 2, 5 et 7) ou Jaurès (lignes 2, 5 et 7bis). Plus d’infos sur kanalien-association.fr. Inscriptions aux collectes organisées tout au long de l’année via Instagram 

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