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Du haut de ces tours, les faucons vous observent

Quasiment disparu de nos contrées au XXème siècle, le faucon pèlerin se porte mieux. Une dizaine de ces oiseaux squatte même dans le Grand Paris. La LPO vient d'installer un nichoir sur l'immense tour TDF des Lilas.

Une tâche blanchâtre immobile sur le bord de la tour TDF. Voilà ce que m’invite à observer, derrière mes jumelles, Frédéric Thouin. Ce bénévole de la LPO est posté aux Lilas depuis tôt ce matin, à la lisière du fort de Romainville. La tâche blanchâtre n’est autre qu’un des deux faucons pèlerins qui squattent le quartier. « Je pense qu’il a déjà mangé, on ne va pas le voir chasser« , lâche, déçu, Frédéric.

La présence du pèlerin sur cette antenne bizarre, que les habitants du cru surnomment la Tour Goldorak, est un événement en soi. Il y a quelques dizaines d’années, cet oiseau qui ne connaît pas de prédateur était devenu introuvable dans tout le nord de la France. Au cours des années 60 et 70, l’utilisation massive des pesticides dans les campagnes avait empoisonné son alimentation : mammifères et petits oiseaux. Ses œufs étaient devenus si fragiles qu’ils ne résistaient plus à aucun choc. Hécatombe chez les pèlerins. Les survivants, quant à eux, ont été chassés et dénichés pour être vendus en fauconneries.

« Le pèlerin s’est rapproché des milieux urbains »

« Depuis, la population a été surveillée, protégée« , raconte le bénévole de la LPO. « Le faucon a regagné petit à petit les hautes falaises de la vallée de la Seine… Et puis il s’est rapproché des milieux urbains, à la fois pour y passer en tant que migrateur et pour s’y installer en nichant. C’est une vraie surprise !« 

 

Tour TDF des Lilas. Photo GL
La tour TDF des Lilas domine le nord-est grand-parisien. Photo GL

 

La voilà la bonne nouvelle : le robuste rapace a donc réussi à s’adapter au nouveau paysage, à ses nouveaux voisins les humains, et à son nouveau menu principal : les pigeons. Là où il préférait les hautes falaises sauvages, il s’est accommodé des hautes tours. Surtout que dans les jardins et les espaces verts d’ici, les pesticides sont quasiment absents.

Il y aurait, selon la LPO, une dizaine d’individus à habiter le Grand Paris : à Beaugrenelle, sur les tours d’Italie à Ivry, à La Défense, à Courbevoie… et donc aussi aux Lilas. Pour favoriser l’implantation du grand oiseau, et l’encourager à pondre près de chez nous, l’association a installé des nichoirs. « Pour l’instant, sans grand résultat« , regrette Frédéric Thouin. « Mais c’est un pari sur le long terme !« 

Vis ma vie de faucon

Le pari a en tout cas été gagné à Beaugrenelle, où l’on est sûrs que des œufs ont été pondus. La preuve en image :

 

Car pire encore que dans Loft Story, le couple de faucons parisiens est scruté sous toutes ses coutures nuit et jour. Une caméra a été installée dans leur nid et elle se met en marche dès qu’elle capte un mouvement. Tout cet attirail donne des infos précieuses sur les rapaces du coin et de quoi se rincer l’œil pour tout un chacun : les vidéos sont collectées sur un site dédié. A Ivry, même observation continuelle : des passionnés ont même ouvert un blog pour détailler les faits et gestes de leurs oiseaux préférés. Une vraie star, le faucon.