Société

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Du bon usage des mobilités

Porte de Pantin / © P. Lecroart - IAU IdF
Porte de Pantin / © P. Lecroart – IAU IdF

Jusqu'au 29 avril, les Archives nationales à Paris et Pierrefitte-sur-Seine accueillent l'exposition Mobile / Immobile. A cette occasion, Frédérique Prédali et Sophie Laurent, urbanistes transport au sein de l'Institut d'aménagement et d'urbanisme d'Île-de-France, nous partagent leur analyse des mobilités des Franciliens.

Le Francilien se différencie de ses congénères avant tout par sa mobilité. Non seulement il ne cesse de se déplacer mais il varie les moyens de transport. C’est la multimodalité incarnée. En plus d’être un grand marcheur, il peut passer de la voiture au train puis enfourcher un Vélib’ une fois sorti de la gare.

Côté chiffres, l’Île-de-France c’est plus de 41 millions de déplacements quotidiens, sans compter ceux des visiteurs et touristes. Les Franciliens parcourent au total chaque jour 180 millions de kilomètres, plus que le trajet de la Terre au Soleil. Ils passent en moyenne 1h30 à se déplacer, quel que soit le motif (travail, études, achats, loisirs…). Et ces ordres de grandeur devraient rester valables encore longtemps, malgré les mutations profondes des comportements et des offres de mobilité .

L’impact du numérique sur la mobilité

Les évolutions numériques et la propagation des smartphones ont impacté durablement la mobilité, générant un foisonnement de nouveaux services « à la demande » et d’applications dans tous les domaines. A mesure que son usage se généralise, l’outil se transforme en guichet d’information, d’assistance, de réservation et de paiement de plus en plus performant.

De grandes mutations sociétales sont également à l’œuvre, nous incitant à nous déplacer autrement ou à ne pas nous déplacer du tout. Parmi celles-ci, les évolutions des modalités du travail : coworking, travail collaboratif, temps partagé, slashers ou encore télétravail. Ces nouveaux modes impactent les besoins de mobilité des Franciliens et modifient les rythmes urbains.

Autre révolution, celle de l’e-commerce qui a généré de nouvelles pratiques d’achat aujourd’hui largement répandues. L’entreposage et l’acheminement des marchandises est entièrement réorganisé, et les consommateurs se font de plus en plus livrer à domicile ou en points-relais.

Face à tous ces changements et enjeux, les évolutions en cours vont se poursuivre en réponse à ces nouveaux besoins. Des investissements importants dans la modernisation des réseaux ferroviaires et routiers, mais aussi des trains, métros, bus et même des automobiles, des gares et autres hubs de mobilité voient le jour pour améliorer la vie des Franciliens.

Un désir de ville plus apaisée

Dans un contexte de prise de conscience environnementale, les transports sont identifiés parmi les plus forts contributeurs aux émissions de CO2, qui conduisent au réchauffement climatique. Ils sont également responsables de l’émission de polluants atmosphériques dont les oxydes d’azote et particules fines, très nocives pour notre santé. Le bruit généré par les transports terrestres et aériens a aussi des impacts sur la santé et est l’une des priorités politiques nationales et européennes.

Aujourd’hui les citoyens aspirent à une ville apaisée, avec un air plus respirable, où les espaces publics accueillent toutes les mobilités mais permettent aussi d’autres usages (« se poser ») et plus de convivialité. Les habitants recherchent un cadre de vie attractif, en même temps qu’une bonne accessibilité des emplois, loisirs, commerces. Les usagers des transports collectifs et les automobilistes attendent de plus en plus de confort et de fluidité, ainsi qu’une diversité de services pour pouvoir faire de leur déplacement un moment agréable et utile.

La réduction des pollutions et nuisances des métropoles passe aussi par le déploiement d’une mobilité propre. Une kyrielle de moyens existe (véhicules électriques, hydrogène, biogaz, hybrides et équipements associés, énergies renouvelables et locales), encore en phase de développement.

Et plus tard ? Véhicules connectés, autonomes, routes intelligentes, drones… comment savoir ce que l’avenir nous réserve réellement ? Les notions de multimodalité et d’hybridation seront sans aucun doute de la partie, chacun étant de plus en plus acteur de sa mobilité – ou immobilité– qu’il adapte à ses besoins au jour le jour.

La mobilité de demain est difficile à définir précisément, tant les grandes masses persistantes sont aujourd’hui bousculées par des mutations extrêmement rapides. Qui aurait parié sur la multiplication des trottinettes électriques en ville il y a seulement quelques mois ?

Mais la prise de conscience de l’impact du choix de sa mobilité sur la qualité de la ville et la qualité de vie fait son chemin, petit à petit. Les choix des individus comme des collectivités sont des actes citoyens, ce qu’il est essentiel et utile de rappeler.

A lire : La vie mobile, se déplacer demain en Île-de-France (Ed. IAU). Prix : 18,50€. Plus d’infos sur iau-idf.fr 

A voir : Exposition Mobile / Immobile, artistes et chercheurs explorent nos modes de vies aux Archives nationales à Paris (3e) et Pierrefitte-sur-Seine (93) jusqu’au 29 avril. Plus d’infos sur archives-nationales.culture.gouv.fr