Culture
|

Les Journées du matrimoine racontent une autre histoire de l’art

La fontaine Stravinsky à Paris conçue par l'artiste Niki de Saint Phalle avec le sculpteur Jean Tinguely / © Daniel Bracchetti (Creative commons - Flickr)
La fontaine Stravinsky à Paris conçue par l’artiste Niki de Saint Phalle avec le sculpteur Jean Tinguely / © Daniel Bracchetti (Creative commons – Flickr)

L'histoire de l'art n'a pas été faite que par des hommes. C'est ce qu'entendent rappeler les Journées du matrimoine qui se tiennent les 19 et 20 septembre à Paris et Montreuil en même temps que les Journées du patrimoine. Coordinatrice de l'événement et membre de l’association HF Île-de-France, Marie Guérini nous en parle.

Quelle est la genèse de l’association HF Île-de-France ?

Marie Guérini : HF est née du constat que les femmes sont très peu présentes dans les métiers de la culture. Elles représentent par exemple seulement 3% des techniciens, 5,5% des instrumentistes et 13% des enseignants dans les conservatoires de musiques actuelles. HF a été lancée en 2009 par des femmes de théâtre avec pour objectif d’identifier les discriminations hommes-femmes dans les arts et la culture et d’interpeller les pouvoirs publics au travers d’événements. Depuis onze ans, neuf collectifs HF se sont créés en France.

Quels types d’actions menez-vous ?

Entre 2012 et 2015, nous avons par exemple organisé « Égalité Théâtre » pour faire prendre conscience aux centres dramatiques et aux lieux de spectacles le peu de place réservé aux femmes autrices, metteuses en scène ou régisseuses. Cette opération a conduit une trentaine de théâtres à signer une charte les engageant à être plus attentifs sur le sujet. Nous travaillons aussi dans le secteur des musiques actuelles, c’est-à-dire tous les styles sauf le jazz et la musique classique. Les femmes y sont très peu nombreuses car les hommes ont la main sur les labels et organisent les grands festivals. Nous avons imaginé la campagne « Tu joues bien pour une fille » qui a permis de donner un coup de projecteur sur certaines d’entre elles.

En quoi consiste les Journées du matrimoine ?

Le terme « matrimoine » existe depuis le Moyen Âge mais reste peu connu. D’où l’idée de créer des Journées du matrimoine, en parallèle des Journées du patrimoine les 19 et 20 septembre. Il s’agit de faire connaître les femmes qui ont eu une influence dans le monde de la culture mais qui sont pourtant des laissées-pour-compte de l’Histoire. Nous organisons la sixième édition cette année avec la satisfaction de voir que de plus en plus de démarches extérieures à l’association prennent vie. Une ville comme Nantes a même produit une affiche mentionnant à la fois les Journées du patrimoine et du matrimoine. En Île-de-France, les villes de Bobigny et Pantin sont très impliquées dans cette démarche du matrimoine. Le centre national du cinéma à Bois-d’Arcy organisera cette année ses premières journées du matrimoine en mettant à l’honneur la réalisatrice Germaine Dulac.

Quel est le but d’un tel événement ?

A travers les Journées du matrimoine, les créatrices d’aujourd’hui (metteuses en scène, architectes, musiciennes…) sont invitées à rendre hommage aux artistes femmes qui les ont précédées. De cette manière, nous fournissons aux jeunes générations les modèles féminins qui leur manquent. Les jeunes artistes se sentent moins isolées lorsqu’elles découvrent qu’elles ne sont pas les premières à subir des discriminations. Cela leur donne envie de participer au réveil de l’Histoire d’un point de vue féminin.

Quel regard portez-vous sur les nouvelles figures du féminisme ? 

Ce qui est nouveau par rapport aux mouvements féministes des années 70, ce sont toutes ces jeunes femmes qui bénéficient aujourd’hui du relais des réseaux sociaux. Un mouvement comme #MeToo contribue à faire évoluer les mentalités, le but étant de parvenir à une société plus égalitaire et dont l’héritage fasse la part belle aussi bien au patrimoine qu’au matrimoine.

Infos pratiques : « Les Journées du matrimoine », 17 événements gratuits à Paris et Montreuil les 19 et 20 septembre. Inscription obligatoire sur lematrimoine.fr. Plus d’infos sur hf-idf.org

Lire aussi : Le château de Rosa Bonheur, l’antre d’une rock star méconnue

Lire aussi : L’amour nous livre quelques-uns de ses secrets au Palais de la découverte

Lire aussi : Le Tour piéton du Grand Paris vu par la photographe Jérômine Derigny