Culture

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Gormley chez Ropac : l’art de voir grand

A la galerie Ropac de Pantin, il y a de la place et de la hauteur sous plafond. Ce qui tombe bien car elle accueille jusqu'en juillet les oeuvres géantes d'un des géants de l'art contemporain, le Britannique Antony Gormley.

Saviez-vous que pour quelques mois, Pantin rivalise avec Carnac et abrite un champ de mégalithes noirs ? Soixante menhirs en fonte d’acier, à la silhouette massive et étrangement humaine. C’est l’une des installations spectaculaires réalisées par le sculpteur britannique Antony Gormley, et exposées à la galerie Thaddaeus Ropac jusqu’au 18 juillet.

 

Gormley chez Ropac
© Sébastien Drique

 

Ce géant de l’art contemporain – au sens propre, il mesure presque deux mètres et figuré, puisqu’il a reçu de nombreuses distinctions dont le très coté Turner Price en 1994 – propose de se perdre dans « différentes zones d’expériences ». Un ensemble d’oeuvres noires tranchant de tout leur poids (plusieurs tonnes !) sur les nefs blanches de Ropac, un tout conçu pour désorienter le visiteur et baptisé « Second body ».

Deuxième corps mais aussi troisième dimension des sculptures : à l’entrée, au fond du hall, un « Hole ». Un totem de 3,70 mètres de haut se dresse. Des boîtes obscures et creuses sont empilées, on a l’impression de tourner autour d’une maquette d’immeuble insensé où la lumière joue avec l’ombre.

Une plongée dans Minecraft

Sur la gauche, le champ des soixante mégalithes, « Expansion field ». On s’y perd, on s’y amuse, un vrai « Minecraft » géant réalisé comme pour le célèbre jeu vidéo avec des superpositions de cubes. On est loin des statues d’hommes immobiles, qui ont rendu Antony Gormley extrêmement populaires ; l’une d’entre elle, par exemple, a été installée de façon temporaire sur un toit place du Panthéon, pour la Nuit blanche 2014. Ces hommes de fer ont été réalisés grâce à des moulages effectués sur l’artiste lui-même, puis via à des repères pris par un scan. Ces répliques de Gormley ont été plantées comme des vigies sur une plage de Liverpool où, après une polémique en 2006, elles resteront de façon permanente, englouties à chaque marée par les vagues, puis surgissant à nouveau des flots. Ces cent statues sont devenues, il est vrai une attraction poétique, et aussi touristique.

 

 A Pantin, pas d’homme longiligne comme à Liverpool, mais des géants trapus, dont certains, ailés, rappellent cependant l’œuvre antérieure de Gormley, notamment son célèbre Ange du Nord, aux ailes de 54 mètres d’envergure, déployées à Gateshead, au nord-est de l’Angleterre.

 

DR
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Dans la salle la plus haute de la galerie pantinoise, les hommes géométriques de Gormley perdent leur allure de rugbymen. Les quinze sculptures en bloc d’acier, pesant chacune plus de deux tonnes, s’élèvent, s’allègent, chacune donnant l’impression (fausse) qu’elle est instable, en équilibre précaire, statue mouvante, émouvante.

 Retour ensuite du côté droit de l’entrée, pour tenter de percer la forêt de fil d’acier de Matrix II, un ensemble de seize cages grillagées, effaçant la notion de perspective. Là-aussi, on songe aux hommes grillagés, ces silhouettes laissant voir le ciel dans leur corps troués, réalisés antérieurement par Antony Gormley. Ici, dans la matrice, le visiteur aperçoit à peine les corps des autres, disparaissant derrière les traits d’acier dessinés par l’artiste.

 

Matrix 2 de Gormley
© Sébastien Drique

 

Et on se prend à rêver en sortant que l’expérience de Pantin soit rééditée dans Paris, sous la nef du Grand Palais, pour un futur Monumenta, qui serait bien plus excitant que celui proposé l’an passé par les Kabakov. Reste à convaincre Fleur Pellerin de venir à la rencontre des géants de Pantin…