Culture

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La photographe Bettina Rheims au contact des femmes détenues

Pour les fans de la série Orange is The New Black ou les amateurs de photographie humaniste, l'exposition "Détenues" à la Sainte-Chapelle du château de Vincennes est un incontournable.

Portrait de Niniovitch II en novembre 2014 à Roanne / © Bettina Rheims
Portrait de Niniovitch II en novembre 2014 à Roanne / © Bettina Rheims
 
En 2014, la photographe Bettina Rheims s’est rendue dans plusieurs prisons françaises pour y produire une série de portraits dédiée aux femmes détenues. Un projet exposé en ce moment dans la Sainte-Chapelle du château de Vincennes (Val-de-Marne) et qui fut soutenu par l’ancien ministre de la Justice Robert Badinter afin de permettre aux femmes emprisonnées de se réapproprier leur féminité, leur identité et une singularité d’être humain que l’univers carcéral et ses règles uniformisent. L’exposition fait d’ailleurs naturellement écho à l’histoire carcérale du château devenu un lieu d’incarcération et une prison d’État dès le XVe siècle.
 
La Sainte-Chapelle, dans laquelle ces femmes nous attendent, est un chef d’œuvre de style gothique flamboyant, construit en pierre blanche, dont les parois poussent les hauts plafonds vers le ciel. Les vitraux laissent largement passer la lumière naturelle qui se diffuse froidement dans l’espace clair. Les portraits sont là, posés à hauteur d’homme et les visages de ces femmes font face au visiteur. Elles sont jeunes ou âgées, parfois apprêtées pour l’occasion. Il y a Josie, Stephanie, Wiki, Déborah, Kate, Thérèse, Jess, Chantal. Pourquoi sont-elles là, pour qui ? Leur regard se soustrait souvent à l’objectif de la photographe. Elles sont nombreuses à s’absenter de la scène, perdues dans une expression que l’on essaie de deviner avec réserve et pudeur. Elles portent souvent sur le visage ce même regard plein de songes que l’on croit cerné de remords. Ce n’est pas vrai pour toutes, lorsque certaines fixent l’objectif dans une milliseconde d’intensité rendant leur simple présence soudainement redoutable.
 
Les photos de Bettina Rheims dans la Sainte-Chapelle à Vincennes / © Alexandre Sim sur Twitter
Les photos de Bettina Rheims dans la Sainte-Chapelle à Vincennes / © Alexandre Sim sur Twitter
 

Des images et des mots

 
Ici et là sont disposées de petites boîtes à paroles. Les propos sont douloureux, cinglants, chargés. Il y est souvent question de la violence des hommes et de celles des maris en particulier, dont les comportements finissent par entraîner un acte définitif. Il fait froid dans la Sainte-Chapelle et les montants métalliques qui supportent les 50 portraits ne laissent finalement jamais à ces femmes la possibilité, même symboliquement, de s’extraire de la dureté du contexte dans lequel ces photos ont été réalisées. Et l’on se dit que Bettina Rheims aura réussi à capter toute la détresse et la fragilité de ces détenues sans toutefois avoir jamais réussi à les libérer.
 
Infos pratiques : Exposition « Détenues » de Bettina Rheims au château de Vincennes, avenue de Paris, Vincennes (94). Jusqu’au 30 avril. Tarifs : 9€ (plein tarif), 7€ (tarif réduit). Plus d’infos sur monuments-nationaux.fr