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Le sale été des festivals franciliens, entre coupes des subventions, hausses des coûts et canicule

Le festival Solidays à l'hippodrome de Longchamp / © Rambo XP
Le festival Solidays à l’hippodrome de Longchamp / © Rambo XP

Annulé en pleine canicule à quelques heures de l'ouverture, Solidays perd 3 millions d'euros et appelle à l'aide. Le dérèglement climatique vient de coucher l'un des indépendants les plus solides d'Île-de-France, déjà éprouvé — comme toute la scène — par la flambée des coûts et la coupe des subventions.

Solidays lance un appel au secours. Annulé ce vendredi en pleine canicule, à quelques heures de l’ouverture et sur demande de la préfecture, le festival voit s’envoler 3 millions d’euros — l’essentiel des ressources de Solidarité Sida, dont les organisateurs disent désormais redouter l’avenir.

C’est donc le dérèglement climatique qui vient de faire trébucher l’un des indépendants les plus solides de la scène francilienne. Solidays était pourtant de ceux qui tenaient debout : modèle caritatif, public fidèle depuis 27 ans, robuste là où tant d’autres lâchaient. Il n’en demandait pas tant.

Car la scène, elle, est à la peine. Il y a deux mois, on listait les annulations sur les grandes places du Grand Paris : Fnac Live, Défense Jazz, Lollapalooza. Trois disparitions, trois causes différentes, un même symptôme : le Grand Paris coupe le son. Le vrai problème n’était pas dans les arbitrages locaux ni dans le retrait d’un coproducteur, mais plus haut dans la chaîne, dans l’économie musicale tout entière, qui a basculé sans qu’on ait vraiment regardé.

Le disque, les cachets, les charges

Premier basculement : aujourd’hui, un artiste vivant ne vit plus du disque. Le CD est mort dans les années 2000, le piratage a fait son œuvre dans la décennie suivante, et le streaming, qui devait être la sortie de crise, paie en fractions de centimes par écoute. Spotify répartit ses royalties au prorata du flux d’écoutes sur l’ensemble de son catalogue. Et ce catalogue grossit, vite : Deezer estime que 75 000 morceaux entièrement fabriqués par IA atterrissent chaque jour sur les plateformes de streaming — presque la moitié du flux quotidien de nouveautés. En 2025, un groupe fictif baptisé The Velvet Sundown a accumulé 850 000 auditeurs mensuels avant que quelqu’un ne réalise que le projet était entièrement synthétique. Plus il y a de morceaux dans le pool de royalties, moins chaque écoute rapporte aux artistes humains. C’est une arithmétique implacable.

Deuxième basculement : les artistes se rattrapent sur la scène. Comme l’offre est rare et la demande mondiale, les cachets s’envolent. Stéphane Krasniewski, président du Syndicat des musiques actuelles, le dit clairement : « En 2009, le cachet d’un million d’euros versé à Bruce Springsteen aux Vieilles Charrues avait fait beaucoup parler ; aujourd’hui, c’est quasiment monnaie courante pour une tête d’affiche. » Le directeur de Rock en Seine, Matthieu Ducos, confirme : le coût de programmation d’une journée de festival a plus que doublé entre 2015 et 2025. Aux Vieilles Charrues, Jérôme Tréhorel qualifie d’« hallucinant et indécent » le triplement du budget artistique en quinze ans, passé de 1,7 à 5,5 millions d’euros. Et ça ne touche pas que les stars : un organisateur du Baccha Festival explique qu’un artiste lambda facturé 40 000 € en 2019 en coûte 150 000 aujourd’hui.

Troisième basculement : les festivals encaissent toute la chaîne. Cachets, certes, mais aussi sécurité, énergie, technique, assurance — tous en hausse pour les mêmes raisons (concurrence, inflation, exigences réglementaires renforcées). Le bilan 2025 du SMA est sans appel : 72 % des festivals notent une nouvelle hausse des dépenses techniques, 57 % pour la sécurité, 55 % pour les dépenses artistiques, 47 % pour les assurances ; 93 % rencontrent des difficultés financières ; près de la moitié sont déficitaires, avec un déficit moyen de 108 000 euros. À cela s’ajoutent les coupes budgétaires des collectivités — 67 millions d’euros de moins sur la culture en 2025 — qui frappent les festivals subventionnés. Le coproducteur privé qui se retire — Fnac Darty au parvis de l’Hôtel de Ville — n’est pas une cause. C’est le dernier domino.

Ceux qui n’ont pas annulé

Et puis il y a celles et ceux qui n’avaient pas annulé. Dans sa cinquième carte annuelle, Vert — notre confrère écolo — a recensé 72 festivals « indépendants et engagés » en France, dont une dizaine en Île-de-France et sur ses marges. Mais « indépendant » ne veut pas dire la même chose pour tout le monde, et « tenir » non plus.

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