3 000 personnes, trois tiers parfaitement égaux, une scène où chacun est festivalier à part entière. Le 13 juin, Emmaüs Solidarité, qui héberge chaque jour 9 000 personnes à la rue, organise la 4ᵉ édition de son festival au Point Fort d'Aubervilliers. Un lieu qui n'a rien d'anodin : ce fort militaire reconverti fut, il y a quarante ans, l'un des berceaux du hip-hop français.
Le concept tient en une arithmétique simple. Un tiers de résidents et de personnes accompagnées par les structures de l’association, des femmes et des hommes qui ont connu la rue et la précarité. Un tiers de salariés, bénévoles et partenaires. Un tiers de grands parisiens venus passer leur samedi à Aubervilliers. Personne n’est invité, tout le monde est festivalier. « Un message de solidarité, du vivre ensemble, avec des gens qui parfois n’ont rien à faire ensemble, mais qui ont en commun le droit à la fête, le droit au loisir et le droit de se rencontrer », résume Lotfi Ouanezar, directeur général d’Emmaüs Solidarité, qui organise cette soirée.
Né du Covid
L’idée vient de la pandémie. Arrivé à la tête de l’association en 2020, Lotfi Ouanezar constate que ses 1 000 salariés ne se croisent jamais tous le même jour au bureau. « On passait notre temps en visio sans arriver à réunir tout le monde. Je me suis demandé : quel est le meilleur moment pour ça ? Eh bien, c’est le festival. » La première édition, en 2023, fait salle comble : 3 000 personnes, et une dynamique qui ne s’est plus arrêtée.
Reste le choix du lieu, qui dit quelque chose du projet. Le Point Fort occupe une ancienne halle de 1 500 m² au cœur du fort d’Aubervilliers, l’un des seize ouvrages militaires bâtis dans les années 1840 pour défendre Paris – et surveiller ses faubourgs populaires. Déclassé par l’armée, le fort renaît dans les années 1980 avec à la mission Banlieues 89 de Roland Castro et Michel Cantal-Dupart, qui lancent l’opération « Fêtes et forts » pour rendre ces enceintes aux habitants. À Aubervilliers, l’été 1984 met le break dance à l’honneur et fait du fort l’une des premières scènes hip-hop de France. Quarante ans plus tard, le site s’apprête à entrer dans une nouvelle ère : le futur quartier qui sort de terre sera relié à La Défense en 19 minutes par la ligne 15 Est du Grand Paris Express. Un fort pensé contre la ville, devenu un lieu qui la rassemble.
« C’est un territoire auquel on est très attachés, parce qu’il est pauvre, marqué par la précarité, et qu’on y a beaucoup d’établissements », souligne Lotfi Ouanezar à propos de la Seine-Saint-Denis.
Une programmation qui ne fait pas semblant
Le festival ouvre à 14h30 et tient jusqu’à minuit. La programmation musicale est à l’image des 70 nationalités présentes dans les centres de l’association. Nayra, rappeuse franco-marocaine, fait voyager son écriture crue entre percussions égyptiennes et ruelles de Saint-Denis. Meiway, figure de la musique ivoirienne, défend depuis trente ans le zoblazo et ses percussions ancestrales. Sergio Alejandro, Colombien grandi en France, fait danser sur son reggaeton. Rachelle Allison, Guadeloupéenne, mêle rap, kompa, trap et gwoka. À partir de 17h30, les DJ sets – Tatafio, Hadj Sameer, Hype Mada, Divin0 – prennent le relais jusqu’à minuit.
L’après-midi c’est stand-up. Waly Dia, fidèle depuis la première édition, anime le chapiteau trois heures durant, avec Tom Baldetti et Elsa Barrère. « Beaucoup de gens viennent pour le stand-up, pour Waly Dia », glisse Lotfi Ouanezar.
Ce que les résidents fabriquent et vendent
C’est peut-être ce qui distingue le mieux ce festival : son marché des créateurs. Ni vide-grenier, ni stands associatifs génériques, mais des pièces sorties des ateliers couture des centres d’hébergement (sacs, pochettes, accessoires en tissu), des confitures et biscuits de la marque ÜNI·ES — fabriqués à partir d’invendus alimentaires dans un laboratoire du 19ᵉ —, des savons artisanaux du Loir-et-Cher. Les bénéfices financent des projets culturels portés par les résidents. « Les personnes qu’on accueille ont une histoire, un savoir-faire, des talents. On veut valoriser cette richesse, cette diversité humaine », dit le directeur général.
Quelques conseils pratiques
Pour l’heure d’arrivée, Lotfi Ouanezar tranche : « Entre 16h et 22h, c’est parfait. » Les familles ont toutefois intérêt à venir plus tôt : ateliers cirque avec SHAM Spectacles, jeux géants, workshop street-jazz avec S.W.A.G. Studio, football, pétanque – les animations enfants s’arrêtent vers 19h, quand les DJ sets en plein air montent en puissance.
Les tarifs, eux, sont volontairement accessibles : gratuit pour les moins de 8 ans, 8 € pour les personnes accompagnées par l’association, 12 € en tarif réduit et 15 € en plein tarif avant 18h, 18 € ensuite. « Nous sommes le dernier filet de sécurité de la société. Un spectacle à 40 ou 50 euros, ce n’est pas possible. » La jauge est limitée à 3 000 personnes — la capacité du Point Fort ne permet pas davantage.
Infos pratiques : Festival Emmaüs Solidarité, 4ᵉ édition. Samedi 13 juin 2026, de 14h30 à minuit. Point Fort d’Aubervilliers, 174 avenue Jean-Jaurès, Aubervilliers (93). Métro Fort d’Aubervilliers (ligne 7). Tarifs : 8 à 18 € / gratuit pour les moins de 8 ans. Billetterie : billetweb.fr/emmaus-solidarite



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8 juin 2026 - Aubervilliers