Société

|

« Nos habitats ne sont pas du tout adaptés aux nouveaux modes de vies »

Rue Daviel à Paris dans le 13e / © Carlos ZGZ (Creative commons - Flickr)
Rue Daviel à Paris dans le 13e / © Carlos ZGZ (Creative commons – Flickr)

Familles monoparentales ou recomposées, colocataires... Nos modes de vie se sont considérablement transformés sans qu'il en soit de même des logements. C'est pour interroger cette réalité gravée dans la pierre que le Maif Social Club (MSC) à Paris organise jusqu'au 6 avril le cycle "Habitatitude, l'habitat revisité". Chloé Tournier, responsable de la programmation du MSC, et Fiona Meadows, responsable de programmes et commissaire d'exposition à la Cité de l'architecture et du patrimoine, nous partagent leurs réflexions.

 Selon l’Atelier parisien d’urbanisme, la forte hausse de l’immobilier explique en partie la baisse de la population à Paris. L’habitat est-il un sujet suffisamment débattu d’après vous ?

Chloé Tournier : Nos habitats ne sont pas du tout adaptés aux nouveaux modes de vies. C’est un problème qui ne va faire qu’empirer vu l’urbanisation mondiale. Il est temps de répondre à l’évolution des structures familiales, qu’il s’agisse des familles mono-parentales ou recomposées. L’architecte est là pour répondre aux besoins des habitants, or ces derniers sont nombreux à subir des logements inadaptés à leur réalité. C’est à l’architecture de se mettre au service des citadins.

Fiona Meadows : Le modèle Haussmannien sur lequel repose Paris est fortement critiquable. Il est fondamental de s’adapter à la réalité des familles recomposées, avec ces chambres d’enfants vides une semaine sur deux. Des solutions de partage sont à inventer. Il y a 6 millions de personnes mal logées en France, dont la plupart n’ont même pas les moyens d’accéder au logement social. On ne s’en sortira pas sans repenser notre vision du logement. J’habite Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et je ne vois pas où sont les nouvelles intentions lorsque je regarde les immeubles en construction. Ma grande inquiétude concernant le Grand Paris, en plus du défi écologique, est le rejet des classes populaires encore plus loin. Je me méfie de la gentrification des villes proches de la capitale. Les municipalités accueillent à bras ouverts les friches culturelles et les jardins partagés qui permettent d’occuper les délaissés urbains mais qui servent habituellement de refuges aux très pauvres.

Afin de questionner notre conception de l’habitat, vous avez opté pour la construction d’une cabane en plein coeur de Paris…

Fiona Meadows : Cette cabane est une expression poétique, une utopie qui part de l’idéalisation des modes de vie, un kit pour questionner l’architecture. Elle doit permettre de discuter les normes actuelles afin d’espérer les faire bouger. A l’intérieur, vous pouvez lire, dormir ou travailler. C’est mieux que d’exposer une simple maquette. Nous avons souhaité pour cela travailler avec Michèle & Miquel, deux architectes-paysagistes à l’architecture radicale et qui ont un rapport très fort avec la nature. Leur maison à Barcelone ressemble d’ailleurs pas mal à ce prototype quant à l’aspect obsessionnel d’un processus et un rapport à la nature ! Dans ! Dans cette cabane, nous avons déployé une quinzaine d’usages dont certains semblent essentiels à notre bien-être comme des espaces de bricolage, de lecture ou de méditation.

Chloé Tournier : Nous avons également fait rentrer 40 arbres. Et à défaut de pouvoir accueillir des oiseaux, nous avons installé des appeaux pour simuler leur présence et rappeler les menaces qui pèsent sur eux et la biodiversité en général. Le besoin de nature nous est apparu essentiel pour repenser l’habitat. A travers cette cabane dans les arbres, nous donnons des pistes pour répondre aux nouveaux usages en lien avec le tri sélectif, le partage ou encore les mobilités douces.  

L'une des pièces de la cabane installée au Maif Social Club à Paris / © Edouard Richard - Maif
L’une des pièces de la cabane installée au Maif Social Club à Paris (3e) / © Edouard Richard – Maif

Dans un monde où plus de la moitié de la population vit en ville, le choix de la cabane est-il adapté ?

Fiona Meadows : Les logements n’ont quasiment pas changé depuis le XIXe siècle. Nous avons donc cherché à déconstruire le modèle de l’habitat classique. Ce qui passe entre autres par la réintégration de l’arbre en ville, l’essor des toilettes sèches pour diminuer notre consommation d’eau ou encore l’utilisation de l’énergie solaire.

Chloé Tournier : La cabane, qui constitue l’habitat premier de l’Homme, redevient tendance. Aujourd’hui, tout le monde veut passer une nuit dans une cabane dans les arbres. On observe l’émergence de nouveaux habitats hybrides en ville qui investissent les espaces délaissés comme les toits. Si nous avons choisi d’aborder ce thème en pleine construction du Grand Paris, c’est parce que trop de projets ne donnent toujours pas la priorité au lien social.

Quelle va être la programmation déployée autour de cette cabane ?

Chloé Tournier : Comme à chaque nouveau sujet abordé au Maif Social Club, l’exposition artistique, ici en partenariat avec la Cité de l’architecture et du patrimoine, est accompagnée d’ateliers, de projections, de conférences et de spectacles. Tout est gratuit et accessible à tous les âges. D’ici au 6 avril nous aurons notamment une conférence sur les hyperlieux mobiles (7 février), des films comme Captain Fantastic (9 février), qui traite de la vie de famille en pleine nature, ou L’amour flou (23 février), sur un couple séparé vivant sous le même toit, des ateliers Do It Yourself ainsi qu’une drôle d’assemblée générale de copropriété à laquelle le public sera invité à participer. A partir du mois de mai nous traiterons d’un nouveau sujet tout aussi vaste, le bonheur.

Infos pratiques : Cycle « Habitatitude, l’habitat revisité » au Maif Social Club, 37 rue de Turenne, Paris (3e). Jusqu’au 6 avril. L’intégralité du programme est à retrouver ici. Dans le cadre du cycle, exposition « Dans les branches, une cabane habitée » accessible le lundi et le samedi de 10h à 19h, du mardi au vendredi de 10h à 20h30 et le jeudi de 10h à 22h. Entrée libre. Accès : Métro Saint-Paul Ligne 1 ou Métro Chemin Vert Ligne 8. Plus d’infos sur lieu.maifsocialclub.fr

A lire : Paris avant-après, l’expo qui fait ressortir les transformations d’Haussmann