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Faut-il ou non rendre le port du casque obligatoire à vélo ?

Une cycliste à Paris / ©  Olivier Mabelly (Flickr - Creative commons)
Une cycliste à Paris / © Olivier Mabelly (Flickr – Creative commons)

Si à l'heure actuelle le casque n'est pas obligatoire à vélo pour les plus de douze ans, le débat est loin d'être tranché entre ceux qui pensent que sa généralisation serait un frein à la pratique et ceux pour qui il s'agit d'un équipement nécessaire.

Faut-il ou non rendre le port du casque obligatoire pour les cyclistes ? Le débat est loin d’être consensuel à l’heure du boum du vélo. En région parisienne comme partout en France, le casque n’est pas obligatoire pour les plus de 12 ans. Comme le rappelle le site service-public.fr, « pour circuler à vélo, plusieurs accessoires sont obligatoires : casque pour les enfants de moins de 12 ans, gilet de haute visibilité, dispositifs d’éclairage et de signalisation, signal d’avertissement. » Passé cet âge, le port du casque devient alors simplement recommandé.

Seulement voilà, avec la hausse du trafic des vélos, la question d’en faire un prérequis avant d’enfourcher sa bicyclette est fréquemment débattue, en raison notamment de la multiplication des accidents. Selon la Préfecture de police de Paris, 580 cyclistes ont été accidentés dans la capitale entre janvier et août, dont plusieurs mortellement. Soit une augmentation de près de 30% par rapport à 2019. Une hausse qu’il s’agit toutefois de mettre en perspective avec la hausse de la fréquentation des pistes cyclables parisiennes, qui frôle les 70%. Alors faut-il porter un casque à vélo ? Et rendre son port obligatoire ? Les Franciliens sont partagés. « Il faut le porter, ce n’est même pas un sujet à mes yeux. A vélo, on va vite, on évolue à côté des voitures, il y a beaucoup de dangers. Une chute est si vite arrivée, mieux vaut mettre toutes les chances de son côté pour se prémunir des risques », soutient Gabrielle Faure, 26 ans, néo-cycliste parisienne depuis l’été.

De meilleurs aménagements plutôt que le casque obligatoire

Une position que ne soutient pas Jonathan Arevalo, cycliste depuis plusieurs années. Il assume ne pas porter de casque lors de ses déplacements quotidiens. « Je me sens suffisamment en sécurité sur le réseau cyclable parisien. Il est loin d’être parfait mais il s’est considérablement amélioré ces dernières années. » Le débat est d’ailleurs houleux au sein même de son foyer, puisque sa femme Benedetta défend pour sa part le port du casque à vélo en toutes circonstances. « Je porte toujours un casque parce que je me sens plus en sécurité. Un accident peut arriver à tout moment même en faisant attention. Encore beaucoup de pistes manquent de protection et de visibilité. »

L’amélioration des infrastructures, c’est ce que souhaitent avant tout les associations de cyclistes, qui ne veulent pas voir le port du casque devenir obligatoire pour tous. « Nous sommes opposés à toute idée d’imposer le port du casque. Quel que soit l’âge, cela donne une image du vélo comme une pratique dangereuse et surtout cela décourage les citoyens d’utiliser ce mode de déplacement », explique Stein van Oosteren, porte-parole du Collectif Vélo Île-de-France et qui rappelle dans un tweet que le casque n’est pas obligatoire aux Pays-Bas. Cela doit rester une décision individuelle, chacun doit pouvoir décider de le porter ou non. Il faut plutôt créer des pistes cyclables pour protéger les cyclistes des véhicules motorisés, ou bien réduire la vitesse des voitures que de rendre le casque obligatoire ! » Un avis partagé par Jean-Sébastien Catier, président de l’association Paris en Selle. « Bien sûr que le casque peut protéger d’une blessure grave en chutant, mais face à une voiture, il ne protègera pas. Le meilleur moyen d’améliorer la sécurité des cyclistes, c’est d’aménager des infrastructures adaptées, notamment sur les grands axes routiers, et de réduire le trafic automobile dans les zones résidentielles. »

Les professionnels de santé favorables à l’obligation du port du casque

De leur côté, les professionnels de santé affichent une position favorable à l’égard du port du casque. « Un casque de vélo assure une protection efficace et atténue les traumatismes crâniens », selon Jean-Pierre Mondenard, médecin du sport, interrogé par l’Est républicain. Or, lors d’un accident de vélo, la tête est touchée dans 33% des cas. « J’ai fait 9.000 kilomètres de vélo par an pendant trente ans sur tous les cols français. J’en faisais sans casque, jusqu’au jour où j’ai perdu mon premier ami qui s’est fracassé le crâne contre un arbre », témoignait il y a quelques mois le docteur Christian Recchia, chroniqueur santé sur RMC. 

La Sécurité routière a lancé quant à elle depuis la rentrée une campagne afin d’encourager les cyclistes aguerris ou débutants à pédaler casqués. Une action saluée par le corps médical, comme le professeur Olivier Langeron, chef du service anesthésie à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne), interrogé par Le Parisien. « Il s’agit d’une sage précaution. Selon l’importance du choc, il peut prévenir toute lésion ou les atténuer, même si tous les décès ne peuvent être évités. » Mais les associations de cyclistes n’en démordent pas. « Les professionnels de la santé qui se prononcent sur le sujet sont des urgentistes qui traitent des traumatismes, notamment à la tête. C’est leur métier et c’est normal de dire qu’un cycliste aurait dû porter un casque lorsqu’il arrive aux urgences avec un trauma crânien, nuance Jean-Sébastien Catier, de Paris en Selle. Mais un médecin qui traite de santé publique aura peut-être un avis différent en montrant que sur le long terme, l’exercice physique permis par le vélo produit des bénéfices que le port du casque obligatoire pourrait atténuer en ayant un effet dissuasif. » Le débat reste entier.

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