Culture

Un Dieu du graf au château de Vincennes

Graffeur vandale à ses débuts dans les années 1990, ZEVS, alias Aguirre Schwarz, est considéré comme l'un des pionniers du street art en France. C'est aujourd’hui en toute légalité qu'il investit les coins et recoins de la forteresse de Charles V. Et il vous reste à peine un mois pour découvrir ses œuvres délicieusement provocantes.

Ce précurseur transgressif doit son blaze à un incident survenu à ses 14 ans : il manqua de se faire écraser par une rame de RER nommé ZEUS alors qu’il taguait l’intérieur du tunnel. « C’est la dernière chose que j’ai vue : ce nom éclairé qui me fonçait dessus. Du coup, la lumière, l’électricité m’ont toujours inspiré.» L’exposition « Noir Eclair », un drôle d’oxymore, confirme sa fascination pour les effets de clair-obscur.

Les exemples de Koons et Murakami au château de Versailles ou encore de JR au Panthéon attestent de cette tendance à confronter l’art contemporain aux monuments historiques. Ici, la proposition est d’autant plus forte puisque c’est ZEVS lui-même qui a demandé une carte blanche au président du Centre des monuments nationaux. L’artiste a choisi le lieu pour son passé de prison d’Etat. Parmi les détenus célèbres, le marquis de Sade, par exemple, y séjourna plus de dix ans.

De la chapelle au donjon, l’artiste plasticien nous donne à voir l’éventail de ses techniques. Installations, photographies, peintures, vidéos et sculptures se mêlent au service d’un art du détournement qui pose un regard résolument critique sur notre monde, passé et présent. Qu’il s’agisse de faire ressortir ses préoccupations personnelles ou de retracer l’histoire du château, ZEVS s’applique à surprendre le visiteur, l’invitant à toujours garder les yeux grands ouverts…

 

Exposition Noir Eclair au château de Vincennes, jusqu’au 29 janvier. Plus d’infos sur www.zevs-noireclair.fr

 

Perpetual Ending, ZEVS / © Mona Prudhomme

Perpetual Ending

Dans un style hollywoodien, les mots « The End » semblent flotter au cœur de la Sainte-Chapelle. Tel un zapping télévisé, des bribes d’émissions diffusées en direct à travers le monde sont broadcastées à l’intérieur des lettres. Bien que partiellement dissimulés par des travaux, on aperçoit en fond les vitraux de l’Apocalypse selon Saint-Jean.

 

Machination, ZEVS / © Mona Prudhomme

Machination

Ce distributeur ne contient pas de friandises mais des assiettes de porcelaine où figurent les visages de personnalités françaises historiques (Marie Antoinette, Maximilien de Robespierre, la comtesse du Barry etc…), toutes exécutées. Plusieurs casses d’assiettes sont programmées chaque jour et les visiteurs ne sont que de simples spectateurs du massacre. Machination reproduit le modèle arbitraire de cette ancienne prison d’Etat.

 

Autoportrait Louis XIV,  ZEVS / © Mona Prudhomme

Autoportrait Louis XIV

 Ce buste est une copie de celui qui trône à Versailles, réalisée selon la technique de silicafusion (technique de moulage révolutionnaire pour la fonderie d’art). Ici, le roi se fait « refaire le portrait par son propre soleil », explique ZEVS.

 

Mona Lisa and Handbag, ZEVS / © Mona Prudhomme

Mona Lisa and Handbag

Revisitant le logo de Louis Vuitton avec un LDV en hommage à Léonard de Vinci, l’artiste se plaît à faire de la contrefaçon un produit de luxe, une « copie plus originale que l’original », attribué ici à Mona Lisa. Le visiteur est invité à entrer dans un sas sombre et à observer ces deux œuvres d’art depuis une petite ouverture, tel un voyeur.

 

Visual Rapes, ZEVS /  © Mona Prudhomme

Visual Rapes

ZEVS a notamment bâti sa notoriété sur de nombreuses attaques visuelles, ciblant souvent des figures de la culture pop remixées à l’infini dans l’art contemporain (Monroe, Bardot, Che Guevara etc…). Ici, il « flashe » les portraits des rois (Saint-Louis, Charles V, Clotaire, François 1er) ayant habité le château et influencé largement l’Histoire de France. Par cette technique consistant à exposer une image sous une lumière si forte qu’elle en devient occultante, l’artiste gomme l’identité de ces puissants.

 

Repas, ZEVS / © Mona Prudhomme

Repas

A l’arrière-plan on reconnaît la célèbre Cène de Léonard de Vinci. Mais après quelques instants d’attention, les personnages à la table de devant nous semble familiers. Il s’agit là d’un dîner à la Maison Blanche où Barack Obama trinque avec les géants de la Silicon Valley, dont Steve Jobs et Mark Zuckerberg. Orné d’un cadre baroque clinquant, le tableau dénonce les rapports très étroits entre l’économie et la politique.

 

Mariage Frères, jeu d'échec, ZEVS / © Mona Prudhomme

Mariage Frères

Cette cellule fut celle où Donatien Alphonse François de Sade, accusé de « débauche outrée », fut enfermé à deux reprises. Le mobilier y était tout de même luxueux lorsqu’il s’agissait de prisonniers de prestige. Chaque pièce de cet étrange échiquier représente un maillon de notre histoire mondiale contemporaine : la reine Chanel, le roi Rolls, le fou Facebook ou les pions Playboy.

 

Bande de marques jaunes, ZEVS /  © Mona Prudhomme

Bande de marques jaunes

La façade du château de Vincennes est habillée de rayures jaunes et noires. Avec ce motif, ZEVS se réapproprie un nuancier classique utilisé par les grandes marques (Eni, Shell, Ferrari, Ikea, McDonald, Caterpillar, Bic, DHL Renault, Nikon) et rappelle également les barreaux de prison qui ornaient jadis le château.

 

Ma Musée, ZEVS / © Mona Prudhomme

Ma Musée

En 1998, âgé de 20 ans, ZEVS s’amuse à enregistrer une heure de conversations où il appelle de multiples galeristes et leur demande avec sérieux : « comment devient-on artiste ? ». Réalisant ainsi une de ses premières performances, il joue des codes du monde de l’art en perturbant ses interlocuteurs, qui répondent de façon amusée ou glaciale.

 

Mon trésor, ZEVS / © Mona Prudhomme

Mon trésor, ZEVS / © Mona Prudhomme

Mon trésor

C’est dans cette salle que Charles V gardait son or. Le visiteur glisse cinq centimes dans une machine et choisit parmi trois motifs, appartenant à l’univers de ZEVS. Après dix coups de manivelle, sa pièce ressort transformée. Une nouvelle monnaie, interne à l’exposition, prend vie.