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La maison Coignet, l’une des premières maisons en béton qui ne veut pas laisser béton

La Maison Coignet à Saint-Denis / @ Mélanie Rostagnat pour Enlarge your Paris
La maison Coignet à Saint-Denis / © Mélanie Rostagnat pour Enlarge your Paris

Depuis 2015, Emmanuel Sala milite pour que l’une des premières maisons en béton, construite en 1853 à Saint-Denis par son arrière-arrière-grand-père, l’industriel François Coignet, soit restaurée et transformée en centre dédié à l’écoconstruction.

Ce reportage est tiré de la revue en ligne Arpenter dont le 2e numéro est sorti en avril sous la houlette d’In Seine-Saint-Denis et auquel a contribué Enlarge your Paris

Dans ce quartier en bord de Seine où s’alignent les entrepôts et immeubles de bureaux, elle fait figure d’OVNI. Construite en 1853 par l’industriel François Coignet, la maison Coignet, située au 72, rue Charles-Michels à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), n’a plus vraiment l’allure qu’avait souhaité lui donner son concepteur. À l’abandon, murée par endroits et envahie par une nature bien décidée à reprendre ses droits, elle fut pourtant au XIXe siècle l’un des premiers bâtiments en béton aggloméré construits en Île-de-France.

Fils d’un chimiste lyonnais, François Coignet arrive en région parisienne dans les années 1850 et y met au point ses premières formules de béton avec comme objectif de créer un matériau plus économique que la pierre de taille, afin d’offrir aux classes populaires des logements salubres et confortables. Pour cela, « il est parti de la technique du pisé qui existait dans la région lyonnaise, et dont il a changé les ingrédients en utilisant les résidus de l’industrie présente en Seine-Saint-Denis : le mâchefer, explique l’architecte Cosme Vallet. En construisant cette maison, et notamment la toiture, il a ensuite eu l’idée d’incorporer de l’acier. Ce qui a donné les prémices du béton armé ».

Abandonnée depuis une cinquante d’années, la maison a été illégalement occupée avant de devenir la propriété de l’entreprise Saria, spécialisée dans le traitement des déchets organiques. Malgré son inscription, en 1998, à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, la bâtisse n’a pour le moment pas fait l’objet de travaux de réhabilitation. Un désastre pour Emmanuel Sala, arrière-arrière-petit-fils de François Coignet, qui a décidé de fonder il y a sept ans l’association La Maison Coignet. « En tant que descendant direct de l’industriel, je me sens le détenteur de l’héritage moral du site. »

Une cousine germaine à New York

Soutenue par la Caisse des dépôts et consignations, la Région Île-de-France et Plaine commune, l’association a élaboré un projet ambitieux de réhabilitation pour faire de ce site historique un centre sur l’écoconstruction à destination des Franciliens et des professionnels du bâtiment. « La maison Coignet abriterait un espace de sensibilisation qui permettrait aux particuliers de s’informer sur la façon de rénover son logement de manière écologique et qui accueillerait diverses associations locales du secteur », explique Cosme Vallet, secrétaire général de l’association.

Si la commune de Saint-Denis n’a pas encore tranché, Emmanuel Sala se montre optimiste et cite en exemple le bâtiment qui a autrefois abrité le siège social de la succursale américaine de l’entreprise de François Coignet. « À New York, le Coignet Stone Company Building a été entièrement restauré en 2016 grâce au financement de la chaîne de supermarchés Whole Foods et à la mobilisation des habitants du quartier. Nous souhaiterions que la maison Coignet de Saint-Denis connaisse le même destin»

Ce reportage est tiré de la revue en ligne Arpenter dont le 2e numéro est sorti en avril sous la houlette d’In Seine-Saint-Denis et auquel a contribué Enlarge your Paris. À lire sur arpenter.com

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