Culture

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Aubervilliers sous les bombes

Aubervilliers : Avant,on allait à Aubervilliers pour découvrir les créations de Zingaro.Jusqu’au 14 juillet, on ira pour voir une exceptionnelle installation de street-art. Et au galop!

Les chapiteaux de Zingaro, le fameux cirque équestre, se situent à un jet de pierre. Nous voici à Aubervilliers (93). Devant nous, une vaste plaine de 10 hectares pourtant invisible depuis la rue, bordée d’un côté par des barres HLM et de l’autre par les ruines d’un fort militaire du XIXe siècle. Naguère, elle servit de casse automobile. Aujourd’hui, c’est un mélange unique de paysages champêtres et de friches industrielles. Impression de gigantisme inattendu.

Olivier Landes, un urbaniste qui connaît bien Aubervilliers pour y promouvoir le street art depuis des années, n’a pas laissé passer l’occasion d’investir ce lieu. Lorsque la casse a fermé fin 2013, il a immédiatement proposé à l’Etat, propriétaire de l’endroit, d’y organiser une intervention artistique de grande ampleur. Et obtenu les clefs du site pour quelques mois.

Des pointures du street art

Tout juste a-t-il eu le temps de mobiliser un « line up » exceptionnel, avec des pointures internationales comme Jef Aerosol, David Walker, Jorge R. Gerada, et des artistes émergents comme Sixo, Borondo, Benjamin Laading.

Ensemble, ils ont investi tout ce qui leur tombait sous la bombe ou sous le pinceau : murs des entrepôts, sol du parking, alcôves de la fourrière, palissades, et même des carcasses de voitures et de camionnettes. Sans parler de l’ancienne halle industrielle à structure Eiffel, une merveille qui mériterait d’être réhabilitée.

Le jour de notre visite, deux semaines avant l’ouverture au public, ça s’activait un peu partout ; le Cyklop revisitait le dispositif anti-parking de l’entrée, qu’il repeignait dans un dégradé de monochromes tranchant avec la verdure environnante. Un peu plus loin, derrière un amas de bombes acryliques et de bâches plastiques, séchait la gigantesque fresque de l’espagnol Borondo, représentant un couple enlacé, dans un style mi-réaliste, mi-poétique, qui évoquait un peu Ernest Pignon Ernest.

A quelques dizaines de mètres, Willy Vainqueur achevait de monter au dos d’un hangar désaffecté un collage photo géant reproduisant une session de hip hop prise sur les lieux mêmes dans les années 80 – après que l’armée a quitté le fort, et avant que la casse ne soit ouverte. Bouffée d’aérosol, bouffée de souvenirs… Willy Vainqueur photographie la vie des gens ordinaires en Seine-Saint-Denis depuis les années 1980.

Tout doit disparaître

Un peu plus loin, nous avons frôlé l’accident professionnel et manqué de trébucher sur les clous que Jorge R. Gerada avait semé un peu partout sur le parking de la casse. Ces centaines de pointes lui servent de repères pour l’exécution d’une gigantesque fresque de 1.500 mètres carrés représentant une habitante du quartier. L’oeuvre ne sera – volontairement – visible dans sa totalité que depuis les tours HLM environnantes.

Tout cela est à découvrir, à partir du 17 mai, et jusqu’au 14 juillet – date après laquelle les bulldozers vont remplacer les artistes. L’ancienne casse, ancien fort, ancienne galerie temporaire à ciel ouvert, terminera sa course en éco-quartier. Mais après tout, n’est-ce pas l’essence du street art que d’être éphémère ?