Culture
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À Arcueil, le musée du Jeu vidéo, c’est plus fort que toi

Musée du Jeu vidéo d’Arcueil

L'ancienne mairie d'Arcueil abrite depuis décembre un musée pas comme les autres : 800 pièces de collection, 140 bornes jouables et des bénévoles en costume Pac Man. De Pong à la PS3, notre journaliste y a embarqué mari et ado pour tester ce temple du patrimoine vidéoludique, à douze minutes de Châtelet en RER.

Comment passe-t-on de Marianne à… Mario ? C’est un peu ce qu’on se demande face à l’ancienne mairie d’Arcueil (Val-de-Marne) qui abrite depuis le 13 décembre dernier un musée du Jeu vidéo. Pour avoir la réponse, je me dirige, dans le hall, vers un quadra dont le costume reproduit les motifs du jeu Pac Man. Cela laisse peu de doutes sur le fait que notre homme travaille ici. En effet, Nicolas Bernardino est le régisseur de l’endroit et membre de l’association MO5 à qui on doit la création du musée. Née à Arcueil en 2003, l’association œuvre pour la sauvegarde du patrimoine vidéo-ludique. Au départ, l’idée du musée n’est qu’une discussion entre copains devant une bière. Avant de devenir un projet plus sérieux. « Nous n’avions pas envie que le jeu vidéo emprunte le même chemin que le cinéma, explique Nicolas Bernardino. Vous saviez que 60 % des films tournés avant 1958 avaient été perdus ? » Coup de chance : la mairie d’Arcueil déserte son bâtiment années 70 pour investir de nouveaux locaux et propose à l’association d’y installer son musée.

« 99 % de nos pièces viennent de dons »

En ce jour de vacances scolaires, je franchis donc la porte en même temps que bon nombre de familles. N’étant pas une méga spécialiste du gaming, je suis venue avec mon conjoint et mon ado qui ont une culture beaucoup plus large que moi en la matière. Moi, je suis sauvée par ma lecture quelques jours auparavant de Jacky (éd. Grasset) d’Anthony Passeron, livre dans lequel l’auteur entremêle un portrait de son père avec l’histoire des jeux vidéo. Ma mémoire garde donc quelques souvenirs des épopées Atari, Sega ou Nintendo. Et en réalité, les cartels – concoctés par les membres de l’asso – sont suffisamment clairs et didactiques pour permettre aux béotiens de la console de s’y retrouver. « Ah ouais, ils ont de sacrées pièces de musée ! », s’exclame mon conjoint pourtant généralement peu prompt à s’extasier. « 99 % de nos pièces viennent de dons, explique Nicolas Bernardino. Par exemple d’anciens journalistes de jeux vidéo. Ils savent qu’on est des bons gars, qu’on va non seulement sauvegarder les appareils, mais aussi les nettoyer et permettre aux gens d’y jouer. »

C’est la grande force de ce musée : en plus des 800 pièces exposées, 140 postes sont jouables. C’est ainsi que je peux tester le mythique Pong ou encore Spacewar ! qui date de 1962. « Pour ces jeux, on a tout simplement reproduit le CPU [l’unité centrale de traitement, Ndlr] », m’explique Nicolas Bernardino. Je retrouve mes acolytes en train de s’escrimer sur Soulcalibur, un jeu sorti sur la dreamcast de Sega en 1998. « C’était censé concurrencer Streetfighter », m’explique mon conjoint. « C’est pas mal », note mon fils. Quand je lui demande pourquoi, la réponse est lapidaire : « Parce que je bats Papa ».

Madeleines à manettes

Mon conjoint retrouve une autre madeleine proustienne : Metal Slug, sorti en 1996. « J’y jouais dans les salles d’arcade ». Au programme, une bonne ambiance testostéronée où des combattants font face, dans la jungle, à des avions leur lâchant des bombes au design on ne peut plus phallique. Moi, je teste The Wand of Gamelon sur la console Philips en 1993. Un dérivé de Zelda dans lequel je me retrouve face à… une horde de sangliers passablement énervés. J’enchaîne en dézinguant en duo avec mon fils quelques créatures extraterrestres dans un vaisseau spatial mais il se lasse vite : « T’es trop lente ! Tu me ralentis ! » Et quand je commence à enchaîner les chorés sur Dance Star Party Hits proposé sur la PS3, il me stoppe net : « Tu me mets un peu la honte, là… » Quel petit ingrat… N’empêche, je trouve ça chouette que, dans un musée, ce soit lui qui m’apprenne des choses. « En revanche, il n’y a pas d’espace consacré aux jeux d’horreur », note mon conjoint. « On surveille les PEGI [système de classement des jeux vidéo signalant les contenus sensibles, Ndlr] », confirme Nicolas Bernardino. Mais le musée accueillera bientôt des expositions temporaires et il ne serait pas impossible que l’une d’elles soit dévolue à cette thématique.

En effet, les visiteurs sont loin d’avoir fait le tour des trésors du musée. « Nous n’exposons que 3 % de ce que l’on possède », raconte le régisseur. Quant aux jeux sur les 140 postes, ils tournent tous les mois. De quoi donner envie de revenir dans ce lieu à 12 minutes de Châtelet en RER. Qui n’est pas du genre à mettre une disquette à ses visiteurs.

Infos pratiques : musée du Jeu vidéo, ancien hôtel de ville d’Arcueil, avenue Paul Doumer, Arcueil (94). Ouvert les mercredis, samedis et dimanches de 14 h à 18 h (les lundis, mardis, jeudis et vendredis aux mêmes horaires durant les vacances scolaires). Tarif : 9,90 € (plein tarif) ; 7,90 € (pour les 11-15 ans), 5,90 € (chômeurs, étudiants, habitants d’Arcueil…) ; 4,90 € (pour les 6-10 ans) ; gratuit pour les moins de 6 ans. Accès : gare de Laplace (RER B). Plus d’infos sur museedujeuvideo.org

Musée du Jeu vidéo d’Arcueil
L’ancienne mairie d’Arcueil abrite depuis décembre un musée pas comme les autres : 800 pièces de collection et 140 bornes jouables.
Musée du Jeu vidéo d’Arcueil. Joséphine Lebard pour Enlarge your Paris