Balade à Milly-la-Forêt, entre sable de Fontainebleau et champs de lavande, vers la Maison de Cocteau

ll y a des gares dont on ne descend jamais, et qui pourtant changent tout. Maisse, dernière station du RER D avant le Loiret, en fait partie. Le temps de renouer son lacet sur le quai, et déjà on a décalé l'échelle : plus de tours, plus de bruit de fond, juste un peu de vent dans les pins et la promesse d'arriver à pied chez Cocteau. L'option autoroute existe, évidemment. Elle a le mérite d'être rapide et le tort d'être tout le reste.

Créé en 2017 par la Région Île-de-France, le label « Patrimoine d’intérêt régional » est décerné aux bâtiments ou ensembles non protégés au titre des Monuments historiques présentant un intérêt patrimonial avéré et représentatif pour la région. Le label compte aujourd’hui plus de 240 sites labellisés. Découvrez-les lors de balades organisées par Enlarge your Paris et la Région Île-de-France. 

Parcours de la gare de Maisse (RER D) à celle de Maisse en aller-retour par Milly-la-Forêt. Itinéraire de 17,44 km, 158 m de dénivelé, environ 4 h 30 de marche. Le tracé est à retrouver ici.

Forêt de Milly-la-Forêt. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

L’aller, par le sable et les pins

On attaque tout de suite par les bois. Le sol est une surprise : c’est du sable, extrêmement fin, et des blocs de grès posés là comme s’ils avaient roulé depuis Fontainebleau. Ce qui, géologiquement, n’est pas tout à fait faux.

Mais ce n’est pas un décor. Le sable change la marche. Certains sentiers filent à plat, tranquilles, tapissés d’aiguilles ; d’autres montent assez sec, sur ce sable friable qui se dérobe un peu sous la semelle. On avance moins vite, on cherche ses appuis, on sent les mollets travailler plus que prévu. On souffle, on s’accroche, on grimpe — et puis, une fois arrivé à hauteur, la récompense : une vue longue et dégagée sur la canopée, la forêt qui roule jusqu’au prochain plateau, les bruyères en contrebas. Ça vaut largement l’effort.

La végétation fait ensuite son mélange : pins sylvestres, bruyères, bouleaux, quelques pins maritimes. Un paysage qui emprunte à la Bretagne pour le sable, aux Landes pour les pins, à Bleau pour la roche. Très peu pour la Brie. Au total, 158 mètres de dénivelé cumulé : de quoi sentir ses mollets sans se transformer en alpiniste.

À la sortie du bois, une départementale coupe la perspective. Pas de passage piéton : on prend le temps, on regarde deux fois, on traverse une fois. De l’autre côté, c’est Milly. On ne la devine pas, on y tombe. La forêt s’ouvre d’un coup sur une succession de maisons anciennes, puis sur un étang. Un chemin pavé prend le relais, puis un petit pont de pierre, et le village se met en place sans prévenir.

Portrait de Cocteau par Bernard Buffet, salle à manger de la Maison Cocteau. Dation Centre Pompidou. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
Portrait de Cocteau par Bernard Buffet, salle à manger de la Maison Cocteau. Dation Centre Pompidou. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

Chez Cocteau

À droite, un château ; à gauche, la maison de Cocteau et Marais, labellisée « Maisons des Illustres ». Jean Cocteau s’y installe en 1947, après son film La Belle et la Bête. Il y vit avec Jean Marais, y reçoit Picasso, Piaf, Chanel, et y meurt en 1963.

On visite une maison meublée comme de son vivant, un jardin bucolique qui ouvre exceptionnellement ses portes dans le cadre de Jardins Ouverts, et un étage entier consacré à Jean Marais. Mais ce qui tient, surtout, c’est autre chose. On circule sans trop savoir ce qui relève de la mise en scène ou de ce qui était déjà là. Une pièce, un meuble, un détail… rien de spectaculaire à priori, mais quelque chose qui n’est pas complètement fixé. C’est rare, une maison d’écrivain qui n’a pas été muséifiée à l’os.

Un détail de la Chapelle Saint-Blaise des Simples, où est enterré Jean Cocteau. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
Un détail de la Chapelle Saint-Blaise des Simples, où est enterré Jean Cocteau. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

Une halle, un colombier, une chapelle

On ressort, on longe l’église, et derrière elle Milly se déploie comme un décor qu’on aurait oublié de démonter. La halle, charpente de chêne de 1479, tient debout sur ses piliers depuis près de six siècles.

Quelques rues plus loin, c’est l’autre temps fort patrimonial de la journée : le Colombier tout récemment labellisé « Patrimoine d’intérêt régional » par la Région Île-de-France. Reconstruit au XVe siècle, ce colombier médiéval est l’un des rares témoins encore en place de l’architecture vernaculaire du bas Moyen Âge en Île-de-France, et ses dispositions intérieures d’origine ont pu être restituées. L’ensemble veille sur un petit parc discret, parfait pour un pique-nique ou une sieste-lecture.

Si on a encore de la marge, la chapelle Saint-Blaise-des-Simples, décorée à la fresque par Cocteau lui-même et entourée de son jardin de plantes médicinales, mérite les dix minutes de détour. C’est aussi une manière de boucler la boucle : Milly a été pendant des siècles le bourg des « simples », ces plantes médicinales que les moines puis les paysans cultivaient pour soigner. La chapelle, le jardin et Cocteau en sont les trois échos.

Le retour par les bois et la lavande

On ne rentre pas par où l’on est venu, ce serait manquer l’essentiel. Retour par une forêt plus feuillue, plus classique. Et puis, sans prévenir, s’étend un champ de lavande à perte de vue. Oui, de la lavande, à 50 kilomètres de Notre-Dame. Le dernier kilomètre file sur un petit bout de Beauce céréalière, avec ses fermes anciennes en pierre calcaire. Retour à Maisse, RER D, banc sur le quai d’en face.

Le tracé de la balade est à télécharger ici.

Infos pratiques : retrouvez tous les sites du label « Patrimoine d’intérêt régional » sur iledefrance.fr. Programme complet de Jardins Ouverts sur iledefrance.fr/jardins-ouverts.

Accès : RER D direct depuis Paris-Gare de Lyon jusqu’à Maisse, environ 1 h 15. Pour parcourir les 8 km entre la gare de Maisse et Milly sans marcher, le Transport à la demande (TàD) d’Île-de-France Mobilités est une option, précieuse pour le retour si les jambes ont dit stop. 

Maison de Jean Cocteau : 15, rue du Lau, Milly-la-Forêt (91). Ouverte du jeudi au dimanche de 11 h à 18 h. Visites guidées uniquement de 11 h à 17 h 15. Réservation fortement conseillée. Accessible aux personnes à mobilité réduite. Tarifs : de 8 à 11 €. Plus d’infos sur maisonjeancocteau.com.

Pour prolonger la journée : ceux qui veulent y passer la journée entière peuvent ajouter au programme le Cyclop de Jean Tinguely, œuvre monumentale cachée en forêt à quelques kilomètres de Milly. Un autre monde, une autre paire de manches, et l’un des secrets les mieux gardés du Sud francilien.

Lire aussi : Plus de 200 sites à découvrir avec le label « Patrimoine d’intérêt régional »

Lire aussi : Balade à Crécy-la-Chapelle, entre vieilles pierres, vallée préservée et moulin hors du commun

Lire aussi : Flânerie au bord de la Marne sur les traces des canotiers

Une sphinge au visage de la duchesse du Barry, Maison Jean Cocteau. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
Une sphinge au visage de la duchesse du Barry, Maison Jean Cocteau. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

Thématiques