Pour la Toussaint, six cimetières du Grand Paris à visiter, de Barbara à Andy Warhol

Le 1er novembre, on fleurit les tombes de sa famille. On peut aussi pousser la grille des cimetières où reposent les morts des autres : soldats américains à Suresnes, orchidées à Versailles, renard et Andy Warhol à Pantin, où une exposition d'art contemporain se tient jusqu'au 15 novembre. Enlarge your Paris a rouvert ses archives, Navigo en poche.

Dimanche 1er novembre, les allées se couvriront de chrysanthèmes. Le lendemain, jour des défunts, les familles finiront leur tournée. La plupart des tombes, pourtant, ne recevront personne. Il n’y a plus de place depuis longtemps pour les nouvelles concessions dans les cimetières intra-muros : les Parisiens sont désormais enterrés en banlieue, dans leur ville d’origine, ou crématisés. Les familles ont déménagé, parfois quitté la France, et beaucoup de sépultures anciennes sont en déshérence. Ces lieux ont besoin d’autres visiteurs que les ayants droit. En voici six, tous à portée de Navigo.

Luca Resta Ocean Temple Block. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

Pantin, 107 hectares de forêt et une exposition jusqu’au 15 novembre

Avec 107 hectares et 8 700 arbres, le cimetière parisien de Pantin est le plus grand des cimetières parisiens, plus de deux fois le Père-Lachaise. Assez grand pour qu’un renard y traverse une allée à onze heures du matin, comme l’a constaté Lucinda Moreira en juin. Jusqu’au 15 novembre, la résidence d’artistes POUSH et la Ville de Paris y présentent « Demeure », une quarantaine d’œuvres de 21 artistes installées sous les sophoras. Deux petites flammes de néon rouge signées Laurent Grasso brillent sur la maison des gardes. Dans le carré militaire, les Drapeaux de Julien Salaud, imprimés de couleuvres, flottent au-dessus des croix. Les chauves-souris de bois carbonisé de Tilhenn Klapper pendent à une branche. Andy Warhol est là aussi : Figment retransmet en direct, par webcam, sa tombe de Pennsylvanie.

L’exposition sert surtout de laissez-passer. Pour voir les œuvres, il faut marcher entre les stèles en mandarin, les pagodes de granit noir, le carré juif et ses Tables de la Loi, les croix de fer rouillées à touche-touche et les tombes de soldats dont la mousse a mangé les noms. Le gardien, lui, ne voit pas de contradiction : « C’est comme un parc, mais un peu particulier. »

Le cimetière parisien de Bagneux / © Jean-Fabien Leclanche pour Enlarge your Paris
Le cimetière parisien de Bagneux. Photo Jean-Fabien Leclanche pour Enlarge your Paris

Bagneux, chez Barbara par la ligne 4

Depuis le prolongement de la ligne 4, le cimetière parisien de Bagneux est à portée de métro. Barbara y repose à deux pas de la station qui porte son nom. Sur sa tombe, on ne dépose pas de chrysanthèmes mais des cailloux, selon la tradition juive : une manière de dire, anonymement, que l’on est passé. On y croise aussi Claude Berri, Jacqueline Maillan et Claude Piéplu. Ses 6 000 arbres abritent des écureuils roux et des perruches à collier. Pas très loin, les tombes des soldats des deux guerres mondiales, anglais, australiens, français, allemands, belges, sont alignées dans leurs carrés, sans doute oubliées. Parmi elles, 91 soldats allemands de 14-18 reposent sous une inscription dans leur langue. Les monuments de la Shoah élevés par les sociétés mutualistes juives honorent, eux, des morts qui n’ont jamais eu de tombe.

Le cimetière du Père-Lachaise à Paris / © Smilla 4 (Creative commons - Flickr)
Le cimetière du Père-Lachaise à Paris / © Smilla 4 (Creative commons – Flickr)

Père-Lachaise, l’égalité jusque dans la tombe

Ouvert en 1804 par décret de Napoléon, le Père-Lachaise a tourné la page des fosses communes paroissiales : chacun y a droit à une tombe individuelle, quelle que soit sa religion ou sa condition. Avant lui, le cimetière des Saints-Innocents, en plein cœur des Halles, empilait les cadavres sur quatre mètres. Ses 44 hectares en font le plus grand espace vert de Paris, devant les Buttes-Chaumont. Depuis la fin des pesticides, la flore sauvage y repousse : l’ethnobotaniste Valentine Diguet en a fait l’inventaire avec John Laurenson, jusqu’à la tombe de Jim Morrison.

Côté matrimoine, Hubertine Auclert la suffragette, Rosa Bonheur, Sophie Germain et Suzanne Lacascade attendent la visite que les itinéraires officiels oublient de leur rendre. Camille Paix, alias Mère Lachaise, leur a consacré, avec d’autres, cent portraits. Et c’est au Mur des fédérés, où s’achevèrent les combats de la Semaine sanglante en mai 1871, que démarre notre balade de onze kilomètres sur les traces de la Commune, jusqu’au Sacré-Cœur.

Cimetière américain de Suresnes. DR
Cimetière américain de Suresnes. DR

Suresnes, 1 565 soldats américains sur le mont Valérien

Sur les coteaux du mont Valérien, le cimetière américain de Suresnes est le premier site confié à l’American Battle Monuments Commission, créée par le Congrès en 1923. Loin de tout champ de bataille, c’est un hospital cemetery. Au début de la Première Guerre mondiale, l’Hôpital américain de Paris, qui comptait une dizaine de lits, s’installe dans un lycée de garçons tout juste construit à Neuilly-sur-Seine et vidé par la mobilisation : il passe à 600 lits. Quand les États-Unis entrent en guerre en avril 1917, il faut enterrer les soldats qui n’y survivent pas, et la municipalité de Suresnes propose ce terrain. Après l’armistice, 61 % des familles demandent le rapatriement des corps. Les autres reposent ici, sous 1 565 tombes.

Versailles, le cimetière zéro phyto

Au cimetière des Gonards, à Versailles, on ne désherbe plus à la chimie depuis 2009. Premier cimetière de France labellisé éco-jardin, en 2012, il a remplacé les gravillons des allées par du gazon, planté des haies champêtres, laissé des zones en friche, et concasse les pots de fleurs abandonnés pour décorer les parterres et le pied des arbres. Des fossoyeurs aux maçons, tout le personnel peut être appelé à arracher les herbes folles. Les oiseaux y nichent de plus en plus nombreux, et des orchidées se sont mises à pousser par endroits.

Cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois / © Office du tourisme d'Essonne

Sainte-Geneviève-des-Bois, Moscou-sur-Seine

Au cimetière municipal de Sainte-Geneviève-des-Bois, une bonne part de la cour impériale de Russie partage le grand sommeil avec quelques génies du XXe siècle : Andreï Tarkovski, Rudolf Noureev, qui repose sous un tapis kilim en mosaïque, le prix Nobel de littérature Ivan Bounine, le théologien Sergueï Boulgakov, l’acteur Ivan Mosjoukine. Tout commence en 1927. Les cimetières parisiens sont pleins, et la princesse Vera Mestchersky, aidée par une riche mécène, ouvre au château de la Cossonerie « la Maison russe », refuge pour les Russes blancs chassés par la révolution bolchevique. Du château au cimetière, il n’y a qu’un pas. Suivront des résistants russes assassinés par les Allemands, des opposants anticommunistes, et même un carré des chauffeurs de taxi, métier prisé des exilés d’après 1917. Entre les bulbes dorés et les croix orthodoxes poussent des pins, des bouleaux et de petits chênes. Certaines stèles sont volontairement entrouvertes pour laisser sortir un arbre ou des fleurs. Le bulbe bleu de l’église orthodoxe, consacrée en 1939, veille sur plus de 5 200 tombes.

« Demeure » quitte le cimetière de Pantin le 15 novembre. Il reste deux semaines après la Toussaint pour aller voir la tombe d’Andy Warhol en direct de Pennsylvanie. Et sinon, les cimetières sont ouverts toute l’année.

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