Métro, boulot, jingle : en 2026, les transports franciliens changent de ton
admin
Publié le 1 janvier 2026
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Après le ticket de métro en carton, enterré en 2025, voilà qu'un autre totem du transport parisien s'apprête à tirer sa révérence. La petite mélodie qui précède les annonces – celle que vous fredonnez sans doute sans le savoir depuis 2005 – ne soufflera pas ses 22 bougies. En janvier, Île-de-France Mobilités dévoilera une nouvelle identité sonore, déployée sur tout le réseau avant la fin de l'année. Comment crée-t-on un son pour 3 milliards de voyages annuels ? Réponse avec Xavier Guépet, directeur de la communication d'IDFM.
L’accès à la gare de Saint-Denis–Pleyel par la rampe. Jéromine Derigny pour Enlarge your Paris
Le jingle RATP – cinq notes composées par Michaël Boumendil en 2005, une « java des guinguettes » devenue culte – est une madeleine de Proust pour des millions de Franciliens et peut-être même de touristes. Pourquoi toucher à ce totem ?
Xavier Guépet : On parle beaucoup de la RATP, mais on oublie souvent que la SNCF a aussi une identité sonore très forte, tout aussi reconnaissable. Aujourd’hui, les voyageurs naviguent entre plusieurs univers sans toujours en avoir conscience. L’objectif n’est pas d’effacer les opérateurs, ni de remplacer des identités existantes par principe. Il s’agit de dépasser ces frontières mentales pour accompagner un réseau devenu beaucoup plus intégré, régional. C’est aussi le bon moment pour faire évoluer l’identité sonore avec l’ouverture de la ligne 18. Par exemple, quand vous prenez la ligne 14, ce sont 4 opérateurs qui en assurent l’exploitation pour le compte d’Île-de-France mobilités. On ne peut pas avoir 4 identités sonores sur une ligne de métro. Le voyageur ne « prend » pas la RATP ou la SNCF : il se déplace sur le réseau de transport en commun francilien.
Beaucoup y voient un outil de marque. À quoi sert vraiment une identité sonore ?
Ce n’est pas une coquetterie, ni un élément décoratif ou de marketing. Le son est avant tout un outil d’information et de réassurance. Il doit attirer l’attention sans créer de tension, accompagner sans envahir. Dans un environnement complexe – métro, RER, gares, quais extérieurs, tramways –, le son joue un rôle de repère très fort. Il aide à comprendre où l’on est et à se sentir accompagné tout au long du trajet sur un réseau de 2 186 km de réseau ferré, 500 gares, 14 lignes de train, 16 lignes de métro, 14 lignes de tramway, 1 900 lignes de bus…
Ces quelques petites notes que vous venez de choisir vont donc parler à des centaines de millions de voyageurs chaque année, entrer dans leur quotidien, dans leur intimité… C’est vertigineux…
Oui, environ 9 millions de déplacements quotidiens multipliés par 365 jours… Faites le calcul ! Et, dans la grande majorité de ces trajets, il y a au moins une annonce sonore. Peu d’institutions ou de services publics s’adressent aussi souvent à autant de personnes. Cela implique une responsabilité énorme : on ne peut pas se permettre un son agressif, anxiogène ou daté.
Comment a été conçu cet univers sonore ?
Nous avons lancé une consultation auprès de trois agences aux univers très différents, précisément pour ouvrir le champ des possibles. Parmi elles, des spécialistes reconnus de l’identité sonore, mais aussi une agence plus musicale, plus artisanale dans son approche. Et c’est elle qui a gagné. Nous ne voulions pas simplement décliner ou moderniser un existant, mais créer une identité originale, capable de durer vingt à vingt-cinq ans.
Petit bonus pour les amateurs de culture ferroviaire : « Attention à la marche en descendant du train » compte douze syllabes, c’est un alexandrin parfait. La nouvelle identité sonore aura-t-elle ce genre de poésie ?
Nous avons voulu quelque chose de chaleureux, humble, avec même des touches vocales chantées, presque humaines. Quand une annonce démarre, l’idée n’est pas que les voyageurs se disent « qu’est-ce qui va encore m’arriver ? », mais qu’ils se sentent accompagnés, même quand l’information est difficile et que les nouvelles sont contrariantes…
Selon une enquête IFOP de 2020, 75 % des 15-34 ans portent un casque ou des écouteurs dans les transports. Est-ce qu’une identité sonore a encore un sens quand une grande partie des usagers n’entendent plus rien ?
Bien sûr, mais le son n’est plus seul. Aujourd’hui, l’information passe aussi par les applications, les écrans, les notifications. Le sonore fait partie d’un ensemble, notamment pour l’accessibilité : handicap sensoriel, cognitif, compréhension rapide des situations. Le son reste un signal faible mais structurant. Il accueille, il alerte, il rassure.
Les voix des annonces RATP sont souvent celles d’agents – une ancienne conductrice de la ligne 1 fut parmi les premières. Jane Birkin et Éric Cantona ont aussi prêté leur voix aux quais. Qui prêtera sa voix à Île-de-France Mobilités ? Vous pouvez nous fredonner le nouveau jingle ?
Pas avant le 14 janvier, lors de la présentation officielle. Mais je peux vous dire qu’on a écarté les sonorités trop contemporaines car trop risquées. Un jingle, ça doit pouvoir traverser les modes. On vise une génération, pas une saison.
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