À la Cité universitaire de Paris, les crises du monde finissent par passer la grille
Publié le 9 septembre 2026
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La Cité internationale universitaire de Paris. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
Une plaque retirée, une autre reposée quelques mètres plus loin
En février dernier, à la Maison de l’Argentine, une plaque en hommage aux « 30 000 disparus et victimes du terrorisme d’État » de la dictature a été retirée. Depuis 2024, la résidence est dirigée par un proche du président argentin Javier Milei, dans un contexte de remise en cause très politique de cette mémoire. La Cité internationale universitaire de Paris avait peu de moyens d’agir directement : contrairement à la plupart des résidences du campus, la Maison de l’Argentine est restée propriété de son pays fondateur.
Elle a donc répondu autrement. Le 24 mars, 50 ans jour pour jour après le coup d’État de 1976, une plaque identique a été dévoilée à quelques mètres, sur la Maison internationale. Depuis, l’affaire est sortie du campus. Fin juillet, la Ville de Paris a demandé au Quai d’Orsay de se pencher sur la gestion de la résidence, tandis que la presse nationale commençait à s’intéresser au dossier. Et selon nos informations, une dizaine d’étudiants argentins invités à quitter leur maison ont été relogés dans d’autres résidences de la Cité U.

La plaque posée par la direction de la Cité internationale universitaire de Paris. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
Une utopie vieille de cent ans
Cette histoire de plaque dit beaucoup de ce qu’est la Cité internationale universitaire de Paris. Fondée en 1925 au lendemain de la Première Guerre mondiale, elle repose sur une idée simple : faire vivre ensemble des étudiants du monde entier et fabriquer, à l’échelle d’un campus une forme de diplomatie quotidienne. Aujourd’hui, 12 000 étudiants, chercheurs et artistes de 150 nationalités vivent dans les 47 maisons de ce parc de 34 hectares ouvert à tous.
Ce projet repose aussi sur une organisation très particulière. La Ville de Paris met des terrains à disposition, des pays financent leurs Maisons et la Cité veille au respect de valeurs communes. La Maison de l’Argentine constitue justement une exception, puisqu’elle est restée propriété de son pays fondateur. C’est ce détail juridique qui explique pourquoi la Cité ne pouvait pas intervenir directement après le retrait de la plaque. Elle a donc choisi de répondre autrement.
La Cité U, née après 1914-1918, n’a aucun pouvoir d’empêcher les guerres, les dictatures ou les crises politiques de franchir ses grilles. Son pari est plus modeste, et peut-être plus concret : faire en sorte que leurs conséquences ne s’y traduisent pas exactement comme ailleurs.

La Maison de l’Argentine, Cité internationale universitaire de Paris. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
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