À l’aval de Paris, le plouf reste à conquérir

Si vous avez adoré plonger dans la Seine, vous allez adorer retrouver la Marne. Cet été, près de 260 000 personnes ont fréquenté les baignades franciliennes. Pour que le plouf gagne l’aval de Paris, il faudra toutefois apprivoiser un fleuve plus difficile : des pollutions à traiter, davantage de bateaux, une navigation commerciale soutenue et, par endroits, un courant puissant.
Baignade de Grenelle. Ville de Paris

Après les baignades parisiennes et celles de la Marne, l’idée de pousser le plouf vers l’aval de Paris a de quoi séduire. Le 3 novembre, l’État et les collectivités ont lancé les travaux préparatoires d’un nouveau plan pour améliorer durablement la qualité de l’eau. Dans un entretien au Parisien, Pierre Chavy, secrétaire général aux politiques publiques, évoque une estimation de 850 millions d’euros à l’horizon 2040. Ce n’est pas encore un budget voté ni un financement bouclé : la répartition entre l’État, les collectivités et les acteurs privés reste à établir.

En amont de Paris, près de 1,3 milliard d’euros ont été engagés depuis 2016 pour moderniser l’assainissement, stocker les eaux de pluie, raccorder les ports et les bateaux et corriger les mauvais branchements. avec l’idée d’être prêts pour les JOP 2024, puis d’ouvrir la baignade aux habitants à l’été 2025.

À l’aval de Paris, le chantier s’annonce plus compliqué. Les bateaux en stationnement y sont trois fois plus nombreux qu’à Paris, notamment autour des iles des Hauts-de-Seine. Il faut aussi composer avec les rejets, le trafic fluvial commercial et des courants parfois plus puissants qu’à Paris. Une baignade ne se décrète pas au bord de l’eau : il faut trouver un emplacement compatible avec ces usages, étudier les courants et garantir la qualité de l’eau comme la sécurité des nageurs.

L’île Monsieur, pionnière du plouf

Au pont de Sèvres, l’île Monsieur pourrait accueillir une baignade pérenne. Le Département des Hauts-de-Seine a lancé une étude préalable ; dans Le Parisien, une ouverture en 2028 ou 2029 est évoquée. Le lieu a déjà une histoire de fêtes au bord de l’eau : au XVIIe siècle, Louis XIV en fit don à son frère Philippe d’Orléans, dit Monsieur. Après une longue parenthèse industrielle, l’île est devenue un grand centre nautique, avec ses clubs d’aviron, de voile et de kayak.

C’est aussi là qu’en octobre 2012, des membres du Laboratoire des baignades urbaines expérimentales ont organisé une première trempette nocturne, clandestine, devant la base nautique. Le collectif allait ensuite multiplier les actions pour défendre le retour du droit à la baignade dans le Grand Paris. Aujourd’hui, la Seine Musicale se dresse juste en face. Le panorama est spectaculaire ; le courant, lui, rappelle qu’on est dans un fleuve, pas dans une piscine.

À l’Île-Saint-Denis, la Seine a déjà été testée

À la pointe sud de l’Île-Saint-Denis, côté île des Vannes, le bras de Seine est plus calme. Des baignades expérimentales, notamment avec « Nage ta Seine », y ont déjà eu lieu. Deux sites sont à l’étude, tandis qu’un bâtiment doit accueillir une base nautique ouverte à tous. Ces essais donnent un aperçu du futur, sans encore constituer une baignade régulière et pérenne.

La Maltournée, un plouf suspendu

Sur le canal Saint-Denis, le bassin de la Maltournée a lui aussi connu sa répétition générale. À la fin de l’été 2025, un week-end de baignade surveillée y a réuni plusieurs centaines de personnes ; des élus de Saint-Denis et d’Aubervilliers avaient également testé le site. Une baignade devait revenir en 2026, mais le projet est resté en suspens après les élections municipales. Le panneau « baignade interdite » est toujours là.

Ces trois lieux racontent une même envie de retrouver l’eau, mais pas le même calendrier. L’île Monsieur fait l’objet d’une étude pour une baignade pérenne ; l’Île-Saint-Denis a déjà accueilli des essais ; à la Maltournée, le projet attend de repartir. Pour l’aval de Paris dans son ensemble, la préfecture vise l’ouverture de nouveaux sites d’ici 2030 et un travail de fond jusqu’en 2040. Les 850 millions d’euros donnent une échelle au chantier. Reste à transformer l’estimation en financement, puis les essais en lieux où l’on pourra vraiment se baigner.

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