À Saint-Denis, un patrimoine au pied du mur de béton

La maison Coignet, pionnière mondiale des constructions en béton, était mise aux enchères le 3 novembre : à deux pas de la gare de Saint-Denis, 1,26 million d’euros pour 858 m², un terrain de près de 3 000 m² et un chantier de restauration d’ampleur. Au bout de 24 heures, aucune offre. Ce monument historique reste entre les mains de son propriétaire qui ne sait quoi en faire, tandis que les collectivités disent ne pas pouvoir la sauver seules.
À Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), la Maison Coignet, première maison construite en béton aggloméré du monde. DR

La vente en ligne devait peut-être ouvrir une nouvelle porte. Elle s’est achevée le 4 novembre sans aucune offre. La mise à prix était de 1,26 million d’euros. Mais acheter la maison, c’était aussi reprendre un bâtiment très dégradé. À moins de cinq minutes des quais de la gare de Saint-Denis, entre Pleyel et la Seine, la maison Coignet se cache désormais derrière une immense bâche blanche. On ne voit plus à quel point elle est dans un triste état.

Inscrite au titre des monuments historiques en 1998, cette maison a été classée par décret en 2024. Cette mesure a permis à l’État d’imposer des travaux de protection à son propriétaire, le groupe Saria. L’échafaudage bâché qui l’enveloppe a été payé à 50 % par le ministère de la Culture. Mais il protège le bâtiment des intempéries ; il ne restaure ni les escaliers, ni les plafonds, ni les pièces laissées à l’abandon depuis des décennies.

Le béton sous les moulures

François Coignet était un industriel qui fabriquait des colles à partir de déchets animaux. Il cherchait aussi une autre façon de construire. En 1853, il fait bâtir une maison pour le directeur de son usine et y expérimente son béton aggloméré, coulé dans des coffrages.

Le résultat ne ressemble pas à un manifeste d’architecte moderniste – on est loin du choc esthétique de la Villa Savoye du Corbusier à Poissy. La maison de Saint-Denis reprend les codes d’une demeure bourgeoise : moulures, corniche, balustrade. Mais tout cela est en béton.

François Coignet voulait montrer que son matériau pouvait imiter la pierre et permettre de construire à moindre coût. Son ambition ne s’arrête pas à cette maison : à proximité, il fait également édifier un immeuble pour les ouvriers de son usine, restauré et transformé en appartements en 2016. La maison raconte ainsi autant l’histoire d’une innovation que celle du logement et du travail à Saint-Denis.

La vente n’a pas trouvé d’acquéreur. Elle laisse entière la question de la suite : qui financera la restauration, et pour quel usage ? La bâche protège la maison, mais ne peut pas la sauver à elle seule. Après le béton, il faudra trouver le bon assemblage : un projet, des partenaires et les moyens de le faire tenir.

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