Balade à Saint-Eutrope, la petite forêt miraculée de l’Essonne
Publié le 8 novembre 2026
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Au milieu de la plaine d’Escadieu, on se demande comment il est possible d’être ici. L’herbe s’étend jusqu’à un horizon boisé. Rien ne dépasse. Le ciel prend une place immense.
Ma carte GPS, elle, n’a pas cette pudeur. Elle replace l’ancien hippodrome, la prison de Fleury-Mérogis et les autoroutes autour de nous. En élargissant l’écran, on retrouve les quartiers de Ris-Orangis et d’Évry-Courcouronnes, les zones commerciales de la Croix-Blanche et de Val Vert, l’ancienne base aérienne 217.
Et tout ce voisinage ne reste pas sur la carte. Au nord, sous les pins, les détenus s’interpellent et les appels des gardiens portent jusqu’à nous par haut-parleurs. La prison reste invisible, mais soudain toute proche. Au-dessus passent les autoroutes du ciel : Orly n’est pas loin.

Trouver l’entrée
Arriver jusqu’ici demande un peu d’obstination. Depuis Grigny, il faut emprunter un passage étroit sous l’A6, pas évident quand on ne connaît pas le coin. Entre l’autoroute et l’ancien hippodrome, un panneau cyclable tagué indique le bois. Un muret annonce l’espace naturel régional. Sous l’autoroute, un campement s’est installé.
Le mieux reste d’arriver par le vieux village de Fleury-Mérogis, à condition d’avoir une voiture. Dans un pli de la Francilienne, à côté des cités, une maison aux volets de bois porte de petits décors de céramique au-dessus des fenêtres. On ne s’attendait pas à trouver ce morceau de village ici, tant le nom de Fleury-Mérogis évoque d’abord sa prison. Le prochain chantier de Saint-Eutrope sera sans doute celui de l’accessibilité, probablement depuis Bondoufle.
Coincé et protégé
Dans cet environnement un peu punk, le bois a l’allure d’un rescapé. Petit à petit, l’hippodrome, les autoroutes et la prison l’ont encerclé. Ce qui l’a coincé l’a aussi protégé. Mais on aurait tort de ne l’aimer que pour avoir survécu. Il est beau. Les petites mares retiennent le regard au ras du sol, les très vieux chênes le font remonter. Puis la prairie ouvre la perspective et fait respirer l’œil.
La forêt régionale s’étend entre Fleury-Mérogis, Ris-Orangis et Bondoufle. En son cœur, la plaine d’Escadieu ouvre une clairière de 36 hectares. Île-de-France Nature présente Saint-Eutrope comme le seul ensemble forestier d’envergure entre la RN20 et la rive gauche de la Seine.

Sous l’herbe le béton
L’hippodrome a été inauguré en 1973, alors que la ville nouvelle d’Évry sortait de terre. Son programme prévoyait d’accueillir 10 000 personnes et 1 450 voitures réparties dans six parkings, dont un à la lisière du bois. Valentine Arreguy, responsable de l’équipe des paysagistes d’Île-de-France Nature, en commente de vieilles photographies : des revêtements de béton laissant pousser l’herbe y entretenaient l’illusion d’une pelouse. Les courses se sont arrêtées en 1996. Les matériaux sont restés. L’herbe en a recouvert une partie, mais les couches du dessous empêchaient les arbres de repousser. C’est cet ancien parking qu’Île-de-France Nature a renaturé en 2023 et 2024.
Redonner une place à l’eau
On a beaucoup remué la terre autour de Saint-Eutrope. Pour les routes, les centres commerciaux, les quartiers, il a fallu aplanir, creuser, faire couler le béton. L’eau gênait, on l’a mise dans des tuyaux.
Avant de retirer les revêtements, l’équipe de Valentine [nom] a étudié le terrain pendant des mois. À l’écouter, creuser un trou pour y laisser revenir l’eau demande parfois bien plus d’attention que de la faire disparaître. Le chantier a retiré le béton et créé des creux humides, en conservant les chênes. Les matériaux ont été réemployés sur place pour modeler le relief ou sur des chantiers proches, afin d’éviter des déchets ailleurs et une multiplication des transports. De la terre végétale locale a servi à favoriser le retour de la flore du secteur. « Les espaces qu’on livre sont jeunes quand on les livre », raconte Valentine Arreguy. À côté des vieux arbres, une partie du paysage recommence tout juste à vivre.

Entre l’Orge et la Seine
Il faut dézoomer encore pour comprendre la place de ce bois. Entre l’Orge et la Seine, il participe aux continuités écologiques. Au sud de la Francilienne, les champs commencent à prendre davantage de place ; les marais de l’Essonne et le Gâtinais ne sont plus très loin. Saint-Eutrope fait charnière entre le nord urbanisé du département et son sud encore agricole. Valentine [nom] craint les effets de la sécheresse sur la forêt. On peut retirer le béton, redonner une place à l’eau ; on ne sait pas quelles pluies viendront remplir les mares.

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