À Saint-Denis–Pleyel, quatre jours pour regarder les 108 Vénus de Prune Nourry dans les yeux

Du 22 au 25 octobre, l’atelier de Prune Nourry ouvre au public dans la gare de Saint-Denis–Pleyel. On y approche les 108 Vénus dionysiennes avant qu’elles soient suspendues dans l’atrium à l’été 2027. Une exposition sur l’art du Grand Paris Express complète la visite.

L’armée des 108 femmes

Il y a des ateliers d’artiste avec vue sur la Seine. Celui de Prune Nourry a vue sur les escalators de la ligne 14, qui plongent vers les quais juste en dessous. Faute de place dans son atelier parisien, l’artiste s’est installée en janvier au premier étage de la gare, dans un espace appelé à devenir un centre d’art en 2027. Quand on pousse la porte, les Vénus sont là : 108, debout, alignées. On circule entre les rangées à hauteur d’yeux. D’une Vénus à l’autre, la silhouette change, la teinte et le grain de la terre aussi. Après ses Terracotta Daughters, fillettes d’argile inspirées des guerriers de Xi’an, Prune Nourry réunit à Saint-Denis une nouvelle armée, tout entière composée de femmes.

Les vénus dionysiennes de Prune Nourry. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
Les vénus dionysiennes de Prune Nourry. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

La terre qui m’est chair

L’artiste s’inspire des Vénus du Paléolithique, premières représentations féminines de l’histoire de l’art, souvent réduites à la fertilité. Comme elle nous l’expliquait dans notre entretien sur la naissance du projet, elle y voit surtout la diversité des âges, des corps et des couleurs de peau. Avant de sculpter, cette Parisienne a passé un an en atelier avec des associations de femmes de Saint-Denis. Il en est sorti La Terre qui m’est chair : celles qui le souhaitaient ont choisi une terre qui les représente, prise dans le bac à sable de leur enfant, sur leur balcon, en Algérie ou en Sicile. Ces échantillons seront placés au cœur des statues.

Prune Nourry nous disait que la verticalité de l’atrium, son aspect de « carottage archéologique », avait nourri son projet. Conçue en tandem avec Kengo Kuma, l’architecte de la gare, l’installation occupera ce grand volume jusqu’à 27 mètres de hauteur. Kengo Kuma s’est attaché au nombre 108, qu’il associe au bouddhisme et au shintoïsme : enfant, il entendait le gong sonner 108 fois. Chaque Vénus mesure 1,70 m. Profitez-en : c’est la dernière fois qu’on les regarde dans les yeux.

Une œuvre dans une gare est un rêve d’artiste

Petit retour en arrière. L’atrium devait d’abord accueillir un arbre suspendu imaginé par Stromae, son frère Luc Junior Tam et Kengo Kuma. Le projet a été abandonné en 2022 pour des raisons techniques et de sécurité. L’arbre de la star a donc laissé la place à la terre des femmes du quartier. Aujourd’hui terminus de la ligne 14, Saint-Denis–Pleyel verra se croiser les lignes 14, 15, 16 et 17. Les Vénus auront du monde à regarder passer, et pas seulement des voyageurs : une œuvre dans une gare, c’est « un rêve pour tout artiste », nous confiait Prune Nourry, puisqu’on peut la voir sans ticket. Le RER D et la ligne H sont déjà accessibles par la passerelle Pleyel ; pour la ligne 13, il faut rejoindre Carrefour Pleyel.

La visite comprend aussi une exposition sur l’art du Grand Paris Express : 48 des 70 œuvres intégrées aux gares. Des médiateurs accompagnent les visiteurs en petits groupes.

Les vénus dionysiennes de Prune Nourry. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
Les vénus dionysiennes de Prune Nourry. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
Les vénus dionysiennes de Prune Nourry. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
Les vénus dionysiennes de Prune Nourry. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

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