« Le passe Navigo vous fait entrer en forêt »

Si l'Île-de-France ressemble encore à l'Île-de-France avec ses forêts à portée de RER, sa Ceinture verte et ses plaines épargnées par le lotissement, c'est en grande partie l'œuvre d'une agence régionale méconnue, créée par la loi il y a cinquante ans. Sa présidente Sophie Deschiens raconte un demi-siècle de nature gagnée mètre par mètre, en cette année où s'est ouvert le bois du Piple, dernière acquisition XL de la région Ile-de-France.

En partenariat avec Île-de-France Nature

Île-de-France Nature fête cette année ses cinquante ans. Qu’est-ce qu’un promeneur voit aujourd’hui en Île-de-France qui n’existerait pas sans vous ?

Sophie Deschiens, présidente d’Île-de-France Nature : La Ceinture verte, à l’évidence. Une boucle de 350 kilomètres, sept départements traversés, et tous ces parcours accessibles en transport en commun : un Francilien peut rejoindre un grand morceau de nature sans monter dans sa voiture. Au total, nous détenons 15 500 hectares, soit davantage que la superficie de Paris. Sur seulement dix de nos soixante espaces naturels régionaux, nous comptons plus d’1,7 million de visiteurs par an. Que les Franciliens fréquentent ces lieux, aucun doute. Qu’ils sachent à qui ils le doivent, c’est une autre histoire : d’où la refonte complète de notre signalétique, avec un grand plan à l’entrée de chaque site.

Le bel événement de l’année, c’est le bois du Piple !

S. D. : Une pépite. Avec ses 110 hectares entre Sucy-en-Brie et Boissy-Saint-Léger, c’est la dernière grande forêt privée du Val-de-Marne, fermée au public depuis des décennies. Quand la succession des propriétaires a imaginé vendre pour une opération immobilière, les maires ont dit non et sont venus chercher le bras armé de la Région. J’avais posé une condition sine qua non : sans délibération chiffrée des deux communes sur l’entretien des lieux, on n’achetait pas. L’ouverture a commencé cette année, à 400 mètres de la gare du RER A de Boissy-Saint-Léger. Le passe Navigo vous fait entrer en forêt.

Vous débitumez aussi, littéralement…

S. D. : À la lisière de la forêt de Saint-Eutrope, nous avons entièrement renaturé un parking de quatre hectares et demi, hérité des Trente Glorieuses, quand on aménageait du bitume pour faire venir les Parisiens en forêt. Depuis fin 2023, nous accompagnons les maires qui « cassent la dalle », selon l’expression de la présidente de la Région : 140 dossiers de squares ont été créés, agrandis ou réaménagés. Chaque mètre carré rendu à la nature améliore la qualité de vie des Franciliens.

On sait désormais que la nature est pourvoyeuse de bonne santé.

S. D. : On l’a vraiment réalisé avec la crise du covid : des gens enfermés chez eux, et pour ceux qui n’avaient ni balcon, ni terrasse, ni jardin, c’était l’enfermement total. Depuis, à chaque crise, ce besoin de se réfugier dans un lieu verdoyant et calme ressurgit. La nature nous apporte quelque chose de l’ordre du soin. Et c’est notre bien commun : vous avez de magnifiques jardins privés, mais encore faut-il en avoir un. Là, c’est ouvert à tous.

Et pour les cinquante prochaines années ?

S. D. : Il faut accélérer. Le regard des élus a radicalement changé entre 2020 et 2026 : désormais, maire bâtisseur sans nature = maire battu. Avec une exigence d’équité : à titre d’exemple, la forêt de Bondy est ouverte et très fréquentée côté Coubron, mais côté Clichy-sous-Bois elle reste moins accessible, alors que les habitants sont juste là. Notre travail, c’est que personne ne reste de côté. On en revient toujours à la Ceinture verte et aux connexions entre trames vertes et bleues, et centres urbains : les continuités, c’est tout l’avenir de ces connexions.

Bois de Bondy. Photo Ile-de-France Nature
Bois de Bondy. Photo Ile-de-France Nature

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