Vandaliser un commerce, c’est attaquer la ville
Publié le 23 octobre 2026
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À Lyon comme à Paris, les témoins racontent la désolation dans la ville dévastée. À ceux qui trouveraient des excuses aux pilleurs, il faut rappeler qu’un commerce n’est pas seulement un bien matériel susceptible de subir de la casse : c’est aussi un élément vital pour la vie urbaine.
Vitrines éclatées, panneaux de contreplaqué, slogan « on veut tout gratuit », vigiles dépêchés en urgence, bandes de (très) jeunes hommes – et rarement de jeunes filles – vêtus de noir mais plutôt rigolards, à l’affût d’une opportunité. Dimanche 18 octobre, je ne peux m’empêcher de m’arrêter quelques instants devant l’Office de tourisme de Lyon, incendié, comme pour une minute de silence. Le cœur commerçant, sur la presqu’île entre Rhône et Saône, a été ravagé la veille.
À Paris, au même moment, une habitante du 10ᵉ arrondissement éprouve les mêmes sentiments. « Le quartier est totalement saccagé, écrit-elle. Avec les carcasses de voitures et les vélos brûlés, le macadam a fondu. » Ses voisins, témoigne-t-elle, « craignent que ça recommence tous les week-ends, comme à l’époque des Gilets jaunes, en 2018-2019 ».
Excès de l’hyperconsommation
Quelle qu’ait été l’ampleur des manifestations pacifiques du 17 octobre 2026 et la justesse des revendications exprimées, on retiendra principalement de ces « journées d’octobre » le saccage des boutiques dans de très nombreuses villes et les incendies visant des bâtiments publics.
D’après mes observations, à Lyon, les émeutiers et les pillards s’en sont pris principalement aux magasins de vêtements, de parfums, de montres, de téléphonie et de bijoux. Une forme de commerce qui n’est plus vraiment « de proximité », mais sert à attirer une clientèle internationale et à assurer la renommée de la ville. À Paris, plusieurs témoins me décrivent en revanche des supermarchés éventrés, des magasins d’informatique dévalisés, une pharmacie sens dessus dessous, des cafés comme explosés.
Bien sûr, chacun peut avoir son avis sur les excès de l’hyperconsommation. On peut déplorer que le seul horizon livré à la population occidentale, en ces temps de bouleversement climatique, d’explosion incontrôlable de l’intelligence artificielle et de menaces sur les libertés, se limite à l’accumulation égocentrique d’objets plus ou moins inutiles.
Le commerce est la quintessence de la ville
Il n’empêche que le commerce physique est la quintessence même de la ville. Sans commerce, sans commerçants, les centres urbains, territoires de rencontre et d’échanges depuis des millénaires, s’étiolent, se rabougrissent, disparaissent. Les habitants des villes moyennes, délaissées en France par les assauts de la grande distribution, en savent quelque chose. Le commerce physique crée une valeur qui dépasse largement son chiffre d’affaires et le nombre d’emplois créés. La société Datactivist avait tenté de résumer, en janvier, « les externalités non marchandes du commerce de proximité » : vie de quartier, préservation du patrimoine architectural, animation et protection de l’espace public, etc. Lorsqu’une enseigne s’installe, elle contribue à faire vivre les commerces, cafés et restaurants alentour.
Certaines marques pourraient fermer leurs boutiques urbaines. Or, l’alternative au commerce de ville, c’est la vente en ligne, triste joie individuelle devant l’écran, ou la zone commerciale barricadée, avec interdiction d’y pénétrer hors des heures d’ouverture et accès filtré. Ce modèle, la grande distribution rêve de le développer encore davantage.
Vandaliser un commerce, c’est donc attaquer la ville.

