Diwali : où manger indien et sri-lankais dans le Grand Paris

Des beignets sucrés, des confiseries à la noix de cajou, des spirales croustillantes à grignoter avec un chai : de Delhi à Paris, Diwali se célèbre les mains collantes. La Fête des lumières tombe le 8 novembre, et ses douceurs se dégustent toute l’année à La Chapelle, dans les nouveaux bistrots indiens de la capitale jusqu’aux Quatre-Routes de La Courneuve.
Food tour à La Chapelle, au cœur de Little Jaffna. Anaïs Lerma pour Enlarge your Paris
« Food tour » à La Chapelle, au cœur de Little Jaffna. Anaïs Lerma pour Enlarge your Paris

Commémorée notamment par les hindous, Diwali est fêtée en Inde, au Sri Lanka et dans les diasporas. Pendant plusieurs jours, les maisons s’illuminent, les familles se retrouvent autour de repas festifs et les douceurs s’échangent entre proches et voisins. Les mithai, confiseries à base de lait, de sucre, de noix ou de farine, côtoient les murukku, biscuits croustillants en forme de spirale, et les athirasam, petits beignets sucrés. Pas besoin de mettre la main sur son passeport pour y goûter.

« Food tour » à La Chapelle, au cœur de Little Jaffna

On l’appelle souvent Little India. C’est à tort : La Chapelle est un Little Jaffna. Avec plus de 250 commerces tamouls recensés en 2014, le quartier est le point de ralliement de la diaspora tamoule du Grand Paris, arrivée en France à partir des années 1980 pour fuir les violences et la guerre civile au Sri Lanka. Autour du métro La Chapelle, les enseignes en tamoul, les épiceries, les magasins de saris, les restaurants et les lieux de culte forment un lieu de ressources, de rencontres et de solidarité, où l’on vient faire ses courses, retrouver des produits du pays, échanger des nouvelles ou transmettre une langue et une culture à ses enfants.

On peut s’y laisser guider par la cheffe indienne Sandra Salmandjee, qui propose des « food tours » entre les comptoirs où l’on boit son chai debout, les cantines tamoules et les vitrines de pâtisseries.

Première halte chez Muniyandi Vilas, pour les parathas. Dans la vitrine, un cuisinier géant étire et fait tournoyer la pâte, et le spectacle suffit à attirer le chaland. La galette rappelle le naan, mais elle est cuite sur une plaque plutôt qu’au four. Plus épaisse, plus roborative, elle se mange nature ou garnie de Vache qui rit, 4 portions pour être sûr…

Si le thé a été popularisé en Inde et au Sri Lanka par les colons britanniques, il a vite été mis à la sauce locale : le masala chai se prépare avec du thé noir, du lait, du sucre et des épices. À La Chapelle, on le boit comme là-bas, dans une échoppe de rue. Chez Nilaas, au carrefour de la rue Perdonnet et de la rue Louis-Blanc, on se presse pour commander un chai fumant et mousseux aux effluves de cardamome et de clou de girofle, pour un euro.

À quelques minutes à pied, rue Cail, on s’attable chez Krishna Bhavan, une institution végétarienne qui offre un bel aperçu de la cuisine de l’Inde du Sud : dosas, beignets de légumes, currys, thalis, le tout pour moins de 15 €.

Pour des dosas aux dimensions XXL, direction Chutney Bites, dans la même rue. Ces grandes crêpes fines et croustillantes à base de riz et de lentilles arrivent dans des proportions franchement impressionnantes, nature ou garnies de pommes de terre épicées façon masala. La carte fait aussi la part belle au kothu parota, pain feuilleté haché et sauté avec des légumes, des épices et, au choix, de la viande, ainsi qu’aux vadai, des beignets de lentilles.

Pour finir sur une note sucrée, le spot où acheter des mithai, ces douceurs offertes et partagées lors des grandes fêtes familiales, c’est Ganesha Sweets. Dans la vitrine, les ladoo côtoient les jalebi et les jangri, spirales de pâte frites puis plongées dans un sirop sucré. Moi je penche toujours pour le kalu dodol, spécialité sri-lankaise à base de noix de coco, de sucre de palme et de farine de riz.

Impossible de quitter La Chapelle sans passer devant le temple Sri Manicka Vinayakar Alayam au 17, rue Pajol. Fondé en 1985 et dédié notamment à Ganesh, il accueille les visiteurs tous les jours avec des cérémonies à 10 h, 12 h et 18 h 30.

Infos pratiques

  • Muniyandi Vilas, 207, rue du Faubourg-Saint-Denis, Paris (10e). Tous les jours de 11 h à minuit. Métro La Chapelle (ligne 2).
  • Nilaas Tea Kadai, 64, rue Louis-Blanc, Paris (10e). Métro La Chapelle (ligne 2).
  • Krishna Bhavan, 24, rue Cail, Paris (10e). Métro La Chapelle (ligne 2).
  • Chutney Bites, 6 rue Cail, Paris (10e). Métro La Chapelle (ligne 2).
  • Ganesha Sweets, 16 rue Perdonnet, Paris (10e). Métro La Chapelle (ligne 2).
  • Temple Sri Manicka Vinayakar Alayam, 17 rue Pajol, Paris (18e). Tous les jours de 8 h 30 à 20 h. Métro La Chapelle (ligne 2).
  • Food tours de Sandra Salmandjee : tarif et réservation sur https://www.instagram.com/sanjeebollywood/
Food tour à La Chapelle, au cœur de Little Jaffna. Anaïs Lerma pour Enlarge your Paris
Food tour à La Chapelle, au cœur de Little Jaffna. Anaïs Lerma pour Enlarge your Paris

Cheese naan, prends garde : les bistrots indiens changent de recette

Après les comptoirs populaires de La Chapelle, changement d’ambiance. Depuis quelques années, une nouvelle génération de chefs, souvent passés par Londres, ouvre à Paris des bistrots indiens inspirés des pubs londoniens et des irani cafés de Mumbai. Loin des décors traditionnels (que j’aime aussi, avec leurs statuettes à tire-larigot sur les étagères), ces adresses misent sur une décoration contemporaine, des recettes régionales et des clins d’œil à la cuisine britannique, de quoi bousculer le duo cheese naan-poulet tandoori.

Manoj Sharma fait partie de ceux qui ont donné le ton. Né dans le plus vieux quartier de Delhi, le chef a passé une douzaine d’années à Londres avant de s’installer à Paris en 2014. Il a depuis multiplié les propositions : Jugaad et sa cuisine indienne contemporaine, Sharmaji, ouvert en 2023, plus intimiste et ancré dans les recettes familiales et régionales, ou Sir Winston, où il faisait déjà dialoguer influences indiennes et britanniques. Avec The Indian Arms, ouvert cet été dans le 2e arrondissement, il pousse le mélange jusqu’au gastropub londonien aux accents de Delhi : Scotch egg relevé au masala, fish & chips au masala, travers de porc façon vindaloo.

Dans la même veine, rue de Trévise, Mumbai Café s’inspire des irani cafés de Mumbai. Fondés par des immigrés persans à partir du XIXe siècle, ces cafés sont devenus des lieux populaires où l’on vient autant pour manger que pour se retrouver. Ici, on retrouve l’esprit brasserie, option Art déco : sols en granito, imposant bar en marbre, ventilateurs chinés au marché de Chor Bazaar. Le décor semble tout droit sorti de The Darjeeling Limited de Wes Anderson. On partage des chotas, des dahi puri et des keema pav avant un Chettinad Fish (19 €), filet de daurade mariné aux épices, servi dans une sauce crémeuse à la tomate, à la noix de coco, à l’ail, au poivre, aux oignons et aux épices torréfiées.

De l’autre côté de la Seine, avenue Bosquet, Berkeley Garden joue la carte gastronomique. Le chef Noman Nawaz a fait ses armes au Pavillon Ledoyen avant de poursuivre sa formation à Londres auprès du chef indien Yogesh Datta. Sa cuisine du nord de l’Inde se nourrit d’influences françaises et britanniques. On vient notamment pour le biryani, servi sous une croûte de pâte. Boiseries, fauteuils en cuir et tables en marbre donnent à l’adresse des airs de club londonien.

Infos pratiques

  • Jugaad : 16, rue Favart, Paris (2e). Métro Richelieu–Drouot (lignes 8 et 9)
  • Sharmaji : 16, rue Frémicourt, Paris (15e)(métro La Motte-Picquet-Grenelle, lignes 6, 8 et 10)
  • Sir Winston : 5, rue de Presbourg, Paris (16e). Métro Charles-de-Gaulle-Étoile (lignes 1, 2 et 6, RER A)
  • The Indian Arms : 9, rue Paul-Lelong, Paris (2e) Formule déjeuner à 21 € ou 26 €. Métro Bourse (ligne 3).
  • Mumbai Café : 6, rue de Trévise, Paris (9e). Métro Grands Boulevards (lignes 8 et 9)
  • Berkeley Garden : 6, avenue Bosquet, Paris (7e). Fermé le lundi. Métro Alma–Marceau (ligne 9) ou gare de Pont de l’Alma (RER C).
Food tour à La Chapelle, au cœur de Little Jaffna. Anaïs Lerma pour Enlarge your Paris
« Food tour » à La Chapelle, au cœur de Little Jaffna. Anaïs Lerma pour Enlarge your Paris

À La Courneuve, les diasporas au-delà du périphérique

Pour prendre la mesure des communautés qui ont façonné le Grand Paris, direction les Quatre-Routes à La Courneuve. Des commerçants pakistanais s’y installent à partir des années 1980, bientôt rejoints par des familles pendjabies venues d’Inde. Dans les années 1990, la guerre civile au Sri Lanka pousse de nombreux Tamouls à rejoindre le quartier. Certains, qui avaient d’abord travaillé dans les commerces de La Chapelle, s’installent ici, où les logements sont plus accessibles.

On commence la promenade place du 8-Mai-1945, au cœur du quartier commerçant, en prenant le temps de regarder les enseignes, souvent écrites en plusieurs langues : épiceries, pâtisseries, boutiques de vêtements traditionnels et restaurants se succèdent. Côté assiette, deux adresses sont à portée de main. Avenue Jean-Jaurès, Apna Punjab sert une cuisine pendjabie entièrement végétarienne : chole bhature, shahi paneer, samoussas. Au début de l’avenue Paul-Vaillant-Couturier, Mirch Masala & Royal Sweets fait à la fois restaurant pakistanais (biryani, karahi) et pâtisserie, de quoi repartir avec quelques jalebi.

On remonte ensuite l’avenue Paul-Vaillant-Couturier jusqu’au temple Sivan Parvathi, au 159, reconnaissable à sa façade colorée et à ses sculptures de divinités hindoues. Dédié à Shiva, il est un lieu de rassemblement important pour la communauté tamoule. On termine au marché des Quatre-Routes, particulièrement animé les mardis, vendredis et dimanches, où, entre les étals de fruits, de légumes et d’épices, tout le brassage du quartier se donne à voir.

Infos pratiques

  • Accès : métro La Courneuve-8 Mai 1945 (ligne 7) et tram T1, même arrêt
  • Apna Punjab, 133, av. Jean-Jaurès, La Courneuve (93). Tous les jours.
  • Mirch Masala & Royal Sweets, 16, avenue Paul-Vaillant-Couturier, La Courneuve (93). Tous les jours.
  • Temple Sivan Parvathi, 159, av. Paul-Vaillant-Couturier, La Courneuve (93)
  • Marché des Quatre-Routes, autour de la halle et de la place Claire-Lacombe. Mardi, vendredi et dimanche.
Food tour à La Chapelle, au cœur de Little Jaffna. Anaïs Lerma pour Enlarge your Paris
« Food tour » à La Chapelle, au cœur de Little Jaffna. Anaïs Lerma pour Enlarge your Paris

Où fêter Diwali dans le Grand Paris ?

Les festivités commencent dès le samedi 7 novembre à la Maison de l’Inde, à la Cité internationale universitaire (14e). Les résidents y tiennent des stands de spécialités indiennes et de douceurs de 15 h à 20 h. Suivent un programme de danses et de musique de 17 h 30 à 19 h, un feu d’artifice à 20 h 30, puis un DJ set Bollywood-bhangra jusqu’à 22 h 30. Entrée gratuite, mais le programme culturel se fait sur inscription, places limitées.

  • Maison de l’Inde, 7, boulevard Jourdan, Paris (14e). Accès : Cité universitaire (RER B et tram T3a). Inscription ici.

À Suresnes, le Maharashtra Mandal France, association qui fait vivre en France la culture marathie, organise ses festivités le samedi 7 novembre : cours de danse Bollywood et de danse traditionnelle, stands de cuisine et d’artisanat indiens.

À Bussy-Saint-Georges, le BAPS Shri Swaminarayan Mandir, premier temple hindou traditionnel de France, ouvert au public en septembre, célèbre Diwali le dimanche 8 novembre.

  • BAPS Shri Swaminarayan Mandir, allée Madame-de-Montespan, Bussy-Saint-Georges (77). Ouvert le week-end de 9 h à 19 h, en semaine de 9 h à 12 h et de 16 h à 19 h. Accès : gare de Bussy-Saint-Georges (RER A), puis quelques minutes à pied.

Pour prolonger la fête à table, Berkeley Garden propose du 9 au 16 novembre, midi et soir, un menu Diwali à 49,50 € : paneer malai tikka ou gambas tandoori, biryani ou butter chicken, ras malai ou rose milk cake, avec pain et boisson (entrée et plat, ou plat et dessert).

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