À Meaux, on a plongé dans les tranchées de Verdun, un casque sur les yeux

La Grande Guerre a son grand musée à Meaux, là où les troupes françaises, transportées pour certaines sur le front par des taxis parisiens, ont repoussé l’armée allemande en 1914. Le musée fête ses 15 ans ce 11 novembre 2026. En plus de sa collection et de sa tranchée reconstituée, il propose à certaines dates un film de 22 minutes en réalité virtuelle, « Champ de bataille », qui se passe à Verdun en 1916. Notre reporter John Laurenson est allé le tester en famille.
Meaux, Musée de la Grande Guerre. Photo Didier Pazery
Meaux, musée de la Grande Guerre. Photo Didier Pazery

Dès les premiers instants, on est saisi par la beauté et le silence. On est dans une forêt. D’Argonne peut-être ou bien dans les Vosges ou les bois de Verdun. On monte doucement dans les airs suivant les troncs rectilignes des arbres. La paix. Mais une fois au ciel, on pique comme un épervier ou un obus vers un champ. Un tracteur y travaille. On plonge dans la terre sombre et fraîche qu’il retourne et nous voilà retournés aussi… en 14-18.

On se trouve à Verdun, en 1916, dans un abri de tranchée sur les lignes françaises, pour suivre la belle et terrible histoire de deux jeunes poilus et un chien. Avec le casque fermement planté sur les yeux et les oreilles, on est coupé du monde pour entrer de la façon la plus complète qui soit dans un autre. La guerre des tranchées est quelque chose qu’on a tous vu à l’écran, même les jeunes. Mais pas comme ça.

On a l’impression d’y être

« Tu sais, quand un des soldats a tendu la main vers nous, j’ai levé la mienne pour la toucher ! » raconte James, 12 ans, après le visionnage. « J’ai été très marquée par la lecture de romans sur la Première Guerre mondiale donc c’est fou d’y être ! » dit sa maman. Je suis d’accord. Et c’est une révélation pour moi de découvrir la vision panoramique quand on tourne la tête à gauche ou à droite.

« C’est vraiment une immersion. Ça permet de voir en volume, en 3D, ce qui décuple les émotions. C’est pour ça d’ailleurs que le film est interdit aux moins de 12 ans », précise Johanne Berlemont, la responsable de la conservation du musée.

Une auberge sur le Chemin des Dames

C’est le film en réalité virtuelle qui nous a convaincus de faire cette excursion, mais un petit mot sur la collection quand même : véhicules de guerre, uniformes, armes, photos. Elle doit l’essentiel à un seul collectionneur. Dans les années 1950, alors qu’il était jeune garçon, Jean-Pierre Verney passait ses vacances chez ses grands-parents. Ils avaient une auberge sur le Chemin des Dames, au nord-est d’ici, où il y a eu des combats terribles. De ses rencontres avec les anciens combattants qui venaient à l’auberge est née une passion. Ce musée est né de l’achat de sa collection par le Pays de Meaux en 2005. Des 5 000 objets exposés, les trois quarts viennent d’elle.

James, qui commence à friser la surdose d’Histoire, file se réfugier à côté de la machine à café pour regarder son téléphone. Mais faire entrer notre ado dans un musée en dehors d’une visite scolaire et obligatoire avec les copains est devenu un exploit. Grâce à la réalité virtuelle et à Jean-Pierre Verney, on a réussi.

Meaux, Musée de la Grande Guerre. Photo Didier Pazery
Meaux, musée de la Grande Guerre. Photo Didier Pazery
Meaux, Musée de la Grande Guerre. Photo Didier Pazery
Meaux, musée de la Grande Guerre. Photo Didier Pazery

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