Retour du mouvement électro : comment une danse née dans le Grand Paris continue de bouleverser le monde
Publié le 6 juin 2026
1 minute de lecture
Pouvez-vous expliquer comment vous êtes arrivé dans la danse électro ?
A. B. : À 33 ans, cela fait presque 20 ans que je danse électro. Je fais partie de la première génération de cette culture, j’étais un amoureux de musique électro dès mon plus jeune âge. Quand j’ai vu apparaître le mouvement, qu’on appelait par erreur « Tecktonik » à l’époque, ça a été une évidence. Pouvoir danser sur ces sons en 2006, c’était facile, les gestes étaient très accessibles. Finalement, j’ai fini par en faire mon métier, ma vie.
Comment est née la danse électro ?
A. B. : Dans les clubs du Grand Paris, en particulier au Métropolis à Rungis (91) où étaient organisées les fameuses soirées Tecktonik. Attention cependant : « Tecktonik » n’a jamais été le nom de la danse électro, mais le nom de ces soirées organisées dans le noir et où on portait des vêtements fluo, d’abord appelées « Black-out ». La danse électro a touché énormément de monde. Elle était aussi très populaire à Paris, notamment dans deux clubs de Montparnasse, le Mix et le Redlight, où la population était très diversifiée.
À cette époque, nous étions les premiers banlieusards à assumer de ne pas correspondre à tous les codes liés à l’imaginaire de la banlieue. On prenait soin de notre apparence, on portait des vêtements texturés, des couleurs, des coupes proches du corps… Or, dans l’imaginaire collectif, ces codes sont plus liés au milieu queer, mal perçu en banlieue. On a reçu beaucoup d’insultes homophobes à cause de notre look, et je pense que c’est en partie ce qui a fait déserter le mouvement électro. Pour autant, les personnes qui y sont restées ont construit une communauté tournée vers l’inclusion, où personne ne va imaginer ta sexualité en se basant sur ton apparence, et où toute personne qui respecte nos valeurs est bienvenue.
Nous avons une grande histoire de la musique électro en Île-de-France, notamment grâce à la French touch. Est-ce aussi le cas pour la danse électro ?
A. B. : En 2006, le développement de cette danse dans les clubs internationaux a été impressionnante. Mais ce sont bien les banlieusards qui en ont pris soin après 2008, qui l’ont développée et structurée. Énormément d’artistes importants pour cette communauté viennent d’ailleurs de banlieue, comme DJ Medhi qui a grandi à Colombes (92), de même que moi et le chorégraphe Brandon Masele). On trouve beaucoup de danseurs à Nanterre, Val-de-Fontenay, un peu partout dans le 94 et le 93… La danse électro a continué d’être développée en banlieue, et comme tout, est revenue à Paris pour se répandre de nouveau dans le monde.
Que dire de la présence de la danse électro au Jeux olympiques de 2024 ?
A. B. : Pour moi, c’est juste la conséquence d’un travail acharné pendant de longues années. C’est normal que l’on soit fiers de cette danse, la seule danse urbaine française jamais créée. Elle a énormément bénéficié des musiciens de la French touch, ces artistes d’Île-de-France qui ont créé de la musique électro. Pour les Jeux olympiques, ce sont des danseurs de notre milieu qui ont créé la chorégraphie comme Miel [Brandon Masele, Ndlr] et Laura Defretin : ils ont parfaitement retranscrit l’aspect « big bang culturel » de ce mouvement dans leur tableau.
Comment expliquer le retour de cette danse aujourd’hui ?
A. B. : Cela prend place dans une tendance culturelle où l’on voit réapparaître une forme de nostalgie généralisée des années 2000, que ce soit dans la mode, la musique, et dont bénéficie aussi la danse électro. Mais ce retour se fait surtout grâce aux organisateurs du mouvement et aux formateurs qui l’ont structuré. Après 2008, nous n’étions plus vraiment acceptés en club, car la danse électro était perçue comme ringarde. Alors on a commencé à danser dans la rue à la fontaine Stravinsky à Beaubourg (3e), au Palais de Tokyo (16e), mais aussi sur la place du Trocadéro (16e). Puis des danseurs ont créé Vertifight, des battles internationales qui ont eu lieu jusqu’en 2013. Puis Jimmy Medina a créé LRC, un championnat du monde qui a continué de faire vivre la communauté. Enfin, j’ai créé la Planke en 2020, juste après le covid, car le confinement nous empêchait de nous réunir, ce qui a été un gros frein pour nous. À l’origine, c’était un endroit où on pouvait de nouveau danser, et c’est finalement devenu la première école de danse électro en France.
Aujourd’hui, comment vit la danse électro ?
A. B. : Beaucoup d’événements sont organisés dans le monde, mais la majorité de la communauté se retrouve en France. Les événements du Frequency que j’ai créés en 2020 sont des battles qui ont lieu deux fois par an et qui attirent des personnes du monde entier. Pour élargir le mouvement, je me suis associé à de grandes institutions culturelles comme la Gaîté Lyrique, chez qui j’ai été artiste résident, la Villette, ou encore le théâtre de Chaillot. Nos événements réunissent souvent entre 250 et 800 personnes. On est même allés jusqu’à 6 000 à la Villette.
Aujourd’hui, il y a beaucoup d’endroits où l’on peut pratiquer l’électro. Si quelqu’un est intéressé, il est possible de s’entraîner avec nous tous les vendredis soir au FGO-Barbara (de 21 h à 23 h). Chaque personne qui respecte le mouvement y sera accueillie à bras ouverts.
Plus d’infos sur les Instagram : Achraf Bouzefour, La Planke, Le Frequency et Juste Debout.