Loisirs

Sportifs élevés en plein air

Chaque week-end, un entraînement sportif gratuit est proposé dans les parcs des Hauts-de-Seine. Notre courageuse reporter a décidé de s'y coller, au lendemain d'une soirée arrosée. Spoiler : elle a souffert.

Lorsque je suis tombée sur l’initiative Parc-Courons du 92, je me suis dit, « c’est pour moi !» Depuis une vingtaine d’années, le conseil général des Hauts-de-Seine propose, le week-end, un entraînement sportif gratuit avec des professionnels dans neuf de ses parcs. Quand j’ai proposé de tester l’affaire en conférence de rédaction la réaction a été immédiate : « C’est génial ! Faudrait vraiment avoir la gueule en vrac pour le faire ! » J’avais pas vraiment prévu la gueule en vrac, mais ce qui devait arriver, arriva : un vendredi soir, un dérapage. Bilan des courses : 5h30 de sommeil et au matin, un mal de crâne. Je me lève, enfile mon short et file au parc de Sceaux sans prendre de café ou un croissant : j’ai peur d’avoir la nausée pendant l’effort.

Démarrage en douceur

On est samedi, il est 10h du mat, le temps est pourri et il fait froid. Pourtant, une vingtaine de personnes se retrouvent à l’Orangerie autour des coachs : Thomas et Martial. Le groupe part à petites foulés au milieu des bois. Première pause près d’un plan d’eau : d’autres volontaires nous attendent. Il y a des retraités, des jeunes comme moi, des parents… Bref, un peu de tout, même si la moyenne d’âge penche plutôt vers les cinquante.

 

Parc-Courons au parc de Sceaux / © Lucinda Terreyre

 

L’échauffement débute : tourner les bras, la tête, les hanches… Ça fait boum-boum dans la caboche. Mais j’ai connu pire. Et c’est reparti pour une petite course jusqu’au prochain arrêt. Tous les participants sortent un sac poubelle pour s’installer sur la pelouse pour la séance d’abdo-fessiers, sauf moi : je n’étais pas au courant. Heureusement, Thomas en a toujours un pour les petits nouveaux. À ce stade-là, je ne réalise pas encore ce qui se passe. Il y a une bonne ambiance, les gens se marrent. Bref, c’est détendu.

Abdo, boulot, dodo 

Une séance d’abdo, même pas peur : je me déplace en vélo, je fais de la boxe et j’ai l’habitude de courir 10 km. C’est sans compter la petite gueule de bois qui m’accompagne. Pas grave, je gère. Mais après cinq minutes, j’ai mal, en vrai. Je craque. Par texto, j’écris à mon cher rédacteur en chef qu’il devrait me censurer quand je propose de tels sujets. Me rappeler que le week-end, je n’ai pas une vie saine. Sa réponse me scie : « Tous les ingrédients sont réunis pour un bon papier ». Zéro compassion, le chien !

Purée, ça ne s’arrête pas. On vient de passer aux fessiers. Je sue. L’alcool ingurgité cette nuit suinte de mes pores. Faut que j’arrête de boire, de fumer, de me coucher au milieu de la nuit. C’est moche, j’ai trente ans et les retraités sont plus en forme que moi ! La torture prend fin. On remballe et on repart. 

 

Parc-Courons au parc de Sceaux / © Lucinda Terreyre

 

Pierre, la quarantaine, vient depuis des années. Parfois seul, parfois avec ses enfants. Et Nicole, Parisienne, adore se joindre à cette séance de sport: « J’habite dans le 14ème, c’est pas loin. Je prend le RER B et en 20 minutes max je suis là. On est au grand air, c’est top ». Une autre participante habite Fresnes dans le 94 : « J’en avais marre des salles de sport. Je viens deux ou trois fois par mois. Ça me fait un bien fou ! ». Bien sûr, la plupart des autres braves qui m’entourent sont du coin et connaissent le plan depuis des années, comme Catherine, huit années d’assiduité. Courageuse Catherine. 

Ne rien lâcher 

Place au parcours éducatif de course : pas chassés, talons-fesses, montées de genoux… Le mal de crâne revient, mais je résiste et ne lâche rien avant de terminer l’exercice. Retour tranquille à l’Orangerie : on passe devant le château et son jardin à la française. Tranquillité, sérénité. Je me délecte de ce moment et décide de venir ici régulièrement : c’est pas loin, c’est beau, c’est paisible. 

C’est fini ? Non, il faut maintenant trouver un binôme. Pour moi ça sera Brigitte, cinq ans d’entraînement. Le partenaire sert d’haltères. Les épaules chauffent et je commence à mieux me sentir. J’ai expié ma soirée. Brigitte vient avec des amis d’Antony : « On est une petite bande, on s’organise à une ou deux voitures. Quand il pleut, il y a moins de monde mais il y a entraînement quand même. Pour faire les exercices, on s’abrite. » 

Il est midi, c’est la fin. Tout le monde se salue et se dit à demain ou à la semaine prochaine. Moi, j’ai faim, je me sens bien, la gueule de bois s’est envolée. Au programme, un bon plat de pâtes et une sieste. Mens sana in corpore sano.