Culture

Signé Katz’s eyes

Pantin : Jusqu'au 12juillet prochain, la galerie Thaddaeus Ropacexpose 45 ans d'oeuvres de l'artiste américain Alex Katz. Lofts new-yorkais, jolies WASP en Calvin Klein, mais pas que...Un petit goût de Pantin sur Hudson.

Pour se rendre à la galerie Thaddaeus Ropac, à la sortie de la gare de Pantin (93), ce n’est pas compliqué : il suffit de suivre les hipsters. Si vous faites preuve de malchance, vous vous retrouverez au CND (le hipster est fourbe) mais la probabilité pour que vous passiez sous un pont hébergeant une sorte de love hotel pour pigeon puis devant une zone militaire et arriviez enfin à la galerie est d’au moins 75%.

C’est dans cette ancienne chaudronnerie que sont exposées jusque mi-juillet les peintures d’Alex Katz, 87 printemps, figure du pop-art américain. Immédiatement, grosse bouffée de gratitude à l’intention de Ropac. Le personnel, contrairement à beaucoup de galeries de la capitale, se montre aussi discret qu’aimable. Et dans ces 2 000 m2, les peintures respirent, s’abreuvent à la lumière qui perce des verrières. L’immense espace permet d’aborder les oeuvres dans une sérénité rare… et nécessaire.

Vivien, Joan et les autres…

Du temps et de la place : c’est ce qu’il faut pour apprécier le travail de Katz présenté ici, essentiellement des portraits. Beaucoup de femmes. et parmi celles-ci, sa femme, Ada. Mais aussi Vivien, Joan, Dorothy, Sylvia… Autant de figures féminines qui semblent comme arrachées à la bonne bourgeoisie new-yorkaise et dont le chic sobre se décline entre Calvin Klein et Prada.

Des gravures de mode ? Trop simple. D’abord parce que les figures « katziennes » ne nous prennent pas de haut. Si elles font la tronche, c’est tout simplement parce qu’une forme de mélancolie les habite. Pas parce que cela fait chic. D’autant que la plupart se situe dans un rapport de complicité avec le public. Les « Nine Women » (2010), variations autour d’une posture (buste incliné, bras gauche replié, le droit levé) semblent nous inviter à pénétrer dans la toile. Dans « January 4 », (1992), le personnage nous convie à pénétrer à sa suite dans un Central Park brumeux et un peu inquiétant, dédramatisé instantanément par la gaité du chapeau parme qu’elle porte.

La couleur constitue d’ailleurs un point fort des oeuvres de Katz. Ses fonds – jaune moutarde ou banane, vert sapin ou amande, noir profond – attirent le regard de façon quasi hypnotique et donne le « la » de la toile. Comme dans cette série toute récente, intitulée « White band » (2013) et qui voient des jeunes femmes pensives se détacher sur fond de bleu océan, comme un écho à la tranquilité qui se lit sur leurs visages.

Bleu justement, comme le café qu’abrite la galerie… aux tarifs new-yorkais : thé à 6 €, gâteaux idem (brownies, tarte à la rhubarbe, tarte amandine avec un petit pic du crumble aux fruits rouges à … 9 €). Un joli endroit avec petite terrasse et table d’hôte à l’intérieur. Mais bon, ça fait cher le tea time… Même si une escapade à Tribeca au beau milieu du 9-3, c’était plutôt sympa…