Culture

Le flamenco ressuscite Garcia Lorca dans le 93

Les gands poètes ne meurent jamais. La preuve avec "Del Flamenco a Lorca", vibrant hommage chanté et dansé à celui qui fut assassiné par les milices franquistes il y a près de 80 ans. A voir dans le 93.

Cet article a été publié une première fois le 18 avril 2015 à l’occasion de la création du spectacle. 

Le spectacle a été monté en six jours. Le septième ne fut pas celui du repos mais de la première mondiale sur la petite scène du Triton, une salle de concert des Lilas (93). « Del Flamenco a Lorca » est repris samedi 12 décembre à 20h30 au Théâtre des Bergeries, à Noisy-le-Sec (93). C’est un superbe hommage, chanté et dansé, au grand poète espagnol Garcia Lorca, assassiné par les milices franquistes il y a près de 80 ans.

C’est Vicente Pradal qui en a eu l’idée, suivant d’ailleurs le fil de plusieurs de ses précédents spectacles déjà consacrés à Lorca, dont une belle « Yerma » montée en 2008 à la Comédie-Française. Il faut dire que le flamenco et Lorca, ce sont des sujets qui habitent ce compositeur, guitariste et chanteur, né à Toulouse dans une famille de républicains andalous réfugiés en France après la victoire de Franco.

 

Del flamenco a Lorca
© Jeff Humbert

 

Vicente Pradal a de faux airs de crooner latino, et un timbre de voix suave qui rappelle celui d’Angel Parra – autre exilé en France, mais chilien celui là, avec lequel il partage également une passion pour Pablo Neruda, qu’ils ont tous les deux chanté.

 

L’extase en trois claquements de talons

Sur scène, avec sa guitare flamenca, il apparaît accompagné d’une danseuse inspirée – Eva Luisa – qui sait aussi bien faire rire que séduire, et emmène le spectateur au bord de l’extase en trois claquements de talons ; sa danse est archaïque, animale, violente et séduistante, et parfois, drôle… Avec eux, un percussionniste, un guitariste et deux chanteurs – dont la fille de Vicente Pradal, qui maîtrise à la perfection le difficile art du chant flamenco, sorte de cri chanté qui, avec elle, est à la fois brut et émouvant.

Le spectable débute par une sorte d’anthologie de chants flamencos « archaïques », tels que les aimait et les défendait Lorca. Suit une mise en chant de poèmes de Lorca, notamment de ses « Romancero gitano » et « Canto Jondo » (le « Chant profond », autre nom du flamenco). Si cette première partie permet à la troupe de montrer sa virtuosité, la seconde voit s’épanouir la formidable complicité qui règne entre les musiciens. Le chant, l’émotion, circulent comme naturellement entre eux. On imagine que du temps de Lorca, le flamenco se pratiquait comme cela. Sans académisme. Avec une pure passion.