Société

Knock knock Noctilien heaven’s door

Chloé, qui explore les transports en commun sur son blog La Raileuse, a frappé à la porte du monde merveilleux des Noctiliens. Et elle n'est pas prête de l'oublier...

Resto. Bar. Verres. Copines. Saturday night fever. Toussa, toussa. Vient l’heure de rentrer. 2h du matin. Pas trop tard. C’est bien. Sauf que… y’a plus de train. C’est parti pour le Noctilien. Le N52, très précisément. Bon, faut savoir que j’le prends quasiment jamais. D’habitude, j’m’arrange toujours pour avoir le dernier Transilien. Ou j’fais ma princesse, et j’prends un tacos. Mais j’sais pas, ce soir, j’me sens d’humeur aventurière. Ou plutôt, d’humeur économe (on va pas se le cacher). Alors, ouais, c’est décidé, j’vais prendre le fameux bus de fin de soirée.

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La patience est mère de toutes les vertus

Bon, déjà, j’mets bien cinq bonnes minutes à le trouver. J’repasse trois, quatre fois devant des abribus blindés. Avant de trouver le bon panneau, pour le bon trajet. Impossible de savoir quand il va passer. Bon ben, y’a plus qu’à patienter. Bien sûr, il caille. Même avec un manteau doublé de fourrure synthétique. Et bien sûr, j’ai plus de batterie.

Me reste plus qu’à mater la populace autour de moi. Mes potes de galère. Mes futurs voisins de voyage. Y’a un mec seul posé contre une porte. Un autre qui fume une clope. Deux copains-copines qui discutent. Et puis surtout, un groupe de gars, bien, bien, bien alcoolisés. J’insiste sur le bien. Parmi eux, un type qui me mate façon Tony Montana dans Scarface. Du genre « J’vais t’casser la gueule et j’sais pas trop pourquoi ». Il a les cheveux barbouillés de gomina. Une doudoune noire trop petite. Et des yeux si rouges, que j’ai l’impression qu’il les a coloriés. Bon, j’me formalise pas. Les Noctilien, c’est toujours comme ça. Les gens rentrent de soirée. Ils sont plus ou moins défaits. Pas de quoi m’inquiéter.

 

Tony Montana
DR

Et soudain, c’est le drame

Et puis vient l’élément perturbateur. Une sorte de Swagg man miniature. Avec coupe en brosse, veste en jean et fausse sacoche de marque. Il se ramène en roulant des mécaniques. Se met face au type seul contre sa porte. Et commence à lui parler. J’entends pas vraiment. Vu que j’ai gardé mes écouteurs, et ma musique. J’l’entends pas mais j’le vois, le mini Swagg man là, s’agiter autour du pauvre mec tout seul. J’le vois rapprocher dangereusement son visage. S’essuyer la main sur son manteau. J’vois l’autre qui moufte pas. Remarque, moi, à sa place, j’le laisserais même frotter ses baskets sur mon sac. Histoire qu’il me foute la paix.

A côté, t’as le groupe de gars bien, bien, bien alcoolisés, qui se met aussi à gigoter. T’en a deux, dans le lot, qui commencent à s’embrouiller. Et vas y que ça élève la voix, que ça se jauge, que ça se crie dessus, que ça se fait face, front contre front. Alors qu’ils étaient encore copains, y’a 5 minutes. Ni une, ni deux, mini Swagg man se ramène. Les embrouilles, ça a l’air d’être sa came. Il connaît personne mais qu’importe. Le vl’a en face des types, prêt à en découdre. C’est là que ça part en cacahuète. J’observe la scène en m’disant que l’alcool fait faire des trucs vraiment cons. Parce que là, sérieux, trois potes qui se foutent sur la gueule avec un inconnu, dans une sorte de pogo alcoolisé, sans logique et sans raison. Y’a pas plus ridicule. Surtout quand t’es sobre.

Autour, personne ne bouge. Moi non plus, d’ailleurs. Et puis, j’sens qu’on me fixe. Bingo. C’est encore Tony Montana. Il a pas l’air de kiffer que j’regarde la scène, atterrée. J’me demande s’il va pas bientôt se pointer devant moi, et m’sortir toutes les phrases cultes de Scarface, en menaçant de me refaire la tronche. J’avoue que j’commence à flipper. J’attends encore un peu. En espérant que tout le monde se calme. Et que le Noctilien arrive enfin. Mais, rien. Alors, j’décide de me barrer. Lâchement. J’abandonne mes potes de galère. Et les boxeurs improvisés du samedi soir. Direction la borne de taxis. Allez, adieu les économies.

Et comme dirait le Wati-B…