Culture

I like to be in (Festival) America

Vincennes: D’accord, d’accord. On a plagié une chanson de West Side Story pour ce titre… mais c’est pour la bonne cause: celle du festival America ce week-end. Et qui nous fait dire : "Littérature nord-américaine, comme T. Bone !"

On peut choisir de raffoler du Salon du Livre de Paris. De sa porte de Versailles déprimante. De ses files interminables de lecteurs quêtant une dédicace d’Amélie Nothomb/ Guillaume Musso/ Harlan Coben (rayez les mentions inutiles). De ses allées qui ont la densité d’un Leclerc le jour d’ouverture de la foire aux vins. Ou alors, on peut choisir de filer au bout de la ligne 1, juste derrière le périph’, à Vincennes. C’est ici que tous les deux ans, se tient le Festival America célébrant la littérature nord-américaine.

Est-ce le cadre un peu « province » ? La programmation grand public et néanmoins exigeante ? La présence de la forêt tout près qui calme les esprits ? Toujours est-il qu’ici, ce n’est pas l’usine à livres. Lecteurs et auteurs se rencontrent vraiment. Pour notre part, nous gardons un souvenir ému d’une belle discussion en « one-to-one » avec Richard Russo (la classe !). Cette année, vous pourrez y croiser (notamment) Margaret Atwood, Jim Fergus ou encore Joyce Maynard. À l’occasion de cette 7ème édition, Pascal Thuot, libraire de la fameuse librairie vincennoise Millepages et secrétaire général du Festival en revisite l’histoire.

Pouvez-vous revenir sur la genèse d’America ?

Pascal Thuot : Le festival a été créé il y a 12 ans. Francis Geffard accompagnait ses auteurs au festival de St-Malo (Francis Geffard a créé chez Albin Michel les collections « Terre Indienne » et « Terres d’Amérique », ndlr). Et il s’est dit que cela pourrait être intéressant de créer un festival consacré à la littérature d’Amérque du Nord, c’est-à-dire couvrant le territoire allant du Mexique jusqu’au Canada. Nous avons créé une association pour nourrir manuellement et intellectuellement cette machine. Et la ville de Vincennes, le conseil général du 94 comme le conseil régional nous ont appuyés.

Mais justement : le rapport entre Vincennes et la littérature nord-américaine ne saute pas immédiatement aux yeux…

Détrompez-vous ! Par exemple, la librairie Millepages a toujours favorisé l’émergence des nouvelles voix de la littérature nord-américaine. C’est un tropisme que nous portons en nous depuis le début. Nous avons créé un prix Millepages. Les premiers primés ont été Toni Morrison, Jim Harrison, John Irving… Aujourd’hui, ces auteurs vous apparaissent comme des « classiques », mais je peux vous dire qu’au début des années 80, ce n’était pas le cas ! D’un point de vue plus anecdotique, j’évoquerais la ville de Vincennes en… Indiana. Et dans « L’Intrusion », le roman d’Adam Haslett, il évoque un bâtiment de la marine nationale américaine également baptisé Vincennes !

Justement, quel regard les auteurs américains portent-ils sur Vincennes ?

Je pense que c’est une ville qui a un poids assez particulier. Quoique discrète, elle n’en demeure pas moins une ville royale avec son château.  En tous les cas, pour la plupart des auteurs, c’est dépaysement garanti, qu’ils habitent des mégalopoles ou des toutes petites villes. Avec son marché, son histoire, c’est une ville qui incarne « La France ». D’ailleurs quasiment tous les auteurs sont logés sur place . D’abord parce qu’on les fait beaucoup travailler. Ensuite parce que cela participe à la cohérence de l’événement. On crée les conditions de la rencontre. Les écrivains sont arrêtés dans la rue, il n’est pas rare de les toruver en pleine discussion avec des lecteurs au café ou même… ur les marches d’un immeuble ! Parce qu’après tout, la littérature, c’est cela : un échange d’émotions !

Un souvenir fort qui vous reste en mémoire de ces six éditions passées ?

Je me souviens de la foule incroyable venue écouter Bret easton Ellis en 2010. Là, on se rendait concrètement compte de la façon dont un auteur peut mobiliser des gens. En 2012, la présence de Toni Morrison reste aussi un incroyable souvenir. À titre personnel, je me souviens d’une balade dans les rues de Vincennes avec Rick Moody. Il devait avoir un peu de temps libre et nous avons déambulé pour une promenade sans but précis. C’était extrêmement chaleureux et on avait bien rigolé !