Culture

Grand Paris sous les bombes

Le 17 février, la découverte d'une bombe anglaise datant sans doute de 1944, le long des rails à Noisy-le-Sec, a entrainé de fortes perturbations du trafic ferroviaire. Mais que faisait-elle là, cette bombe ? Du coup on a gratté le sujet du bombardements de Paris pendant la Seconde Guerre mondiale...

Très schématiquement, l’Ouest banlieusard a été particulièrement visé par les bombardiers anglais et américains, notamment en 1943/1944. L’objectif, détruire les usines automobiles, électriques et aéronautiques de Billancourt, qui tournaient alors à plein régime pour l’armée allemande. Mais aussi, détruire les nœuds ferroviaires qui desservaient l’Allemagne, à l’Est de Paris.  La bombe découverte hier devait avoir cette finalité. Notre correspondante à Noisy-Le-Sec nous en raconte les conséquences… urbanistiques.

18 avril 1944 : abritant une gare de triage, Noisy-le-Sec est pilonnée par les bombes. En tout, ce sont 4 000 charges qui pleuvent sur la ville. Au mois d’août, la commune est déclarée sinistrée. Le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (MRU) va alors lancer un grand projet : l’implantation d’une cité expérimentale de maisons préfabriquées, la cité de Merlan. Avec un double effet Kiss Cool : permettre aux Noiséens sinistrés d’être relogés rapidement et offrir une véritable vitrine aux professionnels de la « préfabrication ». 56 maisons sortent de terre dont 26 réalisées par des entreprises étrangères.

Un syncrétisme architectural

Aujourd’hui, 43 d’entre elles sont encore debout et offrent une pérégrination architecturale étonnante. Du cottage anglais au cube de béton armé, de la maison entièrement réalisée en acier à la demeure évoquant les bords du Léman, les concepteurs français, anglais, américains, mais aussi suédois ou finlandais s’en sont donnés à cœur joie. Même le célèbre architecte Jean Prouvé s’est fendu d’une habitation malheureusement aujourd’hui détruite. Malgré cette défection, la visite vaut carrément le détour.

On se balade donc le long de l’avenue du Général Leclerc et on emprunte les rues qui la traversent comme l’allée des Cottages ou l’allée du Canada pour partir à la découverte de la maison CIMAP et de son étonnant toit de tôle arrondi. Ou la « TC King », comme échappée d’une suburb américaine. Voire de la « Fox Brothers » dont les lignes japonisantes détonnent au cœur de cette banlieue francilienne. L’ensemble pourrait sembler foutraque. Il n’en est rien. S’en dégage une belle harmonie, due, sans doute, à ce ciment commun à toutes ces bâtisses : une utopie devenue réalité.