Culture

Du haut de ces murs, un siècle vous contemple

Les deux street-artistes Leo & Pipo chinent de vieilles photos centenaires pour les accrocher sur les murs d'aujourd'hui.

Leo & Pipo, ça sonne un peu comme Laurel & Hardy ou Jennifer & Jonathan : on n’imagine pas l’un sans l’autre. Même si ces deux potes d’enfance aiment l’amour du risque, c’est autre chose qui les fait vibrer : le collage. Dans la rue, ils collent des personnages tout droit sortis du début du siècle dernier. Pas la peine de chercher Isadora Duncan, Paul Poiret ou Joséphine Baker. Leur matière première, c’est la photographie d’anonymes.

Dans les cartons des grands-parents et des puces, ils cherchent des gueules, des attitudes qu’ils placent dans un décor contemporain pour interpeller le badaud. Qu’il se retourne et regarde l’inconnu qui le fixe. Des anonymes d‘un autre temps, face aux anonymes d’aujourd’hui.

Ivry EYP

C’est ce que soulignent Leo et Pipo à travers leur démarche artistique : « A Paris et dans les grandes villes, on souffre d’un hyper-anonymat, souvent on ne connaît même pas son voisin. Quand j’étais petit, dans les années 80, je venais souvent à Paris et il y avait cette ambiance village. C’est peut-être fantasmé mais j’avais l’impression que c’était encré dans la capitale. Aujourd’hui, ça a disparu. Dans notre démarche, il y a la volonté de ramener ce lien social avec ces personnages qui peuvent le symboliser », explique Leo lors d’une séance de collage.

Et tout comme leurs personnages, Leo & Pipo restent anonymes. Finalement, c’est ce qui laisse la place à l’imagination : chacun est libre d’interpréter les histoires des uns et des autres. Eux vivent avec ces anonymes : ils les préparent, les collent et au fil du temps, ils leurs inventent une vie, un lieu de naissance, un âge, un prénom, un métier…

Dans 60 villes de banlieue

Si Leo & Pipo ont commencé à coller partout c’est parce que pour eux, le collage c’est une mécanique. Ils ont débuté par le collage classique : papier sur papier. Puis ils ont collé des sons pour faire des samples. Puis des vidéos avec le found footage. Alors coller de vieilles photos d’anonymes sur des murs, c’était la suite logique de l’histoire.

Le Bourget

Et les deux compères ne collent pas n’importe où. A la façon du graffiti, ils recouvrent méthodiquement la ville. Un plan à la main, ils font le tour de Paris pour savoir où ils ne sont pas encore passés. Et comme les garçons viennent de banlieue (le 94), en 2010 ils ont traversé le périph’ pour y porter ces anonymes : « Le but c’est de s’adresser à tout le monde, pas uniquement à un public d’initiés. C’est pour ça qu’on a fait un projet spécifique pour la banlieue : nous collons 60 personnages dans 60 villes d’Île-de-France », explique Leo.

A Enlarge Your Paris, on a trouvé ça tellement chouette qu’on a décidé de vous faire revivre le projet de Leo & Pipo durant tout le mois de février. Chaque semaine, sur notre page Facebook, vous découvrirez une sélection de photos de ces fantômes d’un autre temps.