Culture

C’est quoi ton p’tit nom ?

Changement de régime, de calendrier, de divinité, mais aussi de noms de ville. La Révolution Française a été l’occasion pour bons nombrede communes d’être rebaptisées. Et à ce petit jeu, l’Île-de-France n’est pas en reste…

« J’oublieraiii ton nom » chantait Johnny Hallyday. C’est également ce qu’aurait pu se dire un bon nombre de Français quand, pour cause de dénomination pas très révolutionnairement correcte, leur ville changea de patronyme, suite à un décret du 17 octobre 1793. Adieu les Saint-Quelque chose et les références à la royauté ! Mais, au-delà de ces règles de base, c’est quoi un bon nom de ville estampillé RF ? En cette semaine de 14 juillet, Enlarge your Paris a examiné la liste des villes franciliennes pour en tirer quelques substantifiques principes.

On fait clairement passer le message

Pour les quelques ahuris qui n’auraient pas suivi les événements, les nouveaux noms de ville se chargent de clarifier le contexte. Et ce, d’autant plus si les noms passés ont une consonance monarchiste ou religieuse. En Essonne, Bruyères-le-Châtel devient Bruyères-Libre. Bourg-La-Reine devient Bourg l’Égalité. Sceaux mute en Sceaux-l’Unité. Quant à Dammarie-les-Lys, il se départ de ses fleurs par trop royales pour les troquer contre des fontaines… Mais notre chouchou incontesté, reste Saint-Sulpice-de-Favières devenu… Favières Défanatisé. Capito ?

On ne lésine pas sur la métaphore

Versailles brûle-t-il ? Non mais il se choisit un nom incandescent :  Berceau de la Liberté. Ça vous pose une ville…

On se choisit un patron dans l’air du temps

Associer un people à sa commune : déjà à la fin du XVIIIème, on avait compris que cela pouvait vous booster votre cote d’amour. Et à ce petit jeu-là, Marat est la star incontestée. Normal : il est assassiné le 13 juillet 1793, soit quelques mois avant la promulgation du décret. Exit Saint Aubin, welcome Mesnil-Marat ; Montmartre est rebaptisé Mont-Marat quand Saint-Léger–en-Yvelines ramène sa fraise en devenant Marat des Bois. Rousseau et Voltaire inspirent également – sinon on ne s’explique pas trop pourquoi Montmorency devient… Émile. Même Brutus se trouve quelques aficionados. Pourquoi ? Comme l’explique le professeur Michel Dubuisson dans son passionnant article, il s’agit à la fois du Brutus ayant renversé le roi Tarquin et du fils adoptif de César qui, en tuant son père, met fin au règne d’un tyran. En tous les cas, d’un libérateur…

On se la joue office du tourisme

Elle est belle ma commune, elle est belle ! À regarder les noms révolutionnaires des communes d’ïle-de-France, on se dit que certains en ont profité pour doper l’attractivité du territoire. Et on se demande si on est dans les Alpes ou bien en région parisienne… Saint-Germain-en-Laye écope de la Montagne du Bon Air quand Saint-Cloud est rebaptisée La Montagne Chérie. Fontainebleau décide de mettre toutes les chances de son côté en devenant Fontaine-la-Montagne.

On cultive l’esprit de contradiction

Comme, par exemple, en rebaptisant Saint-Maur-des-Fossés Vivant-sur-Marne

On garde le sens de l’humour

OK, en 1793, on est en pleine Terreur, ce qui ne favorise pas franchement la blagounette. Et pourtant, quand Tremblay-le-Vicomte prend pour nom Tremblay-sans-culottes, on est en droit de s’interroger…