Société

Canibal : le gobeur de gobelets

Pour ceux qui ont peur de se laisser dévorer par les déchets mais pas par la folie du jeu, une start-up a créé une délectable machine à recycler. Son nom : Canibal.

Ton café au boulot, tu le bois, puis tu jettes le gobelet, sans y penser dans la poubelle la plus proche. Whatelse?  Eh bien Canibal! Une machine vert pomme avec deux yeux, une langue pendante et un écran vidéo. Cela ressemble à un distributeur de boissons – en plus fun – et c’en est le complément vertueux : car Canibal est un mini centre de tri, qui avale canettes de soda, bouteilles d’eau en plastique et gobelets.

 

© Canibal

 

Mieux : l’engin, décidément  très « smart », est capable au poids de les distinguer et de les déposer dans des sacs dédiés, de grandes poches cachées dans son ventre. Quand Canibal a l’estomac plein, il communique avec sa base, la société-mère du même nom basée dans le port de Gennevilliers (92). Une équipe vient récupérer les poubelles. Puis, dans l’entrepôt du port, les matériaux sont compactés en grands ballots, qui n’auraient pas déplu au sculpteur César, roi des compressions. Enfin le tout est transbahuté vers des usines de recyclage pour y entamer un autre karma.

Game over(t)

Je bois, je jette… et je joue. Pour inciter les citoyens pas toujours spontanément exemplaires en matière d’écologie à poser leur café vide dans la panse de Canibal, les têtes pensantes de cette start-up y ont injecté du « gaming ». Dès que l’on a glissé son gobelet dans la gueule de la machine, des rouleaux défilent sur l’écran. Si les trois cases sont identiques, jackpot ! Vous gagnez un bon de réduction, un panier de fruits et légumes bio, un café gratuit à la cafétéria de votre société (les cadeaux dépendent du contexte, entreprises privées, université, etc.). Dans tous les cas, c’est Vegas à la cafèt’ !

« Nous ne voulions pas pousser à recycler en culpabilisant les gens, comme on le fait trop souvent, explique le président de Canibal, Benoît Paget, nous avons préféré miser sur le ludique. Comme il y a parfois une certaine méfiance concernant l’utilité des gestes écolos – « tout cela a-t-il un sens? » , se demandent souvent les citoyens – nous, nous  garantissons que tout ce que nous récupérons est bien recyclé. »

 

Comment Clooney muta en Formica

Mais il n’y avait pas de filière de deuxième vie pour les verres jetables alors que nous en balançons allègrement cinq milliards par an. Canibal (un concept né en 2002, mais développé depuis 2009) a dû mettre au point un matériau à base de plastique de gobelet, qui sert pour daller le sol, fabriquer des meubles en simili Formica, typique… des cafétérias !Pour l’instant, une centaine de machines seulement a été déployée, essentiellement en Ile-de-France dans des entreprises qui mettent en place des plans Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE) ; ces sociétés louent les Canibals 500 euros par mois.

Janson de Sailly ou la gare Saint-Lazare : tous Canibal ! 

Une petite vingtaine de mange-gobelets a aussi été installée dans des lieux publics: le lycée Janson-de-Sailly dans le 16e arrondissement à Paris, Telecom Paristech dans le 13e arrondissement mais aussi  dans deux gares de la capitale: Montparnasse et Saint-Lazare. Pas de location dans ces cas-là, mais un système de pubs défilant sur l’écran video de la machine pour rentabiliser le processus.

L’objectif: pouvoir mettre un jour ces distributeurs verts en nombre dans les gares parisiennes, dans celles du RER aussi, où les passagers consomment cafés et canettes en masse. Canibal a déjà effectué trois levées de fonds et espère arriver à 300 machines fin 2015. Et si un jour, on passait aux gobelets en carton, plus écolos que ceux en plastique? Pas de souci, le Canibal de Gennevilliers est omnivore et peut aussi trier le carton. À défaut de le taper. L’esprit Vegas a ses limites…