Loisirs

Bienvenue à Narvaland !

Michael Jackson avait son Neverland. Le royaume des street-artists, lui, s’appelle Narvaland, à découvrir ce week-end lors des journées portes ouvertes de l’atelier. La différence: dans ce dernier, vous pouvez amener sans crainte les enfants…

Si l’on se réfère au très bon Dictionnaire de la Zone, « narvalo » signifierait « fou, débile, idiot ». Un pschit de folie habite sans aucun doute les habitants de Narvaland. En revanche, pour l’idiotie, vous pouvez chercher ailleurs. Dans cet atelier d’artistes niché sur les hauteurs de Bagnolet au milieu des tours, ça bombe autant que ça carbure. Une joyeuse bande de graffiteurs y a élu domicile avec leur association Kosmopolite. L’idée : promouvoir le graffiti et le street art. La mise en oeuvre :  jeter des couleurs sur les murs de la ville à coups d’aérosol et organiser depuis douze ans un festival international de graffiti, le Kosmopolite Art Tour. D’abord basé à Bagnolet, le festival a grandi et s’exporte désormais au-delà des frontières.

Bagnolet, plaque tournante du street art

Vases communicants obligent, les talents du monde entier convergent aussi vers la ville de Seine-Saint-Denis. En 2013, lors de leur escapade en Espagne, les lascars de Kosmopolite découvrent MONK34, 21 ans. « On était à Badalona, quartier difficile de la banlieue de Barcelone, et on a rencontré une quinzaine de jeunes. MONK est immédiatement sorti du lot », explique Peej, administrateur de l’association. MONK34 a donc débarqué dans la banlieue parisienne pour une résidence d’un an à Narvaland.  Ce gamin de la rue a eu le temps de se faire la main sur les murs de la ville et sur des toiles. Son univers s’inspire aussi bien du travail de Jamie Hewlett (Tank Girl & Gorillaz) que du muralisme latino-américain. Lors de la dernière édition, du Kosmopolite Art Tour, le jeune Espagnol peint aux côtés d’artistes confirmés: les français Alexöne et Skio ou encore l’argentin Milu Correch.

C’est d’ailleurs la magie de Narvaland : les vieux côtoient les jeunes. Kongo, la figure de proue de l’équipe, célèbre pour sa collaboration avec Hermès – une série de carrés éditée pour la collection 2011-2012 –  file des coups de main et confronte son univers à celui des petits nouveaux comme Bebar. Lui, c’est la dernière recrue de la bande. Originaire de Vitry-sur-Seine, il dessine des « vizirs », la gueule de travers – un sourire ou une grimace ?- et toujours une lueur dans l’œil. « Rien à voir avec un vizir, mais ce sont des flics qui les ont appelés comme ça » confie-t-il. Depuis c’est resté. Son style évolue, les visages se déconstruisent pour se retrouver amalgamés dans des triptyques colorés.

Cette année le festival n’aura pas lieu comme prévu. Nouvelle mairie + promesse électorale non tenue =  les financements ne sont plus au rendez-vous. Pour autant Narvaland n’est pas mort et le prouve ce week-end à l’occasion des portes ouvertes des ateliers de Bagnolet. Bebar et MONK34, les deux jeunes pousses de l’art urbain y sont à découvrir le 20 et 21 septembre. Et pour la rue, c’est toute l’année. Alors pourquoi s’en priver ?