Loisirs

Abdo, boulot, dodo

Les tablettes de chocolat, certains les aiment entre deux tranches de pain quand d'autres les préfèrent sous un T-shirt moulant. C'est à cette dernière catégorie que nous avons choisi de nous intéresser après une rencontre fortuite avec un spécialiste du développé-couché.

Si l’arbre cache la forêt, le blouson de motard, lui, cache la forêt de muscles. Ne voyez pas dans cette phrase un énième proverbe chinois. Juste le fruit d’une rencontre, un soir, quelque part du côté de République. Il est tard et l’équipe d’Enlarge your Paris achève sa conf de rédac sur le trottoir. Un individu s’avance, aussitôt interpellé par une Enlargeuse. Certes, il a l’air beau gosse. Mais ce n’est pas la seule raison. Tous les deux se connaissent du temps où ils fréquentaient le Celsa, la référence des écoles de communication, qui plus est en banlieue.

La discussion s’engage quelques minutes puis il poursuit son chemin. Ce que les autres Enlargers présents apprendront ensuite à leur grand étonnement, c’est que ce camarade de classe à la silhouette de boy next door, et au blouson de motard donc, est un expert du développé-couché (en tout bien tout honneur).

De quoi titiller notre envie d’en savoir plus. D’autant que notre homme, dénommé Antoine à la ville comme à la salle de muscu, est natif de l’outre-périphérique, à Meudon, et soulève de la fonte à Vincennes.

Alors, comment devient-on adepte du culturisme ? Si la chose n’est pas génétique, le fait d’avoir un père colonel de gendarmerie et un frère passé par les pompiers de Paris vous forge une certaine discipline. Une qualité plus que nécessaire lorsqu’on déclare la guerre à la graisse.

« La musculation n’est pas perçue comme un sport »

« J’ai toujours fait beaucoup de sport, notamment du judo, et depuis deux ans, j’ai choisi de me concentrer sur la musculation, raconte celui qui, à 25 ans, est l’un des managers de la boutique Abercrombie sur les Champs après avoir officié comme journaliste à L’Equipe Sport & Style. Je m’entraîne en moyenne 4 heures par semaine et fais très attention à mon alimentation. L’hygiène de vie est primordiale, comme lorsque l’on court le marathon. La différence, c’est que les marathoniens sont bien mieux perçus par le public. La musculation, elle, n’est pas vue comme un sport, alors même qu’elle implique d’importants sacrifices. »

Le recours non dissimulé au dopage n’est pas pour rien dans cette image négative que se traînent ces artistes de la gonflette. « Pour la plupart des gens, le bodybuilding, ce sont des mecs qui prennent des poses en slip et cherchent à devenir le plus gros possible à coup de stéroïdes, en sacrifiant leur santé. Il faut savoir que dans la catégorie Model, celle dans laquelle j’évolue, on est jugé en compétition à la fois sur le physique, le charisme et l’habillement. C’est un peu comme du théâtre. On joue sur la séduction, l’humour. Il ne faut surtout pas être trop premier degré ».  

Le 11 octobre dernier, tous ces hectolitres de sueur versés ont payé. Antoine est monté sur le podium de Musclemania, la grand-messe du biceps à Paris. De quoi lui donner envie d’aller plus loin. Avec son compagnon de salle Nevin Barnett, ingénieur aéronautique et qui s’y connaît donc en fuselage, ils viennent de lancer une chaîne Youtube, The Shredded Bros.

« On a voulu parler de lifestyle, de nutrition et de bien-être à notre manière. La musculation est aussi un moyen d’optimiser ses compétences dans tous les domaines et d’améliorer son contrôle sur son environnement. Ce que je recherche au-delà de l’aspect strictement physique, c’est le renforcement mental et la maîtrise de soi ». Une chose est sûre : rien n’haltère une volonté comme celle-là.