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Mon stade, ma bataille

Identité d’un club et sport-business sont-ils compatibles ? Chez les footballeurs du Red Star comme chez les rugbymen du Racing Métro 92, les projets de déménagement vers un nouveau stade questionnent les supporters.

« Je vais tout casser, si vous touchez au fruit de mes entrailles », chantait Balavoine dans les années 80. Du côté de Saint-Ouen, une frange des supporters avait décidé de ne pas chanter lors du 8e de finale de Coupe de France de leur équipe du Red Star, au début du mois de février. Ni du Balavoine, ni aucun chant d’encouragement, d’ailleurs. Et cela malgré l’enjeu de la rencontre, qui voyait s’opposer leurs protégés aux professionnels de Saint-Etienne, pour une place en quarts de finale de la plus prestigieuse coupe nationale : un niveau que la formation de Seine Saint-Denis n’a plus atteint depuis 1992.
 

Le motif de leur courroux : la délocalisation du match du stade Bauer, niché à deux pas des Puces de Saint-Ouen, vers le stade Jean-Bouin, la toute nouvelle enceinte des rugbymen du Stade Français, située dans le XVIe arrondissement de Paris. Un choix avant tout économique pour la direction du Red Star : recevoir l’un des cinq meilleurs clubs de l’élite, c’est l’assurance d’une belle affluence, largement au-delà de la capacité maximale actuelle du petit et vétuste Bauer, dont l’unique tribune homologuée ne peut accueillir plus de 3.000 personnes. Alors que l’enceinte parisienne, voisine du Parc des Princes, peut en recevoir six fois plus.

 

Pour les instances du football national, c’était aussi et surtout une question de sécurité. Mais qu’il s’agisse d’un argument financier ou d’ordre public, celui-ci ne passe pas auprès de Vincent Chutet-Mezence, président du Collectif Red Star Bauer : « Nous sommes en colère, parce que le club aurait pu insister pour jouer tout de même dans notre stade, quitte à réduire l’affluence du match ». Il faut dire que la question du lieu des confortations sportives a valeur de symbole, pour lui comme pour bon nombre de supporters du club audonien.

Bling-bling contre sport populaire

Voilà en effet de longs mois que le débat fait rage, au sein du Red Star. D’un côté, ceux qui militent, président du club en tête, pour l’abandon du vieux stade Bauer au profit d’une enceinte flambant neuve. Si possible implantée dans le tout nouveau quartier des Docks de Saint-Ouen, en plein renouvellement urbain. Et couplé à une « arena », salle polyvalente pouvant également accueillir des spectacles.

De l’autre, des supporters, attachés à leur bon vieux stade, et qui défendent une autre vision du football. Moins bling-bling, plus populaire : « Nous militons pour un projet de rénovation du stade actuel par tranche », explique Vincent Chutet-Mezence. « Nous avons d’ailleurs travaillé à un pré-projet, que nous avons présenté au club : personne ne nous a opposé le fait qu’il n’était pas viable. Nous considérons que le club peut très bien grandir ici ».

Derrière la polémique, c’est en effet toute la question du développement du club qui est sous-jacente. Actuellement sur le podium en National (le 3e échelon français), le Red Star pourrait gagner sa place en Ligue 2 à la fin de la saison. Et le stade Bauer n’est, pour l’heure, pas homologué pour y participer. Le fâcheux précédent du club ariégeois de Luzenac, privé de montée l’été dernier pour les mêmes raisons, est dans toutes les mémoires : « C’est bien sûr une crainte pour nous », souligne Vincent Chutet-Mezence, « mais ce serait totalement inenvisageable, de délocaliser nos matchs de façon durable à Jean-Bouin, ou même à Charléty », qui accueille les matchs du club rival du Paris FC, lui aussi susceptible de gravir un échelon en fin de saison.

Au fond, c’est le débat sur l’identité du club qui raisonne au travers de cette polémique sur le lieu de simples matchs de football. Celle d’un club de banlieue populaire, aux valeurs fortes, qui se voit aujourd’hui confronté à la question de son essor. Qui passe nécessairement par un déménagement, hors les murs de Bauer ? Le président du Collectif Red Star Bauer répond sans esquiver : « Nous sommes pour un développement du club, mais pas à n’importe quel prix. Ce sont deux visions du foot qui s’entrechoquent, mais nous ne sommes pas prêts à tous les compromis ». Comme celui de devoir quitter l’un des plus vieux stades de la banlieue parisienne, construit en 1909, et qui a marqué pendant plus d’un siècle l’histoire du club audonien.

Larmes de « vieux cons »

Le débat n’est d’ailleurs pas propre au Red Star, ni même au seul football. A quelques kilomètres plus à l’Ouest, dans le département des Hauts-de-Seine, c’est en effet le vieux stade Yves-du-Manoir de Colombes qui vit ses derniers instants de sport de haut niveau. Voilà des années que le lieu mythique accueille des rencontres sportives : lui aussi né à l’aube du XXe siècle, les premières manifestations sportives s’y déroulent dès 1907. Le Racing Club de France, ancêtre du Racing Métro 92, y joue d’ailleurs ses matchs à partir de 1920.

Remonté dans l’élite du rugby à l’issue de la saison 2008-2009, le club a redonné un coup de projecteur sur une enceinte vieillissante. Pour autant Jacky Lorenzetti, qui dirige le Racing depuis 2006, voit les choses en grand pour l’autre club de rugby professionnel francilien. Et n’entend pas faire de vieux os à Colombes. Ainsi, si le projet de nouveau stade du Red Star est toujours dans les cartons, celui des rugbymen est en revanche plus qu’avancé : l’inauguration de la toute nouvelle Arena 92 est annoncée pour la fin de l’année 2016, à Nanterre. Plus que quelques mois, donc, pour le stade du Manoir, avant le clap de fin.

Du côté des supporters du Racing Métro 92, la perspective d’un déménagement de Colombes à Nanterre ne revêt pas le même caractère dramatique qu’à Saint-Ouen. Et le discours se veut moins radical: « C’est un mal nécessaire au développement du club », indique Gilles Balsan, responsable de l’association de supporters Génération Yves-du-Manoir, pour qui le projet du président Lorenzetti va dans le bon sens : « L’accès est actuellement difficile : si, à une époque, on pouvait remplir le stade avec 60.000 personnes venant en train et marchant 20 minutes à pieds, ce n’est plus le cas aujourd’hui » note-t-il.

Moins supporters, plus spectateurs, les amateurs de rugby réclameraient plus de confort : un accès facilité en transports ou en voiture, de bonnes conditions de visibilité, des sièges confortables… Pas la même « génération » ? « Peut-être » rigole Gilles Balsan : « Il n’y a sans doute qu’une minorité de vieux cons comme moi qui verseront une larme le jour où nous devrons partir ».

C’est aussi que la problématique de l’identité du club se pose en termes bien différents de ceux du voisin séquano-dyonisien. Né en 1882, le Racing Métro n’a pas la même attache à ses racines territoriales : son nom porte d’ailleurs les traces de cette histoire, puisqu’il est la fusion du Racing Club de France, institution parisienne basée dans le VIIe arrondissement de Paris, et de l’US Métro, le club omnisport de la RATP. Ce qui n’empêche pas pour autant Gilles Balsan de regretter que Colombes ne se soit pas plus battue, à une époque, pour conserver la présence du club dans un stade du Manoir rénové : « La ville a raté le coche de l’agrandissement du stade, mais on ne va pas revenir là-dessus, plusieurs années après ». En revanche, au stade où ils en sont, les supporters du Red Star n’ont pas dit leur dernier mot.

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