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SÉMINAIRE/ATELIER LE MOINDRE GESTE, OU L’INCONSCIENT DU CORPS - « ON NE SAIT PAS CE QUE PEUT LE CORPS »

Montreuil

séminaire organisé par Valérie MARANGE

_Dans le cadre de la Fédération des ateliers de psychanalyse et de La Parole errante demain, un mercredi par mois, à compter d’octobre 2016, à la Maison de l’Arbre, 8 rue François Debergue, Montreuil._

Il y a de nombreuses années, une recherche de terrain pour la commission médicale d’Amnesty International m’amenait à une interrogation épistémologique sur les procédures de la violence « scientifique » dans l’euphémisation du corps. Dans ces « châtiments incorporels », l’âme, selon les mots de Foucault, devenait « prison du corps », dans la foulée des procédures ascétiques désincarnantes. Cette épistémologie « pathologique » n’apparaît pas sans relation avec l’épistémê normale des sciences cliniques et morales, aujourd’hui managériales, dans leur visée gouvernementale de la vie et de la relation corps-esprit. Qui ont suscité des résistances de fond, dont l’épistémologie canguilhemienne est un moment important, exhibant dans la tradition spinoziste la normativité propre au vivant, contre les normes idéalisantes amenant sa disqualification et sa soumission. Et, proposant un modèle de subjectivation non-dualiste dans lequel la pensée et le choix sont toujours déjà présents dans toute forme de vie, dans le « maniérisme originel du vivant ». Inséparation nature-culture et psyché-soma que nous invitent à penser aussi bien la clinique du lien (Winnicott 1949) qu’une anthropologie moniste (Descola accomplissant certains traits de la pensée de Leroi-Gourhan et LéviStrauss) qu’encore la philosophie des processus de subjectivation individuels et collectifs (Simondon, Combes et la « vie inséparée »).

Aujourd’hui un paradigme est proposé par plusieurs auteurs issus ou non du champ analytique d’un inconscient du corps qui ne serait pas réductible à l’inconscient ni au corps freudiens et concernerait une zone d’indiscernabilité entre le vital et le psychique, transitant par l’affect. Pouvant aller d’ailleurs jusqu’au refus d’employer le mot « corps » voire celui de « conscience » (en ce que celle-ci reste toujours partielle au regard de l’importance des phénomènes psychiques et somatiques qui restent insus). L’esprit relèverait alors davantage d’une écologie entre un système faisant centre et son milieu interne et externe que d’un saut marquant un changement de niveau (le passage du réel à la représentation). Le geste serait d’ailleurs l’exemple privilégié d’un tel paradigme intégrateur articulant un segment corporel, un environnement physique, un cerveau et son environnement psychique et culturel.

Cette hypothèse est liée à d’autres tactiques thérapeutiques que la psychanalyse telles que les arts martiaux ou la méthode Feldenkrais et met particulièrement en avant la question du geste et de son apprentissage, d’une façon cependant qui ne saurait être seulement volontariste ou corrective (strictement comportementale donc), puisque le geste « erroné » a ses propres raisons et relève d’un frayage insu des voies neuromotrices. Autrement dit l’esprit ne commande pas au corps ni le corps à l’esprit mais la mise en forme d’un geste tel que la marche par exemple relève d’une articulation fine entre les différents segments corporels, le sol et la pesanteur et différents facteurs « psychiques » individuels et collectifs. Le « lève-toi et marche » procède de la remise en route d’une dynamique d’individuation en grande partie involontaire, du désir en termes spinoziens autant que freudiens, en même temps que d’une réinformation des chaînes articulaires et musculaires par de nouvelles perceptions et projections du geste, etc. en un mot d’une « intégration » passant par une sensibilisation (awareness) mais retournant sous la forme d’une nouvelle habitude dans l’obscurité des « automatismes ».

D’autres mettent davantage l’accent sur la question du toucher et plus largement de la sensation, du sens interne -proprioceptif et kinesthésique- comme base insue tant de ces apprentissages que du sentiment d’exister. Une question adjacente fondamentale pour la clinique est la mise en évidence de sémiotiques sensibles, perceptives et affectives, non réductibles à la signification et à l’interprétation, dans la zone du « pré », pré-représentatif, pré-prédicatif… (Ponge, Oury, Deligny...).

Cependant, ces problématiques resteraient fonctionnalistes si la notion centrale ne restait l’affect, comme vecteur de circulation entre langage et corporéité, potentiel de transindividuation, puissance révolutionnaire qui en bousculant la clôture du sujet nous conduit vers le lieu « toujours plus qu’un » du psychosomatique et de la rencontre pathique.

Dès lors, la proposition du séminaire est de faire jouer ensemble diverses pratiques corporelles et spirituelles (dont la psychanalyse), porteuses d’alternatives contribuant à un renouvellement des pratiques de soin individuelles et groupales.

Le séminaire-atelier joindra le geste à la parole, grâce à l’hospitalité de la Parole errante, un atelier somatique, à 20 h, sera suivi, de 21 h – 23 h, d’une lecture de textes en parcourant diverses sources philosophiques, éthologiques et issues de la psychologie expérimentale ou d’une contribution personnelle appelant des échanges.

Le pari est fait d’un mélange des genres et des publics, de professionnels et amateurs du soin psychique et somatique.

Nous nous retrouverons les mercredis : 26 octobre 2016, 23 novembre, 21 décembre et 18 janvier 2017, 15 février, 29 mars et 26 avril, 24 mai 21 juin.

vous trouverez la bibliographie du séminaire en document joint, sur le site du séminaire:

[http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/SEMINAIRE-ATELIER-LE-MOINDRE-GESTE.html](http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/SEMINAIRE-ATELIER-LE-MOINDRE-GESTE.html)

ou directement [ici](http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/IMG/zip/bibliographie_.docx.zip).
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