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« Le Grand Paris peut rendre plus poreuse la frontière du périphérique »

Quel sera l'impact de la métropole du Grand Paris sur le monde de la culture ? Pour le savoir, nous avons sollicité deux éminents représentants du spectacle vivant en Île-de-France, le Rif, qui fédère les salles de concerts, et Actes if, réseau de 25 lieux artistiques, culturels et indépendants. Une interview réalisée en partenariat avec nos amis de La Fabrique culturelle.

Quels sont les principaux changements qui vont s’opérer pour les salles de spectacle vivant, les structures culturelles et les artistes avec la mise en place du Grand Paris ?

Rif et Actes if : Difficile à dire pour l’instant. La Métropole du Grand Paris (MGP), même si elle existe désormais officiellement, reste encore abstraite. Les contours géographiques se sont précisés, mais ses compétences – et ses moyens – vont se développer progressivement… si tant est que le processus en cours se poursuive.

Pour ce qui est de l’intervention culturelle de la métropole, c’est encore plus flou et incertain. Certes, un groupe de travail culture avait été mis en place dans le cadre de la mission de préfiguration et a rendu un rapport mais il n’y a pas encore de préconisations très claires qui se dégagent.

Et c’est justement ce manque de visibilité qui est complexe à gérer pour les structures culturelles et les artistes, trop fragiles pour pouvoir engager des projets sans savoir si ceux-ci seront accompagnés financièrement. La mise en place du Grand Paris s’inscrit plus largement dans le cadre d’une réforme territoriale qui impacte les structures du fait d’évolutions en matière de partenariats publics, d’interlocuteurs au sein des collectivités publics, de territoires d’intervention, etc. Il faut d’ailleurs souligner un point important : l’installation de la MGP a également un impact très important sur les territoires de la grande couronne, avec une reconfiguration des intercommunalités existantes pour former des ensembles plus importants à même de « dialoguer » avec la métropole. C’est un changement très important pour les structures culturelles financées jusqu’alors par ces intercommunalités.

Ces évolutions constituent un ensemble d’incertitudes très complexe à gérer dans une période de « crise » où les structures artistiques et culturelles doivent déjà faire face à des réductions importantes des financements publics.

Diriez-vous que le projet du Grand Paris est bénéfique ou porteur de risques pour les lieux culturels ?

Tout dépend de la politique qui sera mise en place. Mais on peut quand même d’ores et déjà identifier un certain nombre de facteurs de risque :

- une plus grande concentration de l’intervention publique autour de quelques lieux et d’évènements considérés comme « rayonnants » ;

- le renforcement d’un nouveau paradigme de la culture vectrice de croissance, d’attractivité des territoires, de compétition internationale… autant de dimensions certes très intéressantes à intégrer aux politiques culturelles mais aussi très dangereuses si elles deviennent l’alpha et l’omega de celles-ci ;

- le risque d’une région à 2 ou 3 vitesses, qui renforcerait les déséquilibres territoriaux entre les territoires de la métropole, la zone urbaine de la grande couronne et les territoires plus ruraux de l’Île-de-France.

« Tout est à construire »

Mais on peut aussi avoir une lecture plus optimiste en considérant que tout est à construire ! Et que l’arrivée de ce nouvel échelon peut aussi obliger les différents acteurs publics à davantage de concertation et de coopération en matière de politique culturelle, ce qui manque cruellement aujourd’hui.

D’après vous, le projet du grand Paris va-t-il changer la manière de travailler des structures culturelles ?

Une grande part de l’activité artistique et culturelle francilienne est portée par des structures d’initiative citoyenne qui ont en commun de travailler au plus près des territoires de vie, en très forte interaction avec leur environnement urbain, social et culturel. Le projet du Grand Paris ne va pas changer la manière de travailler de ces structures-là, même si on peut imaginer que cela constituera un encouragement supplémentaire à travailler en réseau, à envisager davantage de coopérations territoriales. Mais les acteurs culturels n’ont pour la plupart pas attendu la métropole pour se soucier de tout ça, en témoigne l’existence de nos réseaux.

En revanche, les orientations des politiques publiques et notamment celles du Grand Paris peuvent impacter l’activité de ces lieux. En effet, si l’art et la culture ne sont envisagés que sous leur aspect événementiel, voire décoratif et producteur de rayonnement, les structures qui portent au quotidien des projets artistiques, culturels, sociaux, (etc.), qui s’adressent aux personnes, aux habitants, risquent de ne plus être accompagnées, au profit de gros événements et gros équipements, et au détriment de la diversité artistique et culturelle.

 

 

Le projet du Grand Paris va-t-il avoir une influence sur la fréquentation des salles ? Si oui, comment l’analysez-vous ?

Deux éléments sont à prendre en compte dans la fréquentation des lieux artistiques et culturels : l’accessibilité pratique et l’accessibilité symbolique. Le projet du Grand Paris, qui s’accompagne d’un lourd projet de développement des transports en commun peut avoir un impact sur la fréquentation de certaines salles en élargissant le cercle des personnes qui les fréquentent : la proximité physique d’une salle s’élargit si la durée de transport pour l’atteindre s’amenuise. Néanmoins, au-delà de la durée de transport pour atteindre un lieu, un élément très important est celui de l’accessibilité symbolique du territoire de proximité : d’une part le territoire géographique (et l’intégration dans les consciences de la métropole du Grand Paris comme territoire va prendre du temps) et d’autre part le territoire social, culturel.

« La métropole peut rendre la frontière du périphérique plus poreuse pour les producteurs, notamment étrangers, pour qui la banlieue a eu tendance à devenir un peu invisible ces dernières années »

La MGP peut permettre de rendre plus poreuse la frontière du périphérique pour les publics même si nous sommes sur des bassins de population tellement denses en Île-de-France que le fait d’encourager les Parisiens à aller dans les lieux culturels de banlieue n’est pas forcément l’enjeu prioritaire ! La MGP peut également  rendre la frontière du périphérique plus poreuse pour les producteurs, notamment étrangers, pour qui la banlieue a eu tendance à devenir un peu invisible ces dernières années. C’est particulièrement vrai pour la musique où certains ont parfois tendance à privilégier une date à Paris avant de partir en province, comme si une date parisienne pouvait permettre de couvrir les attentes d’une région forte de 12 millions d’habitants ! Dans tous les cas, si les enjeux de décloisonnement et de diversité sont évidents, ils dépassent l’opposition Parisiens/banlieusards.

Le projet du Grand-Paris va-t-il avoir une influence sur les recherches de financements et les partenariats ?

Le projet du Grand Paris s’inscrit plus largement dans le cadre de la réforme territoriale (loi Maptam et loi NOTRe) qui impacte la répartition des compétences obligatoires des collectivités publiques. Ceci a nécessairement des effets sur les recherches de financements et les partenariats. La phase de mise en place de cette réforme territoriale, qui pourrait s’étaler jusqu’en 2017, est complexe pour les structures qui peinent à identifier leurs interlocuteurs. Nous constatons aussi que certaines politiques publiques sont « abandonnées » par des collectivités, puisque ne relevant plus de leurs champs de compétence mais ce avant même que ces politiques publiques soient prises en main par d’autres collectivités. Nous pensons à la politique de la ville par exemple. Ce que cela révèle, c’est un manque certain de coopération entre les différentes collectivités territoriales qui peinent à travailler ensemble, au détriment des acteurs de terrain. Il est urgent de penser la complémentarité et l’articulation des différentes politiques culturelles sur le territoire francilien. D’autant que dans le cadre de cette réforme territoriale, la compétence culturelle est affirmée comme compétence partagée. Mieux encore ! Il y est précisé qu’il s’agit d’une responsabilité conjointe qui doit être portée par l’ensemble des collectivités publiques dans le respect des droits culturels. C’est pourquoi, afin que ceci soit respecté, nous demandons la création d’instances de coopération associant les collectivités publiques, l’État, les citoyens, les représentants de la société civile, les professionnels pour travailler sur la mise en œuvre de politiques culturelles cohérentes.

 

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